5+5 = Les disques préférés de Bart Davenport

Le chanteur et musicien Bart Davenport basé à Los Angeles nous revient après 4 ans d’absence avec une collection de chansons pop folk 60’s adorables. A cette occasion, il nous livre un 5+5 érudit et passionnant, plein de découvertes actuelles ou anciennes.

Bart-Davenport

Sur son nouvel album solo, (Episodes), Bart Davenport déroule 12 chansons pop, rock, folk, psychédéliques et même bossa nova aux influences sixties, très marquées avec des influences multiples à aller chercher autant du côté du Glam rock que de Laurel Canyon… Un album au charme absolu, à la fois tonique et romantique, dans lequel on dénombre une bonne moitié de singles potentiels. A découvrir sans tarder !

5 disques du moment :

Kashif – Kashif (Arista, 1983)

Ce disque est actuellement sur ma platine. Il semble que Kashif était déjà un musicien de session accompli et un membre de groupe (BT Express) avant de s’aventurer seul avec ce premier album éponyme, synthy-soul. Il s’agit d’un boogie post-disco du début des années 80, qu’il vaut mieux écouter sur la piste de danse plutôt que dans mon salon, mais je suis ici en train de booguer tout en pliant le linge ! Stone Love est une jam élégante et funky !

Dave Frishberg – Oklahoma Toad (CTI, 1970) 

J’ai été attiré par l’étrange et merveilleux morceau “Van Lingle Mungo”, une chansonnette bossa nova où les paroles de Dave énumèrent bizarrement des noms de joueurs de baseball pendant toute la chanson, d’où le titre (Van Lingle Mungo, qui était apparemment un joueur de baseball de l’époque). Je suis un grand fan de jazz vocal et de nombreux artistes pour lesquels Frishberg a écrit (il est surtout connu comme pianiste et parolier). Lorsqu’on lui permet de chanter lui-même, c’est plutôt mignon, d’une manière un peu ringarde, et cela me rappelle beaucoup Bob Dorough.

Dana Gavanski – When It Comes (Flemish Eye 2022)

J’aime beaucoup les accords de Dana. Sur I Kiss The Night, le piano a un peu ce sentiment de pop baroque à la Rod Argent. Sur Letting Go, le mouvement des accords est apaisant mais avec des tournures intéressantes et imprévisibles. J’aime son style vocal sérieux qui, à mes oreilles, rappelle un peu Cate Le Bon, bien que je n’aie aucune idée de ce que Dana écoute. C’est un disque magnifique.

Joel Jerome – Super Flower Blood Moon (Dangerbird, 2022)

Un tout nouveau disque de Joel Jerome, multi-instrumentiste, auteur-compositeur-interprète et magicien du home studio basé à Los Angeles. Je n’ai écouté ce disque qu’une seule fois et je suis certain que je l’écouterai encore de nombreuses fois dans les jours à venir. Jusqu’à présent, je trouve totalement désarmant et rafraîchissant d’entendre les paroles sincères de Joel, ses jolies voix et ses overdubs ludiques et inventifs. Chapeau à Laena Myers dont les sombres arrangements de cordes sont frappants et complémentaires. Il semble erroné d’essayer de catégoriser cette musique. Bien qu’elle puisse être comparée à de nombreux enregistrements classiques de l’ère folk-rock de la côte ouest des années 60/70 par Neil Young, les Beach Boys, Jack Nitzsche, etc., il y a quelque chose de si personnel dans la façon dont Joel interprète ses morceaux qu’il les place dans une ligue à part.

Camera Obscura – Making Money (4AD B-Sides and Rarities) (Camera Obscura/4AD 2022)

Camera Obscura est l’un de ces groupes que j’ai toujours voulu écouter, mais que je n’ai jamais réussi à écouter au fil des ans. C’est drôle de s’y mettre enfin avec une compilation de raretés, mais d’un autre côté, ces chansons sont si bonnes que je me sens en confiance pour me considérer comme un fan. J’aime l’ampleur des mixages, l’utilisation de réverbérations, etc… Tracyanne Campbell a une voix magnifique. Je ne suis jamais allé en Écosse et je n’ai qu’une connaissance sommaire de ses scènes musicales et de son histoire. L’écoute de Camera Obscura reprenant le titre de Springsteen Tougher Than The Rest m’évoque une sorte de vision fantasmée des rues humides et venteuses de Glasgow.

