[Netflix] « Pax Massilia – Saison 2 » : bellum massiliense

Plus noire encore, plus dense – mais plus confuse -, plus lourde aussi, la seconde saison de Pax Massilia poursuit sa trajectoire de polar « marseillais » qui accroche autant qu’il irrite. Toujours prise entre ambition réaliste et pulsion spectaculaire, la série confirme son impact de divertissement « d’actualité »… tout en continuant à emprunter les mêmes impasses, celles du cinéma d’Olivier Marchal.

Pax Massilia S2
Copyright Netflix

Est-il raisonnable d’attendre encore, après autant d’années à le voir sévir dans le cinéma français, un changement chez Olivier Marchal ? Sans doute pas, d’autant que sa série Pax Massilia a été plutôt bien reçue hors de France, où le public avide d’action et de clichés brutaux et machistes y a trouvé son content. Donc pas de tentative de réinvention en vue dans cette saison 2. On est plutôt dans une envie de creuser le même sillon, et même – ce qui en soit n’est pas inintéressant – d’assombrir encore l’univers de la série. Un univers « à la Marchal », donc, brutal et tendu, où les différences entre flics et truands sont finalement anecdotiques, dont il s’agit cette fois d’accentuer la noirceur. Plus question d’ailleurs de parler de « paix », maintenue tant bien que mal par des compromis et des compromissions comme dans la première saison, cette fois, c’est la guerre à Marseille.

Pax Massilia S2 affiche

Car cette fois, le héros corrompu (Tewfik Jallab, toujours aussi inexpressif et monocorde) n’est plus policier : il est devenu un taulard dont la peau ne vaut pas cher, avant de se reconvertir en infiltré chargé de faire tomber son « frère » truand, pour pouvoir retrouver son honneur et son poste. Soit le trajet classique d’un infiltré déchiré entre des loyautés contradictoires, comme dans des dizaines de polars qui ont raconté le même genre d’histoire. Et qu’il ne s’agit pas non plus de réinventer.

Dans cette seconde saison, Pax Massilia renforce sa structure feuilletonnesque : les intrigues s’enchevêtrent, les doubles jeux se multiplient, les alliances se font et se défont, et, comme toujours chez Marchal, les lignes entre institutions, politique, police et monde du crime deviennent chaque fois plus poreuses. L’histoire de cette saison 2 ne manque donc pas de densité, mais elle génère aussi un effet de confusion, d’excès : trop de groupes antagonistes qui s’affrontent, trop de conflits entre individus, trop d’enjeux qui se contredisent et s’embrouillent, au risque que le téléspectateur baisse les bras et devienne largement indifférent à ce qui se passe à l’écran, en attendant la prochaine « surprise » ou la prochaine scène d’action.

Le point le plus intéressant de cette seconde saison, c’est la prise en compte par le scénario d’une réalité tragique constatée « sur le terrain », à Marseille comme ailleurs : le rajeunissement des criminels, avec l’apparition de tueurs sans pitié qui n’ont même pas encore 15 ans. L’excellent personnage de Mehdi, superbe – parce qu’ignoble et effrayant – « bad guy », ajoute beaucoup d’intérêt à la saison, même si paradoxalement, la série semble finalement s’en désintéresser pour revenir aux rapports plus convenus entre les deux « frères » ennemis, Lyès et Ali. On notera aussi le personnage « nouveau » du très jeune cousin descendu de Paris pour faire ses armes de tueur à Marseille, rapidement désarçonné par la violence extrême de ce monde qu’il découvre.

A l’inverse, cette seconde saison s’intéresse moins que la première à la « vie réelle » des habitants des quartiers, et perd donc en réalisme, au profit de l’intensification des scènes d’action et des intrigues « policières ». Elle néglige également un peu trop le beau personnage d’Alice, et Jeanne Goursaud n’a plus grand chose d’intéressant à faire. Certes, la mise en scène reste l’un des points forts les plus évidents de Pax Massilia : la tension est quasi permanente, les scènes d’action sont brutales. Marseille n’est plus une ville, mais un champ de bataille… répondant ainsi parfaitement aux fantasmes des acharnés de la répression tout azimut.

Si les dilemmes éthiques des personnages sont clairement posés, et la question de la responsabilité de chacun au sein d’un système gangrené est au centre de la série, l’écriture de Marchal et de ses co-scénariste privilégie la posture, le geste, la punchline, au détriment de la complexité psychologique. Finalement, Pax Massilia questionne beaucoup la morale et le devenir d’une société en crise, mais ne fait pas grand chose de ces questions. Elle capte quelque chose de notre époque (la défiance générale envers les institutions, la spirale sécuritaire, la tentation du cynisme), mais, dans ce qui est typique d’ailleurs de la majorité des « produits Netflix », elle se contente d’en faire un spectacle addictif qui n’encourage jamais la réflexion.

Il reste à espérer que la prochaine saison, qu’on nous promet s’attaquant aux plus hautes sphères du pouvoir, fera preuve de plus d’ambition.

Eric Debarnot

Pax Massilia – Saison 2
Série TV française de Kamel Guemra et Olivier Marchal
Avec : Tewfik Jallab, Jeanne Goursaud, Diouc Koma
Genre : policier, action
6 épisodes de 50 minutes mis en ligne (Netflix) le 9 décembre 2025

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.