Rencontre avec Jérôme pour “24FPS, le podcast cinéma avec ou sans spoiler”

Interview avec Jérôme Nusbaum pour 24FPS, le podcast cinéma avec ou sans spoiler. Un podcast très suivi sur les différentes plateformes dédiées, qui fêtera bientôt ses 10 ans, où l’on retrouve plusieurs fois par mois les analyses très fouillées de Jérôme et julien à propos de films d’action, de science-fiction, de super-héros et autres films de genre.

24fps

Imaginez un podcast sur le cinéma que vous retrouveriez plusieurs fois par mois ou plus, pour un conversation conviviale sur le cinéma. Imaginez un podcast où l’on parlerait durant 3, 4 ou 5 heures de tout et de rien autour d’un thème, autour d’un film culte ou de l’actualité du cinéma avec, à la clé, un tas d’informations, d’anecdotes, et tout ça sans le moindre spoiler.
Ce podcast existe, il s’appelle c’est 24 FPS, il est animé par Jérôme et Julien, deux passionnés de cinéma qui se retrouvent régulièrement (à distance) pour débattre autour d’un film culte ou tout simplement pour évoquer leurs récents coups de cœur parmi les sorties en salle.
Impressionné par la qualité et le côté foisonnant de ce podcast, on a voulu en savoir plus en leur posant quelques questions, et notamment sur la cuisine interne de ce programme radio où il sera question aussi bien de Fast and Furious que le Zodiac, de la série Devs, de Star Wars, de Rambo ou de Scorsese, sans oublier les hors-séries et les tops et les flops à la fin de chaque année.
Une mine pour les amateurs de cinéma de genre qui y découvriront les analyses pointues et détaillés de Julien et Jérôme à travers les dizaines et dizaines de podcast mis en ligne depuis près de 10 ans !

Tout d’abord, peux-tu nous présenter le podcast que tu co-animes avec Julien ? 

24FPS est un podcast audio traitant de critiques cinématographiques qui a débuté en 2012. C’était une idée de Julien, qui co-anime ce podcast avec moi. À l’époque, nous participions tous les deux à un autre podcast dédié aux nouvelles technologies, et nous avions de longues discussions sur le cinéma en marge de ces enregistrements. Julien m’a un jour proposé de transformer nos discussions en un podcast car il avait senti la richesse de nos échanges.

Il faut dire que Julien est fan de cinéma classique, de cinéma d’auteur ou de cinéma francophone (je ne limite pas ça au cinéma français car Julien est belge et son pays d’origine possède également un beau patrimoine cinématographique), et il a même pris des cours d’histoire du cinéma à une époque. Il est également amateur de blockbusters américains à l’occasion, et c’est sur ce terrain que nous nous sommes initialement rejoints car je suis biberonné à ce cinéma qui a fortement nourri mon imaginaire depuis l’enfance, avec une nette préférence pour les œuvres de science-fiction. À cette époque, je tenais un blog où j’écrivais des critiques de films, et j’en profitais souvent pour faire des recherches sur les coulisses des films ou sur l’histoire des franchises évoquées. J’ai voulu reproduire cette approche pour le podcast. Même si nos goûts étaient assez différents, nous parlions le même langage et nous étions capables d’échanger et de rebondir pendant des heures sur telle ou telle référence cinématographique pour relancer la discussion.


Voilà le point de départ de l’histoire de 24FPS. Quand on a lancé ce podcast, j’ai également beaucoup réfléchi à une formule qui ferait la spécificité de notre émission. J’écoutais plusieurs podcasts sur le cinéma à cette époque, et ça me mettait en colère quand un chroniqueur dévoilait un élément clé d’un film sans prévenir afin d’étayer son argumentaire. J’ai donc décidé que dans 24FPS, notre audience ne serait jamais spoilée par surprise. Il y a donc d’abord une première partie dans l’émission où nous discutons des coulisses du film et nous donnons notre avis sans rien révéler de plus que le synopsis de base. Ça permet à celles et ceux qui nous écoutent de savoir ce que nous en pensons et de décider, ou non, d’aller voir le film en ayant connaissance d’éléments qui donneront peut-être un peu plus de contexte à leur expérience de visionnage. Lorsque débute la seconde partie de l’émission, un signal sonore retentit afin de bien indiquer que nous entrons dans une phase avec des spoilers, car à partir de là nous racontons tout ce qui se passe dans le film et nous commentons les scènes avec notre ressenti mais aussi des anecdotes techniques, voire parfois des anecdotes personnelles. C’est quasiment un commentaire audio du film, et c’est une partie qui est très appréciée de nos auditrices et auditeurs qui revivent le métrage tandis que nous attirons leur attention sur des éléments qu’elles ou ils n’avaient peut-être pas remarqué lors de leur visionnage initial. Il y a aussi des personnes qui font le choix de ne pas aller voir le film en question, mais qui écoutent tout de même la seconde partie de l’émission pour vivre le film avec nous et profiter de nos ressentis et anecdotes.

