Adapter l’un des plus mauvais romans de la prolifique Agatha Christie présentait l’avantage de moins risquer de décevoir ses lecteurs, mais les créateurs de la version Netflix des Sept cadrans ont quand même loupé leur coup.

Première question : Les sept cadrans, composé de trois épisodes de moins d’une heure, est-il une série, une mini-minisérie, ou bien un film saucissonné en trois parties ? La réponse n’a de toute manière qu’un aspect anecdotique. Seconde question : pourquoi diable adapter à l’écran ce qui est unanimement considéré comme l’un des plus mauvais livres d’Agatha Christie, écrit durant ce que l’écrivaine considérait elle-même comme sa pire période ? On aimerait que la réponse ait été : « parce que celui-là, on ne pouvait que l’améliorer », ou, au moins, « parce qu’il n’y avait aucun risque de décevoir les fans de la grande dame ». Mais rien n’est moins sûr, au vu du résultat.
Cette version Netflix des Sept cadrans était prometteuse : avec, comme « créateur » et scénariste, Chris Chibnall, l’homme derrière l’excellente série Broadchurch, et Martin Freeman et Helena Bonham-Carter devant la caméra, on pouvait espérer quelque chose de décent. Du point de vue scénario, Chibnall est resté très fidèle – on se demande d’ailleurs pourquoi, vu sa faiblesse – à la trame originale de ce roman farfelu d’espionnage, avec société secrète, traffic de technologie de pointe, et, bien sûr, une partie whodunnit sans laquelle un livre d’Agatha Christie n’en serait pas un. Il s’est, en gros, contenté d’ajouter deux scènes d’introduction exotiques – et passablement absurdes – sous le soleil de l’Espagne, et de localiser la scène (quasi finale) dans un train en marche plutôt que dans le scabreux night club des Sept Cadrans, ce qui lui permet d’injecter un peu d’aventure et d’action « moderne », tranchant avec l’atmosphère faussement victorienne des deux chateaux successifs où se déroule la majorité de l’histoire. L’énigme inventée par une Agatha Christie en roue libre reste donc une piètre énigme, trop complexe, irrémédiablement confuse, manquant totalement de logique, et dont on se désintéresse rapidement.
L’autre souci est que, alors que Bonham-Carter et Freeman font leur travail avec tout le professionnalisme qu’on leur connaît, parfaitement crédibles par rapport au contexte « historique », et rajoutant même la petite touche d’humour qui va bien, la troupe de jeunes acteurs qui est au premier plan des Sept cadrans se croit visiblement dans une série Netflix des années 2020 : on se demande régulièrement pourquoi la jeune Mia McKenna-Bruce, qui tient le rôle principal de « Bundle », ne dégaine pas son iPhone, tant elle a le look et l’attitude d’une jeune femme d’aujourd’hui.
Quand à la réalisation de Chris Sweeney, elle hésite en permanence entre une mise en scène qui pourrait dynamiser tout ça, et la nécessité de filmer avant tout le décor qui a dû coûter pas mal d’argent à Netflix, et qu’il faut bien rentabiliser.
Bref, quand tout ça se termine, on n’est pas plus avancés, on n’a toujours pas vu une adaptation d’Agatha Christie qui en vaille la peine, et on a surtout une grosse crainte que tout ceci ne soit que la première saison des aventures de « Bundle ».
PS : on notera en outre, l’affiche, littéralement atroce, qui prouve que la maison Netflix s’est finalement suffisamment désintéressée de l’affaire pour faire l’économie d’un graphiste et confier sa réalisation à Chat GPT.
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Eric Debarnot
