« Amour Apocalypse » de Anne Émond : rire de l’éco-anxiété

On voit trop peu en France de films québécois pour passer à côté de cet Amour Apocalypse qui trouve le juste équilibre entre angoisse existentielle et comédie romantique.

Amour Apocalypse
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On serait tentés, en voyant Amour Apocalypse, de reconnaître des traits représentatifs du film québécois dans un humour et une fantaisie qui ne sont pas sans rappeler les films de Monia Chokri ou le Guibord s’en va-t-en guerre de Philippe Falardeau. Mais il faut bien reconnaitre que nous ne voyons de cette contrée qu’une maigre partie de ce qui est considéré comme digne de traverser l’Atlantique par les distributeurs, et que notre jugement est sans doute biaisé.

Amour Apocalypse afficheToujours est-il que ce long métrage d’Anne Émond, qui réalise depuis près de 15 ans, reflète avec une certaine audace les thématiques qui dépriment l’époque. L’idée de faire de l’éco-anxiété un motif de comédie ne manque pas de panache, au risque de minimiser les enjeux, ou de déconsidérer les gens qui en sont victimes. Le point d’équilibre est assez bien trouvé dans ce portrait d’un quadra rongé par les idées noires, admirablement joué par le toujours génial Patrick Hivon. L’humour burlesque prend ainsi en charge sa singularité, sans exclure l’absurdité globale d’une catastrophe que tout le monde accueille avec une relative passivité. Cette absence de repères se met au diapason de personnages tous paumés à différents degrés, de l’employée vaguement nymphomane au mari alcoolique, le tout observé par des chiens en cage qui semblent les plus lucides face à cette décadence généralisée.

La contrepartie réside donc dans une forme de poésie, à travers une politesse du désespoir de la part du protagoniste qui tente la luminothérapie, le contact téléphonique (qui, un temps, semble nous conduire sur l’intrigue de Her) et, pourquoi pas, l’amour. Si l’écriture pèche un peu dans certains développements, la ligne de crête parvient à se maintenir dans cette odyssée qui conjugue l’intime, la maladresse et le chaos généralisé.

Il ne s’agira pas de se sentir rassuré à l’issue d’un récit qui nous épargnera les illusions du conte de fées, mais on aura trouvé, chez ces êtres fêlés, de petits fragments d’humanité qui peuvent servir de guides fragiles dans la vaste obscurité qui nous surplombe.

Sergent Pepper

Amour apocalypse (Peak Everything)
Film québécois d’Anne Emond
Avec : Patrick Hivon, Piper Perabo, Connor Jessup
Genre : comédie, romance
Durée : 1 h 40
Date de sortie en salles : 21 janvier 2026

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