On a fini par comprendre qu’on ne pourrait pas accorder des émissions complètes à tout ce qu’on va voir au cinéma, donc il y a une autre formule d’émission qui a fini par émerger avec le temps : les hors-séries (HS, qui se sont également appelés Debriefs à une époque). Dans ces émissions-là, nous passons en revue tous les films que nous avons vus durant les semaines ou mois précédant l’enregistrement, les uns à la suite des autres, sans les spoiler. Ça nous permet de mettre en lumière des films très intéressants qui n’auraient peut-être pas mérité d’émission complète, ou au contraire ça nous permet aussi de nous débarrasser de certains films qui sont soi-disant des événements mais que nous n’aurions pas su aborder en détail pendant une émission long-format, probablement parce qu’ils ne le méritaient pas. Ces épisodes HS sont sans spoiler, sauf parfois en toute fin d’épisode où nous nous réservons une petite section (précédée d’un signal sonore) pour spoiler un ou deux films et aller plus loin dans nos critiques.

“La durée de préparation d’un podcast est très variable. Ça peut aller d’une poignée d’heures à plusieurs semaines ou mois…”

Les thèmes traités sont très fouillés, il y a plein d’infos, d’anecdotes… Comment vous répartissez-vous la préparation de l’émission ?

Oui, je passe parfois énormément de temps à préparer les épisodes. Je me charge de la préparation (lecture d’articles en ligne, voire d’ouvrages spécialisés dans certains cas, visionnage de documentaires, etc.), puis après l’enregistrement je m’occupe également du montage de l’épisode, de sa mise en ligne et de sa promotion sur les réseaux sociaux. La durée de préparation est très variable. Ça peut aller d’une poignée d’heures à plusieurs semaines ou mois, en fonction du sujet. Par exemple, lorsque Star Wars est revenu au cinéma il y a quelques années, j’ai voulu profiter de l’occasion pour aborder tous les anciens films de la saga. J’ai passé des semaines à revoir tous les films plusieurs fois (en incluant les 2 commentaires audio de chaque film), et j’ai revu tous les documentaires et bonus de toutes les éditions DVD et Blu-ray à ma disposition, sans parler des livres que j’avais consultés pour l’occasion ou que j’avais déjà lus dans le passé. Ces épisodes HS sur la trilogie et la prélogie Star Wars sont parmi nos épisodes les plus populaires, car j’ai été très loin dans la préparation et j’y ai raconté de nombreux détails souvent inconnus du grand public qui permettent parfois d’avoir une vision différente des œuvres en question. Il y a même des personnes qui nous disent qu’elles réécoutent régulièrement ces épisodes. Je crois que c’est la meilleure récompense qu’on puisse me faire après toute cette préparation.

