[Disney+] “Oussekine” : un drame devenu une affaire d’État en 1986

Une mini-série qui revient sur la mort de l’étudiant Malik Oussekine en 1986, battu à mort par des policiers. Une œuvre dense et bouleversante qui narre les circonstances du drame ainsi que le combat de la famille et de leur avocat pour que justice soit faite.

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Copyright Disney+

Si tu étais au lycée ou en fac en 1986, tu as sans doute participé aux manifestations contre la loi Devaquet. Sans doute était-ce ton premier acte de défiance envers un gouvernement, tes premières marches, tes premiers chants contre les lois rétrogrades ou injustes. Si tu te souviens du slogan “Devaquet au piquet”, tu te souviens aussi du nom de Malik Oussekine, cet étudiant assassiné par la police, par les voltigeurs de Pandraud et Pasqua, ces flics à moto qui avaient pour mission de casser du manifestant. Une mort qui a révolté bon nombre de jeunes et d’adultes à cette époque.

Oussekine affiche36 ans après, que reste t-il Malik Oussekine ? Dans quelles conditions exactes est mort ce garçon ? Comment cette affaire a-t-elle été vécue par la famille, les politiques et l’opinion publique ? Et qui était vraiment Malik Oussekine ? C’est à ces questions que tente de répondre la mini-série Oussekine diffusée sur Disney Plus.
Au-delà du tragique faits divers et du crime d’État qui se cache derrière, la série d’Antoine Chevrollier est un hommage à ce garçon (joliment interprété par Sayyid El Alami) mort à 22 ans qui rêvait de devenir prêtre, qui était passionné de jazz, un étudiant sans histoire que rien ne prédisposait à une fin si tragique. Oussekine c’est aussi le portrait d’une famille d’Algériens immigrés en France dans les années 70 que l’on suit avant et après leur arrivée en France. On découvre le père (Slimane Daz) décédé, la mère (Hiam Abbass) vivant dans un HLM de banlieue, ainsi que les deux frères et les deux sœurs de Malik, qui ont contribué par leur témoignage à faire de cette série une fiction la plus proche possible de la réalité.

Côté reconstitution, les producteurs n’ont pas lésiné sur les moyens, nous proposant un Paris garanti d’époque, avec, parmi les personnages principaux, Olivier Gourmet dans le rôle de Robert Pandraud, ministre de la sécurité de Pasqua, Kad Merad, très sobre, dans le rôle de Georges Kiejman, l’avocat des Oussekine, avec face à lui, l’avocat de droite Henri-René Garaud joué par Gilles Cohen. Ajoutez à tout ce beau monde une apparition furtive de Mitterrand venu présenter ses hommages à la famille Oussekine devant les caméras de télévision, et vous aurez à peu près tous les éléments qui ont fait de cette affaire un des symboles de la cohabitation Chirac / Mitterrand où tout était bon pour attirer à soi les sympathies en vue de l’élection présidentielle de 1988.

De par tout ces élément, on peut dire que la série est réussie, parvenant bien à réunir tous les enjeux de cette affaire durant quatre épisode de 55 minutes, dont un dernier particulièrement émouvant où l’on suit le procès des deux policiers accusés, avec le témoignage puissant de la famille, des frères et sœurs, refusant que ce procès soit celui d’une simple bavure policière… Une famille qui n’a jamais été épargnée par les menaces, les intimidations, qui a dû subir des agressions mais également un incendie.. dans cette France des années 80 où une partie de la population était ouvertement raciste, décomplexée par la montée en puissance du Front National.

Sans se révéler trop démonstrative mais suffisamment didactique pour que l’on comprenne bien tous les enjeux de cette affaire, la série écrite par Antoine Chevrollier en compagnie de Cédric Ido, Faïza Guène et Julien Lilti réussit donc sa mission, à savoir rappeler pourquoi le nom de Malik Oussekine est resté au fil des décennies une cicatrice jamais vraiment refermée, un drame humain, une affaire politique qui n’aurait jamais dû exister si des policiers conditionnés par un ministre et une hiérarchie ouvertement répressifs n’avaient pas battu à mort ce jeune homme dans un hall d’immeuble, rue Monsieur-le-Prince à Paris, dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986.

Benoit RICHARD

Oussekine
Mini-série créée par Antoine Chevrollier
Avec Sayyid El Alami, Hiam Abbass, Malek Lamraoui…
Genre: Drame, Biopic
4 épisodes de 55 minutes environ
Diffusée sur Disney+ en mai 2022