5 disques pour toujours :

Love – Forever Changes (Elektra, 1967)

Si je suis honnête à propos des disques “pour toujours”, c’est bien sûr celui-ci qui me vient à l’esprit en premier. Tout ce qui peut être dit sur cet album classique a sûrement déjà été dit. Mais je l’écoute en ce moment même, au moment où j’écris ces lignes, et c’est toujours le meilleur disque jamais réalisé, pour une multitude de raisons. Les chansons d’Arthur Lee et Bryan MacLean offrent un large éventail d’émotions, d’humeurs, d’attitudes et d’états mentaux : euphorie, mélancolie, peur, paranoïa, ironie, absurdité, nostalgie, solitude, nostalgie, tendresse, fierté, incrédulité, frustration, nostalgie, épiphanie et, à la fin, un sentiment de reconnaissance et de détermination. Ensemble, les chansons décrivent presque toute l’expérience humaine (bien qu’elles soient transmises par des artistes résolument jeunes). Malgré tous les rebondissements excentriques et psychédéliques, l’atmosphère de ce disque est intemporelle, en grande partie grâce à son instrumentation : guitares acoustiques, cordes orchestrales, cuivres et un subtil mélange international de rythmes. Ma mère avait l’habitude de les voir jouer à Los Angeles, en 1965, quand ils s’appelaient encore “The Grass Roots”. Je pourrais continuer à l’infini mais je vais m’arrêter là.

The United States Of America – The United States Of America (Columbia, 1968)

Je reviens toujours à ce disque comme modèle pour ce disque d’avant-garde que je fais dans ma tête mais que je n’arrive jamais à faire dans la vraie vie. Mais sérieusement, il a été une source d’inspiration constante au fil des ans, un endroit coloré à visiter, comme un cirque sonique se déroulant en 1968. J’étais probablement un enfant qui regardait Sesame Street la première fois que j’ai entendu Dorothy Moskowitz chanter. Quand j’ai enfin eu ce disque (vers la fin de la vingtaine), j’ai tout de suite eu l’impression qu’elle m’était familière, comme la voix d’un professeur que j’avais à l’école ou d’une amie bizarre de ma mère, mais dans ce contexte ultra branché.

Gal Costa – Gal Costa (Philips, 1969)

Ce disque m’est parvenu par le biais du bac à prix réduit du Rasputin’s à Berkeley, à la fin des années 90. La personne qui l’avait acheté ne savait pas ce que c’était. Je n’avais jamais entendu Gal Costa. J’étais déjà un fan de Caetano Veloso, Gilberto Gil et Os Mutantes. Je savais donc que j’allais aimer ce disque. Mais il a dépassé toutes mes attentes. Son style vocal enjoué, les morceaux de guitare fuzz et les vibrations psychédéliques de carnaval m’inspirent toujours. Mon morceau préféré est probablement Que Pena, un duo avec Caetano.

The Chi-Lites – (For God’s Sake) Give More Power To The People (Brunswick, 1971)

Mon père a probablement acheté ce disque à sa sortie. C’est l’un des premiers disques que je me rappelle avoir regardé et écouté. Des chansons comme Have You Seen Her et We Are Neighbors auraient pu sortir des grosses voitures garées autour du lac Merritt durant n’importe quel week-end ou bien des appartements et maisons de l’est d’Oakland. Je pense que ce disque m’a beaucoup appris sur le chant : l’harmonie, l’appel et la réponse, la mélodie, la contre-mélodie et le fait d’avoir plusieurs lignes chantées dans des gammes différentes comme la basse, le ténor ou le falsetto. Il y a aussi un message de libération dans certaines de ces chansons, notamment dans la chanson titre, Give More Power To The People, qui est aussi pertinente aujourd’hui qu’au début des années 70.

Cleaners From Venus – Midnight Cleaners (autoédité en 1982, Captured Tracks)

Jessica Espeleta m’a fait découvrir la musique des Cleaners dans un van de tournée, à l’automne 2008, avec un CDR de cet album. Je me souviens lui avoir fait rejouer plusieurs fois Only A Shadow avant de passer à la suite. Depuis lors, je suis un fan inconditionnel de l’incroyable travail de Martin Newell, qui ne cesse de se développer. Il associe souvent des airs pop structurés de manière conventionnelle à des arrangements expérimentaux, à des instruments bizarres et à des interludes parlés ; c’est particulièrement évident sur Midnight Cleaners avec son côté “pop” et son côté “artistique”. Sorti en 1982 sur cassette uniquement et très peu remarqué, l’album est aujourd’hui considéré par beaucoup comme fondateur, très influent, un exemple parfait d’ingéniosité lo-fi et d’art outsider. Et bien qu’il soit incroyable de percevoir ce que Newell a réalisé avec un simple magnétophone 4 pistes, je pense que ses chansons sont si brillamment écrites et interprétées qu’elles auraient été fantastiques quel que soit le support sur lequel elles ont été créées. Je suis toujours impressionné par le large éventail de sujets qu’il aborde dans ses paroles. Il y a souvent quelque chose à voir avec la vie extraordinaire de gens ordinaires. J’ai l’impression que les histoires et les commentaires de Newell viennent du point de vue d’une personne très peu connue et je peux vraiment apprécier cela. Même lorsqu’il se laisse parfois aller à une sorte de nostalgie idéalisée des “swinging 60s”, il semble avoir la nostalgie d’une époque et d’un lieu où personne n’est jamais allé.

Bart Davenport – Episodes
Tapete – 25 mars 2022

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.