Avec le court métrage Wonderwall, Róisín Burns raconte l’itinéraire émancipateur d’une enfant sur fond de Nord de l’Angleterre, de mouvements sociaux et de rivalité entre Blur et Oasis.

Ce film-là, je voulais le voir. Non pas parce que j’en attendais monts et merveilles. Mais à cause de son pitch un peu paradoxal. Dans les années 1990, à Liverpool, une gamine va trouver la force de s’émanciper des garçons avec comme inspiration une Rockstar macho, prolo comme elle : Liam Gallagher.
Wonderwall est donc un court métrage présenté à la Semaine de la Critique, signé d’une réalisatrice admirant Brisseau, Clarke et Eustache. On sent effectivement un peu de l’influence du premier dans le travail sur le cadre. Mais on est loin de l’espèce de rugosité présente chez le Français à l’époque de De Bruit et de Fureur sans parler de celle du réalisateur du film fleuve où Jean-Pierre Léaud interprète un clone de BHL.

Liverpool, 1995, les dockers sont en grève. Siobhan (Tammy Winter), 9 ans, n’a qu’une chose en tête : voir si Oasis va remporter le duel de la pop face à Blur. Mais une dispute éclate avec son grand frère Rory (Braden Lane), entraînant la petite fille dans une fugue à la tombée de la nuit. Petite parenthèse : Siobhan, c’est un prénom irish. Faut-il rappeler ce que le Rock anglais (Fab Four, Sex Pistols, Smiths, Oasis…) doit aux prolos d’origine irlandaise ?
Le film représente une compilation des clichés du cinéma social britannique : des gamins prolos qui font les 400 coups et prennent des postures machos et violentes, un coin industriellement sinistré du Nord de l’Angleterre, un mouvement social et l’institution britannique qu’est le pub.
Siobhan traîne avec des tough guys qui lui font sentir qu’elle n’est pas des leurs… parce qu’elle est une fille. Comme le rappelle Burns en interview, elle suit les boys parce qu’à Liverpool ce sont les hommes qui incarnent le mythe et l’action : les footballeurs, les Rock Stars, les leaders politiques…
C’est le soir où va être révélé le vainqueur de la Bataille de la Britpop : Blur a sorti Country House, Oasis Roll with it (le premier étant nettement meilleur que le second). Toute la bande soutient les prolos du Nord contre les bourges du Sud. Oui mais la fugue va faire découvrir à Siobhan qu’une autre bataille se joue : celle des dockers. Et elle sera informée que, quel que soit le résultat du match des Rockers, les dockers ont perdu. Et ça sera reflété par une scène au symbolisme à la truelle.
Ceci dit, l’aveu de défaite d’un prolo qui se fout d’une guéguerre musicale orchestrée par la presse du Sud est peut-être le seul moment où le film vibre vraiment émotionnellement, plus que dans le récit initiatique. Il y a surtout une forme de contresens historique à faire de la défaite (artistiquement méritée) d’Oasis le symbole de celle des dockers.
Parce que l’on connaît la suite pour les Gallagher. Elle est donnée par le titre du film, contradictoire avec son contenu (ou ironique par rapport à ce dernier ?). Wonderwall, c’est le morceau qui permettra aux Gallagher, qui ont perdu la Bataille de la Britpop, de remporter en mode napoléonien la Guerre de la popularité contre Blur (et aussi de revenir en forme après une paire de singles peu inspirés).
Ou alors s’agit-il d’une allusion au thème du morceau ? Dans ce dernier, contrairement au cliché Rock dans lequel il est quelque chose que l’on doit briser pour trouver la liberté, le mur incarne chez Noel l’idée d’une personne offrant un amour et un soutien inconditionnel. Liam serait-il le wonderwall de la réalisatrice ? de Siobhan ?
Les prolos du Nord de l’Angleterre n’ont de leur côté jamais eu leur match retour. Thatcher n’est plus là lorsque le film se déroule mais elle a gagné la guerre depuis longtemps. Pour revenir aux influences revendiquées : le film de Brisseau évoqué plus haut pourrait être vu comme un équivalent français du réalisme magique de la littérature sud-américaine. Et la seconde moitié du film, celle de l’errance, est supposée lorgner vers cela.
De ce point de vue, on n’est pas loin dans l’esprit de Bird d’Andrea Arnold, qui tentait de mêler cinéma social british et onirisme. Pour rappel, les personnages d’Arnold tentaient de faire cracher à un crapaud un liquide hallucinogène en chantant du Blur. Mais le court ne va pas assez loin dans la rupture avec le réalisme.
Après une année marquée par la reformation à guichets fermés du groupe de Manchester, Wonderwall peut servir de madeleine de Proust à ceux et celles qui ont connu le Royaume-Uni des années Britpop. Comme film, il est loin d’être marquant, même si on guettera avec curiosité ce que les velléités de cinéma social avec addition de réalisme magique de Róisín Burns pourraient donner sur format long.
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Ordell Robbie.
