Alternative à un début de festival Rock en Seine pas très « rock », le concert du groupe gallois The Bug Club, en pleine ascension, offrait une autre occasion de renouer avec un bon gros son rock en région parisienne. Un super concert de rentrée !

Ce jeudi 21 août, s’offrait un choix de concert de rentrée pas évident pour les amateurs de « rock » en région parisienne : un plateau de deuxième journée du festival Rock en Seine porté par les têtes d’affiche américaines Vampire Weekend et Khruangbin, et assorti d’artistes plus rock mainstream ou soul-funk, ou bien le jeune groupe gallois qui monte, The Bug Club, au Point Ephémère. Le tout pas au même tarif, le Point Ephémère ayant cassé les prix, avec des places à 9 euros pour ce concert de rentrée… Grand bien lui en a pris visiblement puisque, en sus de la qualité artistique de la proposition, la salle affichait quasi complet ce jeudi soir, ce qui n’était pas gagné d’avance, un 21 août, pour un groupe à la notoriété encore limitée.
Nous avons donc opté pour cette deuxième option, en considérant également qu’une courte heure de Vampire Weekend à Rock en Seine aurait un intérêt limité, après les avoir vus en décembre dernier sur la scène de l’Adidas Arena, pour 2h15 de show plein, vivant, aérien, virtuose et complice (qu’il me soit permis ici de les saluer car cela reste un des groupes les plus importants, et créatifs, de notre époque).

En route donc pour le Point Ephémère qui n’a pas bougé durant l’été, toujours solidement ancré au bord du canal, et ses fameux poteaux non plus (il faudra décidément faire avec…). Objectif : en profiter pour un concert de rentrée, et vérifier sur scène les progrès constants du groupe gallois, depuis sa signature chez Sub Pop, et ses deux albums sortis coup sur coup, On the Intricate Inner Workings of the System fin août 2024, et Very Human Features (ce printemps), productivité record avec, plus étonnant pour des livraisons si rapprochées, à chaque fois une belle brochette de chansons imparables.
Devant un public d’habitués des concerts rock indé / pop rock parisiens, pour moitié parisien, pour moitié anglo-saxon, le trio déboule à 21h30 sur scène. L’expression « power trio » va trouver sa pleine expression durant d’heure vingt de concert qui va suivre. D’emblée, Sam Willmett (guitare, chant), Tilly Harris (basse, chant) et air(batterie, qui les produit et officie aussi au sein du groupe gallois Buzzard Buzzard Buzzard) attaquent, en fusion, avec Full Grown Man, extrait du dernier album. Le son n’est pas encore bien en place, comme si la balance n’avait pas été faite, mais on s’en fiche un peu : l’énergie est là, belle, imparable, les potards dans le rouge, 107 décibels direct pour débuter, et le programme de la soirée est déjà explicité par la chanson – power pop comme on disait à une certaine époque débraillée, avec de la distorsion, des jeux sur les voix des deux chanteurs, souvent en chœur, et même des soli de guitare, ce qui est plus inattendu dans le « genre ». Et des chansons qui s’enchaînent, un peu comme chez les Pixies, le groupe prenant toutefois le temps de partager quelques mots avec enthousiasme de temps en temps avec le public.

C’est avec la deuxième chanson, l’irrésistible Twirling in the Middle, également du tout dernier album, que le son du groupe se met plus en place, et que les choses vont véritablement être lancées : le train (mode de transport qu’ils chantent sur une de leurs chansons) de The Bug Club ne va plus s’arrêter. Dans un souffle, le trio décline la quasi intégralité des deux albums, en privilégiant un rythme classique d’une ballade pour respirer toutes les deux-trois chansons speed. Dans le premier registre, nous avons particulièrement apprécié l’efficacité de Jealous Boy, avec ses voix en chœur, et pour laquelle Tilly Harris avait demandé des encouragements au public car difficile à jouer, ou de Better Than Good et de Young Reader, aux refrains et aux montées addictives ; et dans le second, une jolie ballade comme Appropriate emotions, calmant parfaitement le jeu à mi concert.
L’heure de jeu approchant dangereusement, The Bug Club va muscler encore plus le jeu, et le public parisien de se lâcher définitivement dans un pogo endiablé, sur l’enchaînement de Tales of a Visionnary Teller avec la bombinette punk Living in the Future, puis War Movies de l’avant-dernier album. Le public est ravi et rincé, mais ce n’est pas fini, le groupe étant généreux, il restait encore 4 chansons ! Après un retour à l’influence The Clash, déjà détectée auparavant, sur Best Looking Stranger et Cheap Linen (assorti d’un gros solo de guitare), le groupe conclut le set sur le doublé imparable Blame Me – Quality pints (une chanson à laquelle on repensera sous peu devant la bière mal coupée et surtarifée à Rock en Seine…). A peine le temps de s’apercevoir qu’il est sorti de scène après cette heure dix menée tambour battant, le voilà déjà revenu pour un rappel de trois chansons dans le même esprit, dont l’étonnante chanson midtempo toxique Pick me like a Flower in the rain, qui ne nous semble pas avoir été publiée.

Quel concert estival et quel groupe, énergique et sympathique, frais et revigorant ! Un cocktail idéal pour lancer « la rentrée ». A vrai dire, tout n’était pas parfait, avec le son hasardeux en début de concert ou encore la voix de Sam Willmett (plus assurée sur enregistrement, et qui gagnerait à la travailler plus), heureusement complété et suppléé par Tilly Harris (s’amusant à rappeler qu’elle n’est qu’une petite bassiste, et pas la chanteuse « lead »). Mais l’essentiel a bien été assuré par le groupe : donner du plaisir, celui éphémère mais toujours essentiel, des concerts rock dans des salles humaines, et valider les progrès de ce groupe tonique, à écouter ou découvrir !
Place à présent aux joyeusetés en plein air pour la seule journée vraiment « rock » en Seine de dimanche…
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Jérôme Barbarossa
Photos : Laetitia Mavrel