D’une manière générale, quand on traite le dernier film d’une saga, j’en profite pour revoir tous les films de cette saga et pour en ressortir de nombreuses anecdotes qu’on mêle à nos propres souvenirs des anciens films pendant ces épisodes. Pour traiter Interstellar, je me suis plongé dans l’étude du fonctionnement des trous noirs et de la relativité pour vulgariser et expliquer les concepts présents dans le film. Quand on a fait un hors-série sur le Blade Runner original (un autre épisode très apprécié), j’ai relu le roman d’origine de Philip K. Dick et j’ai revu les 5 versions du film pour les comparer, sans parler des documentaires et interviews sur le sujet. Pour le Zodiac de Fincher, je me suis replongé dans l’affaire pour comparer les faits réels avec ce qui est montré dans le film. Pour Bohemian Rhapsody, j’ai lu une biographie de Freddie Mercury pour dénoncer tous les mensonges du biopic. Bref, j’adore me plonger dans tous ces univers pour en tirer des anecdotes à partager avec notre audience. Pour Dune, j’ai lu les 6 romans de Frank Herbert et j’ai (re)vu toutes les précédentes adaptations afin de pouvoir évoquer le tout et donner des informations peu connues, même chez les fans les plus assidus de la saga. Je ne compte pas le temps que j’y passe, car comme je le dis parfois, je le fais par passion, j’ai toujours fonctionné comme ça et j’aurais de toute façon eu la même démarche à titre personnel. Donc autant partager ce que j’en ai tiré dans le podcast.


On peut probablement dire que je suis le chef d’orchestre, mais je ne le vois pas comme ça. Julien vient discuter avec moi en étant muni de son ressenti de spectateur, mais aussi de son fort bagage culturel, et il sait qu’il peut m’interrompre à tout moment pour réagir ou exprimer son désaccord, le cas échéant. Il est vrai que je parle parfois beaucoup plus que Julien (selon le sujet) et que c’est moi qui mène la discussion car j’ai le plan de l’épisode en tête, vu que c’est moi qui l’ai préparé. Mais comme tu le dis, c’est plus équilibré sur les épisodes HS où on traite tout ce qu’on a vu dernièrement, car dans ces épisodes il arrive que l’un de nous n’ait pas vu le film qui est présenté par l’autre. Donc dans ce cas, chacun a la charge de présenter et de commenter le film qu’il a vu.

Vous enregistrez en une seule fois ?

Oui, sauf incident technique (ce qui ne nous est quasiment jamais arrivé). Ce qu’on entend dans nos épisodes est à 99,99% du temps réel, c’est-à-dire le reflet de notre discussion telle qu’elle s’est déroulée du début à la fin. Il n’y a quasiment pas de montage dans 24FPS, ce qui fait que la spontanéité de la discussion reste intacte. Mais ça ne veut pas dire qu’on n’est pas attentifs à ce qu’on dit, au contraire ! On a toujours eu la discipline d’enregistrer nos émissions dans les conditions du direct, alors qu’elles ne sont pas du tout en direct. On reste donc attentifs au rythme de nos échanges, et s’il y a des silences ou des moments de réflexion, ils sont le reflet de la réalité et ils servent tout autant nos propos que le reste de la discussion. C’est l’un des plus grands avantages du podcast indépendant : nous ne sommes ni formatés ni limités par un ton ou une durée, et nous ne cherchons pas à l’être. Du coup, il a pu arriver que nous passions un peu trop de temps sur un point de détail d’un film, ou même que les discussions s’enveniment un peu, mais c’est très rare, et nous en avons toujours discuté entre nous par la suite afin de ne pas reproduire ce genre d’erreur. Dans tous les cas, nous ne jouons pas de rôle pour tenter d’impressionner notre audience. Nous sommes tels qu’on l’entend dans le podcast, et c’est pour cette raison que les fans de l’émission apprécient notre façon d’enregistrer.


J’imagine que vous laissez une bonne part à l’improvisation ?

Oh oui ! J’ai tendance à dire qu’on commence à écouter un podcast pour le sujet qu’il traite, puis qu’on y reste car on apprécie les intervenants. Dès les premiers épisodes, nous avons fait des digressions sur des sujets évoqués dans les films qui nous mènent parfois vers d’autres choses qu’on a envie de raconter. Au fil de la discussion, il arrive régulièrement qu’on raconte des anecdotes personnelles, parfois sans grand rapport avec les films qu’on évoque, mais on finit toujours par revenir sur le sujet. Notre auditoire apprécie visiblement autant ces digressions que le reste du contenu des épisodes, et c’est probablement parce qu’on raconte souvent des choses assez drôles ou insolites. Je ne compte plus le nombre de fois où on nous a dit avoir énormément rigolé en nous écoutant, au point de devoir parfois mettre sur pause ou revenir en arrière pour retrouver le fil de la discussion. De façon plus surprenante, j’ai également reçu plusieurs fois des messages d’auditeurs qui nous ont confié avoir surmonté des moments difficiles de leur vie grâce à l’écoute des nombreux épisodes de 24FPS. C’est de loin le type de retour le plus inattendu que j’ai pu recevoir, mais avec le recul je me dis que c’est aussi l’un des plus beaux compliments qu’on nous ait fait.

