Jean-Pascal Boffo – In Spiral : la bande son d’un retour à soi

In Spiral, quatorzième album solo de Jean-Pascal Boffo, est comme le miroir d’un homme qui marche en paix. Regarder hier pour mieux avancer, un voyage matriciel instrumental entre rock atmosphérique et pop progressif.

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Tout musicien venant de Lorraine a au moins entendu une fois le nom de Jean-Pascal Boffo. On pourrait même dire que tout habitant de Clouange et de la vallée de la Fensch connaît ce nom, son studio, sa musique, et le label Musea auquel il est historiquement lié. Musicien hyperactif, son studio, Amper, est une référence depuis des décennies. Multi-instrumentiste, producteur, arrangeur, compositeur, ingénieur du son (Mira Cétii, parmi quelques 300 albums enregistrés), JP Boffo est comme le Steven Wilson du Grand Est.

 Jean Pascal Boffo In SpiralAu travers de cette carrière où tout est musique, dans chacun de ses aspects, il a construit une œuvre cohérente et représentative d’un courant alternatif dans ce que l’hexagone sait offrir de plus beau. Que ce soit avec Alifair, Sound in Progress, dans des collaborations (Christian Décamps, Alicia Hiblot), il garde la conviction que le beau est une recherche constante.

Nous nous intéressons aujourd’hui à son nouvel album solo, In spiral.

Pour ce disque, JP Boffo a fait sa chrysalide, et s’il a soigné sa production, il a pris un soin particulier à tout l’autour du disque, ainsi qu’à la façon de le présenter, de communiquer. On oublie souvent que la communication est un art, et qu’elle fait partie d’un tout qui fait œuvre quand elle est intelligemment mise en place, contiguë au propos de l’album. Plus personne ne peut se contenter de sortir un disque et de le lâcher. Il faut une offre multiple, du son, de l’image, et de l’imaginaire en interconnexion.

In Spiral a d’abord été annoncé à travers trois superbes clips évocateurs écrits et réalisés par Alicia Hiblot (présentatrice culturelle reconnue dont les productions visuelles ne cessent de gagner en puissance), construisant l’univers visuel et sonore et proposant un imaginaire comme point de départ à l’album, construisant du sens jusqu’à donner l’illusion que les instruments jouent des paroles. La pochette du cd digifile devient une porte d’entrée d’un monde animé en vidéo, que l’on gardera en tête lorsque on l’écoutera en déconnexion totale.

L’album laisse ensuite l’espace pour que nos échos et résonances s’inspirent tout en restant libres. Et dès le début de ce disque, on ressent que chacun en aura sa lecture, chacun y projettera ses propres souvenirs, sa mémoire, ses espoirs, comme un miroir. In spiral agît comme la bande son de nos espaces mentaux, ricochant, ouvrant plusieurs passages que l’on explorera au fur et à mesure des écoutes. Sa construction est quasi scénaristique, on suit un fil rouge qui nous amène vers un dénouement qu’il nous appartient d’interpréter.

Le son est une véritable boucle temporelle, entre modernité, électronique tantôt amniotique tantôt stellaire, et guitares vintage au bon goût de Stratocaster invoquant les figures mythiques de l’instrument. Tout participe à la mélodicité, à la recherche du beau, des montées en émotion, que ce soit les basses (Claire Chookie Jack et Patricia Alves Peito) posées comme un ancrage dans le sol, le clavier évanescent (Séraphin Palmeri) et la batterie (William Bur) liant les mondes tandis que les instrumentations électroniques construisent des ornements sans cesse renouvelés, parfois en appui et d’autres en tant que guides (Seed of light), agissant comme la mécanique d’une horlogerie interne au disque.

A l’écoute d’In Spiral, on a l’impression que c’est un album dans lequel on se couche, et qui réussit à dire sans voix les émotions qui nous traversent. S’il est bien instrumental, il ne paraît pourtant pas moins vocal, la guitare chantant, dessinant couplets et refrains. On pourrait paradoxalement définir cette collection de ‘chansons instrumentales’, réussissant à faire perdurer et entrer dans une autre ère une tradition magnifiquement portée par Mike Oldfield (Songs from a distant Earth et Light & Shade qui doivent être réévalués sous cette lecture de guitare vocale), Steve Hackett.

On est dans le rock progressif au format chanson, tel que sait le pratiquer le précédemment nommé Steven Wilson, nom que l’on ne cite pas avec légèreté, avec un sens des textures, des nappes qui portent promptes à ravir les fans de neo-prog de formations comme Gazpacho.

On est dans une tradition futuriste, une proposition, car les spirales en mouvement rendent leur début et leur fin invisibles dans un effet d’optique vertigineux. La musique n’est-elle pas quantique et ne se voit-elle pas qu’en la vivant et la ressentant ?

Si tout est cycle, Jean-Pascal Boffo nous donne ici à entendre et ressentir une lecture de sa vie au service de la musique, passant par le spectre lumineux de nos émotions des mélodies tissées de cette nostalgie sans regret, celle qui nous donne envie de regarder vers demain grâce à hier, après un temps dans le cocon des souvenirs.

Comme un retour en soi stimulant notre résilience jusqu’au point de détachement au fil d’un album commençant dans l’enfance (Childhood dream) et appelant au dépassement du soi et de l’égo, traçant une route vers le ciel et les étoiles, le chœur final nous guidant à travers le cosmos pour trouver notre place sur la voûte céleste.

Comme un musicien qui joue pour la musique plutôt que pour lui, dont les vraies notes sont les émotions qu’il provoque en nous.

C’est tout cela qui fait d’In Spiral un album si beau, si touchant, dans lequel on vous invite tendrement.

Florian Claude

Jean-Pascal Boffo – In Spiral
Autoproduit
Date de sortie : 27 mai 2022

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