5+5 = Les disques préférés de Jean-Yves Leloup

Journaliste, écrivain, animateur radio, spécialisé dans les musiques électroniques, Jean-Yves Leloup, a sorti à l’automne dernier un essai sur la musique ambient aux éditons Le mot et le reste. On a voulu connaitre quels étaient ses disques favoris du moment et de toujours en lui soumettant notre 5+5.

JY Leloup
© Lou Chaussalet

5 disques du moment :

Melaine Dalibert – Shimmering, (Ici D’ailleurs, 2022)

Compositeur, pianiste, enseignant au Conservatoire de Rennes et fondateur du festival Autres Mesures, Mélaine Dalibert est ici l’auteur d’un album de piano d’une grâce infinie, qui puise son inspiration première dans les mélodies solaires, obsessionnelles et feutrées d’un Philip Glass. Un album qui rivalise avec la vague néo-classique actuelle, incarnée par des figures comme Hania Rani et Max Richter.

Sedibus The Heavens (Orbscure, 2021)

Le retour inattendu, au premier plan, de Alex Paterson, fondateur de The Orb et grande figure du renouveau ambient des années 1990, aux côtés du producteur, compositeur et ingénieur du son Andy Falconer, qui avait participé aux premiers albums du groupe. Après une première période d’euphorie, Paterson avait signé avec The Orb un très grand nombre d’albums médiocres. La surprise est donc de taille de les voir associés ici, au service d’un album à la fois classique et réussi, nourri d’envolées cosmiques, de psychédélisme et de trouvailles sonores, dont les six titres synthétisent cinquante ans d’histoire du genre ambient, des seventies à nos jours.

Molero Ficciones Del Tropico, Holuzam, 2020

Un album découvert au fil de l’écriture de mon nouveau livre, Ambient Music, composé par un musicien né au Venezuela, et désormais basé à Barcelone. Une électronique mélodieuse et éthérée qui revisite avec élégance les imaginaires et les figures de l’exotisme, autrefois associés aux paysages et aux forêts sud-américaines. Un disque hélas méconnu qui mériterait, ou pourrait atteindre, un plus large public.

Sophia Loizou Untold, Houndstooth, 2020

Un album passé inaperçu à sa sortie, que j’ai découvert lui aussi par hasard au fil de l’écriture de mon nouveau livre, à la croisée de l’ambient et des paysages sonores du dubstep. Ses basses, ses vestiges de percussions, ses textures et ses atmosphères dystopiques évoquent en effet l’art cinématographique du producteur Burial, à qui elle doit sans doute beaucoup, mais dont elle parvient à surmonter l’influence.

Félicia Atkinson / Jefre Cantu-Ledesma Un hiver en plein été, (Shelter Press, 2021)

En solo, comme aux côtés de Jefre Cantu-Ledesma, Félicia Atkinson est l’autrice d’une musique singulière et low-fi, proche de l’ambient, portée par sa voix intime, parlée ou chuchotée, à laquelle se mêlent fragments de mélodies, objets sonores et sons du quotidien. Une œuvre qui produit une puissante sensation de poésie et de proximité mêlées.

5 disques pour toujours :

Laurie Anderson – Mister Heartbreak (Warner, 1984)

Sans doute l’une des influences majeures sur mes écrits et ma carrière d’artiste sonore. À mi-chemin entre art contemporain et pop culture, performance et pop song, Laurie Anderson a inventé une expression singulière à travers son usage du récit et spoken word, nourri à la poésie, à l’étrange…et à une forme de malice qui n’appartient qu’à elle.

The Talking Heads – Little Creatures (Sire, 1985)

Little Creatures n’est pas vraiment le plus célèbre album des Talking Heads, mais c’est sans doute celui qui m’a le plus marqué à l’adolescence (et avec lequel j’ai appris à parler l’anglais). Le groupe de David Byrne revisite ici avec un respect, mêlé d’une ironie bienveillante, les cultures populaires, de la country music (« Creatures of Love ») à la chorale (« Road To Nowhere »), sous la forme de pop songs inventives et à l’humour espiègle, à une époque encore très marquée par la radicalité ténébreuse et la violence transgressive du post-punk.

Julee Cruise – Floating Into The Night (Warner, 1989)

Un an avant l’arrivée de la série Twin Peaks sur nos petits écrans, cet album produit et composé par David Lynch et Angelo Badalamenti, et interprété par la voix spectrale de Julee Cruise, incarne pour moi la rencontre idéale entre la pop, l’univers du cinéma et celui des rêves. Le tout grâce au génie visionnaire d’un cinéaste, dont l’influence fût décisive sur ma carrière d’artiste sonore avec le duo RadioMentale à partir de 1992.

Carl Craig – Landcruising (Blanco Y Negro, 1995)

Les trois génies de la techno de Detroit ne sont peut-être pas Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson, souvent cités pour leur rôle de pionnier, mais plutôt trois autres musiciens qui débarquent quelques courtes années plus tard : Mike Banks (fondateur de Underground Resistance), Robert Hood et Carl Craig. Avec Landcruising, ce dernier est l’auteur d’un album emblématique de l’ambition formelle et de la puissance spirituelle de cette techno afro-américaine, à la croisée du jazz, du funk, de la musique cosmique européenne des années 1970 et du futurisme des années 1990.
P.S. : album réédité, revu et corrigé en 2005 sous un nouveau titre The Album Formerly Known As…

Philippe Cam – Balance (Traum, 2001)

Personnalité discrète et méconnue de la scène française, Philippe Cam n’est l’auteur que d’un seul album et d’une poignée de maxis souvent minimalistes, planants et éthérés, qui ne ressemblent à aucun autre. Pour mieux décrire sa musique, on pourrait dire qu’il s’agit d’une techno sans « pied », c’est-à-dire sans grosse caisse, qui aurait délaissé la pesanteur du rythme sans pour autant renier l’exigence du groove. Et dont les boucles hypnotiques semblent tutoyer les cimes.

AMBIENT MUSIC – Avant-gardes, New Age, Chill-Out & cinéma
Essai de Jean-Yves Leloup
396 pages – 25.00 €
Le Mot Et Le Reste 28 Octobre 2021

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