Qu’est-ce qui fait, selon toi, la spécificité de 24FPS par rapport aux autres podcasts consacrés au cinéma de genre ? 

C’est clairement un mélange de tout ce que j’ai déjà évoqué plus haut. Il y a un vrai rapport de confiance avec nos auditeurs. Aujourd’hui, presque 10 ans après les débuts du podcast, je suis toujours aussi attaché au fait de ne pas divulgâcher les films aux auditrices et auditeurs sans les prévenir. C’est une notion qui est très importante pour moi, et je pense que celles et ceux qui nous écoutent en ont conscience. Ils ou elles savent qu’ils ou elles ne risquent rien en nous écoutant ou en nous suivant sur les réseaux sociaux. Et il y a malheureusement beaucoup d’autres podcasts, voire des grands médias, qui ne sont pas du tout attentifs à ces aspects-là et qui spoilent des éléments importants dans leurs titres d’articles ou via des visuels qu’ils partagent, juste pour être les premiers à en parler. 24FPS ne fait pas ça. Il nous arrive même de sortir notre épisode plusieurs semaines après la sortie du film en salles de cinéma, juste pour avoir le temps de nous préparer correctement et de pouvoir partager des informations qui ont été confirmées entretemps. On privilégie la qualité de l’information plutôt que son immédiateté, et c’est plutôt à contre-courant de ce qui se fait sur internet aujourd’hui.


Dans le même ordre d’idée, les personnes qui nous écoutent savent qu’on ne va pas se moquer d’elles en termes de contenu. Elles savent que les épisodes sont très préparés, mais aussi que nous prenons un véritable plaisir à partager tout ça. Nous ne les prenons pas de haut, car j’ai horreur de l’élitisme. On nous a déjà confié que notre podcast était perçu comme des retrouvailles régulières avec des amis de longue date avec qui on a plaisir à échanger. Je suis heureux que nos auditrices et auditeurs aient ce sentiment, car ce n’est pas quelque chose qui s’obtient en étant distant ou en donnant des leçons de bon goût. Nous avons parfois des avis très différents de la majorité, mais nous les argumentons dans le respect de l’auditoire, ce qui ne nous empêche pas de nous balancer quelques piques bien acides quand nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord. Notre auditoire est composé aussi bien de cinéphiles avertis que de spectateurs plus classiques qui ne sont pas forcément passionnés de cinéma. Là aussi, c’est une grande fierté pour nous de réussir à contenter un public aussi large, qu’on ne laisse jamais de côté en le noyant sous des termes techniques à n’en plus finir ou sous des considérations qui ne parlent pas à tout le monde. On fait très attention à rester accessibles en termes de vocabulaire, et on ne se prend pas pour autre chose que des fans de cinéma qui prennent du plaisir à partager leur passion.

Tout ça n’était pas forcément calculé de notre part lorsqu’on a lancé cette émission. C’est juste notre approche naturelle de la chose, mais au final cela nous a permis de rester toujours proches de notre auditoire. Nos épisodes sont des discussions entre potes, et même si ces discussions sont très référencées et argumentées, elles n’en restent pas moins des discussions de potes, tout en faisant bien attention à ne pas exclure les personnes qui nous écoutent (car c’est le piège classique des podcasts de ce type). On se moque pas mal des conventions du monde de la critique ainsi que du formatage typique des médias traditionnels. On connaît notre sujet, et on est là pour passer un bon moment à échanger sur ce qui nous passionne. Je suis certain que c’est cette approche qui plaît à nos auditrices et auditeurs qui sont à la recherche de contenu précis, sincère et non formaté.

Vous parlez aussi bien de polar, d’horreur, de fantastique, d’action… Comment choisissez-vous les films ou les séries  que vous allez traiter dans le podcast ?

Notre priorité est de parler de ce qui nous plaît, mais nous sommes également conscients des attentes du public en fonction des événements cinématographiques du moment. En général, on présélectionne en avance les films qui ont le potentiel de déboucher sur des émissions long format, mais on se laisse toujours la possibilité de décider après visionnage si une telle émission sera vraiment intéressante à faire et à écouter. Par exemple, dans les premières années du Marvel Cinematic Universe, après le premier film Avengers, les films Marvel étaient des événements qui débouchaient forcément sur des longs formats. Mais depuis quelques années, ces productions sont devenues trop formatées et elles ne nous enthousiasment plus autant, donc à l’exception des deux derniers Avengers, ces films sont relégués dans nos épisodes HS au milieu d’autres critiques. On ne se force pas à faire des émissions long format si on sent qu’on n’a pas grand-chose à dire, même si ça déçoit parfois notre auditoire. Il n’y a rien de pire qu’un film moyen sur lequel on va avoir du mal à rebondir. C’est beaucoup plus intéressant quand on a adoré ou détesté, et qu’en plus il y a beaucoup d’éléments à aborder autour du film. Et si Julien et moi ne sommes pas d’accord sur notre appréciation d’une œuvre, c’est encore mieux, car les échanges n’en sont que plus riches !


Ça ne dépend donc pas de la qualité du film lui-même. On se concentre plutôt sur la qualité de nos échanges. Et il nous arrive parfois de consacrer une émission long-format à un film très moyen, voire franchement mauvais, juste pour le plaisir d’aborder les films précédents de la saga dont on est beaucoup plus fans, comme on a pu le faire avec Terminator Genysis ou Rambo Last Blood. De temps en temps on s’autorise aussi à faire des émissions long format sur de très mauvais films, juste histoire de les défoncer dans la bonne humeur, comme on a pu le faire avec The Meg ou les derniers Fast & Furious. Mais contrairement à d’autres podcasts qui en ont fait leur fonds de commerce, ça reste exceptionnel de notre côté, et on le fait uniquement quand on est sûrs que ça ne prend pas la place d’un bon film qui aurait mérité une mise en lumière. Car on fait aussi parfois des choix en fonction de notre agenda. Quand le planning des sorties ciné est chargé, certains films qui auraient mérité une véritable émission se retrouvent relégués dans des HS, et nous sommes les premiers à le regretter. On fait également de notre mieux pour rester cohérents avec l’actualité, donc il y a de nombreux paramètres qui entrent en compte pour le choix des films à traiter en détail. La seule exception a été la fermeture des cinémas pendant une bonne partie des années 2020 et 2021. Là, on en a profité pour traiter des films plus anciens mais dont on est énormément fans, comme Les Fils De l’Homme, Breakfast Club, Clerks II ou encore Zodiac. Mais on traite également des films qui sortent sur les plateformes de SVOD comme Netflix ou Amazon Prime Video, il est donc rare que nous n’ayons rien à aborder au point de nous tourner vers d’anciens films comme ceux-là.

En résumé, nos critères principaux restent nos goûts personnels, le potentiel des discussions qui peuvent en découler, et parfois aussi des gros coups de cœur auxquels nous aimerions donner beaucoup plus de visibilité.

Aujourd’hui ce sont des milliers de personnes qui téléchargent nos épisodes…

La plupart des podcasts actuels dépassent rarement 1h /1h30, les vôtres font grosso modo entre 3 et 5 heures. Comment tu peux justifier une telle durée auprès des auditeurs qui seraient un peu réticents à se lancer dans une écoute aussi longue ?

Je comprends que ces durées puissent paraître rédhibitoires, mais si j’en crois les retours qu’on nous fait, on ne voit pas le temps passer pendant nos épisodes. C’est clairement dû au fait qu’on parle avec passion de ce qui nous plaît vraiment, et dans ces moments-là, le temps file forcément à toute vitesse. Je vais te faire un aveu : la première fois qu’on a fait un enregistrement très long sur un seul film, c’était Man Of Steel en 2013 qui a atteint un total de 6 heures d’une seule traite. J’avais profité de l’occasion pour évoquer les origines et l’évolution du personnage de Superman dans les comics, à la télévision, mais aussi au cinéma (le chef-d’œuvre de 1978 est un film fondateur de ma cinéphilie, et j’en suis fan depuis l’enfance, sans parler de l’influence qu’il a encore aujourd’hui sur le cinéma super-héroïque). J’avais honte de ces 6 heures, alors j’ai pris la décision de séparer l’émission en deux parties afin de rendre le tout un peu plus digeste. J’étais persuadé que notre audience allait détester ça, car lorsque j’évoque un sujet dont je suis fan, je ne suis pas exhaustif et je donne absolument toutes les infos que je peux donner, car je me dis qu’il y a sûrement d’autres fans comme moi que ça devrait intéresser. À ma grande surprise, personne ne s’est plaint, et ces épisodes à rallonge font maintenant partie des points forts de 24FPS, car les podcasts qui sont aussi généreux en termes de contenu ne sont pas monnaie courante.


Donc si ces durées peuvent faire peur, je peux assurer à des personnes qui nous découvriraient aujourd’hui qu’elles sont justifiées par un contenu riche, détaillé et argumenté. C’est notre auditoire qui nous a rassurés sur ce point, et il n’est pas rare que nos followers sur Twitter (notre principal lieu d’échange avec les auditrices et auditeurs, suivi de près par Facebook) nous indiquent leur déception lorsqu’un épisode ne dure “que” 5 heures. Après toutes ces années, ça continue de nous surprendre. Mais tant mieux si c’est ça qui plaît ! Ça veut dire que notre volonté de nous défaire des standards des médias traditionnels est partagée par notre auditoire. Dans les premières années nous étions fous de joie lorsqu’un épisode était téléchargé 50 fois. Aujourd’hui ce sont des milliers de personnes qui téléchargent nos épisodes. C’est une grande fierté et ça prouve qu’il existe un public qui recherche des émissions qui prennent le temps d’aller dans les détails.

De plus, j’ajouterais que le podcast audio se prête particulièrement bien à des durées aussi longues. Contrairement à des émissions formatées sur les grands médias où il est impossible de détailler sa pensée à cause des standards publicitaires, ou à des vidéos YouTube ainsi que des podcasts professionnels tout aussi formatés afin de plaire au plus grand nombre pour pouvoir séduire des sponsors, un podcast indépendant comme le nôtre peut être abordé grâce à une application dédiée sur un smartphone qui permet de morceler son écoute au fil de la journée et des moments qui s’y prêtent. Il arrive que des auditrices ou auditeurs nous confient être heureux de passer la semaine en notre compagnie, en faisant leurs courses ou la vaisselle, en faisant du footing ou des longueurs à la piscine, ou tout simplement dans les transports. Personne n’est obligé d’écouter nos épisodes d’une seule traite (même s’il y en a qui le font). C’est ce qui fait la beauté et la liberté du podcast audio. De plus, j’en profite pour ajouter que nous sommes complètement indépendants et que nos épisodes ne contiennent aucune publicité. Ce podcast ne nous rapporte rien, si ce n’est le plaisir de partager ce qui nous passionne, et je crois que c’est le meilleur argument que je puisse avoir en stock.

Vous êtes présents sur la plupart des plateformes de streaming, laquelle est la plus utilisée pour écouter votre podcast ?

Si j’en crois les données de notre hébergeur, notre audience principale reste Apple Podcasts (donc les appareils mobiles iOS) avec 45% des téléchargements. Il y a une certaine logique là-dedans, dans le sens où c’est la première plateforme sur laquelle nous avons été référencés. Ensuite il y a l’application Podcast Addict (exclusive aux smartphones Android) qui gagne régulièrement de l’importance avec aujourd’hui 34% des téléchargements. Après ça on descend directement à environ 5% des téléchargements du côté de l’application PocketCasts, suivie de près par Google Podcasts. La plateforme de streaming française Deezer est autour de 3% (alors que Spotify, sur laquelle nous sommes également présents, n’apparaît pas dans nos statistiques, mais c’est peut-être parce qu’ils ne téléchargent nos épisodes qu’une seule fois chacun pour ensuite les héberger eux-mêmes sur leurs propres serveurs). En dessous de 2% des téléchargements, on retrouve d’innombrables applications mobiles dédiées aux podcasts.

Interview réalisée par Benoit Richard en novembre 2021

Tous les liens pour retrouver 24FPS sur différentes plateformes sont sur la page 24fps.lepodcast.fr/