Pour le cinquième chapitre de notre revue des 25 dernières années, notre équipe « BDs-comics-mangas-romans graphiques » s’est penchée sur la montagne de pages lues durant ce premier quart de siècle, pour tenter d’y identifier les œuvres les plus marquantes. Après de longues empoignades passionnées, nous sommes arrivés à un résultat. Pas parfait, mais qui confirme que le 9e art n’a rien à envier à la « littérature classique » !

À l’heure où le monde traverse des mutations profondes – crises sanitaires, bouleversements écologiques, révolutions technologiques et remises en question sociétales -, la bande dessinée s’impose comme un miroir essentiel de notre époque. Et ce n’est pas vraiment nouveau, puisqu’à l’aube du troisième millénaire, ces questionnements avaient déjà commencé à nous inquiéter (je ne parle évidemment pas du fameux bug de l’an 2000 !).
Avec l’aide de nos chroniqueurs, passionnés et experts en littérature graphique, nous avons donc sélectionné 25 œuvres marquantes, publiées entre 2000 et 2025, qui capturent l’esprit du premier quart du 21e siècle, produites par des auteurs, scénaristes et dessinateurs, que nous apprécions particulièrement à Benzine, et dont nous avons plaisir à suivre la trajectoire, souvent depuis de nombreuses années.
Cette sélection ne se limite pas à des chefs-d’œuvre graphiques. Elle met en lumière des récits qui, chacun à leur manière, explorent les grands enjeux de notre temps. Des récits autobiographiques aux fables futuristes, en passant par les thrillers politiques et les satires sociales, ces BDs offrent un panorama riche et varié de notre époque.
La mémoire et la transmission – un thème d’importance dans une époque où l’on confond instantanéité et qualité de vie, où le scrolling obsessionnel sur smartphone est souvent devenu une norme sociale (successeur augmenté du zapping télévisuel tant décrié lorsqu’Internet n’existait pas encore…) -, sont bien représentées dans cette liste, avec notamment l’œuvre-fleuve de Jacques Tardi, Le Cri du peuple, ou Les Ignorants d’Etienne Davodeau. Au milieu de cette confusion ambiante, il est bon parfois de prendre du recul, de pratiquer l’introspection, en bref de s’efforcer d’y trouver du sens. On peut le faire avec humour (La Vie comme elle vient, tome 8 des Formidables Aventures de Lapinot, de Lewis Trondheim), avec profondeur (Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, d’Emil Ferris), ou les deux en même temps (Le Combat ordinaire, de Manu Larcenet).
Parmi les autres thématiques, le multiculturalisme (s’accompagnant parfois d’exil ou de chocs culturels) est évoqué à travers plusieurs albums : L’Arabe du futur, de Riad Sattouf ou par exemple, Persepolis, de Marjane Satrapi. Dans un registre plus fantastique, sont abordées les angoisses millénaristes (20th Century Boys, de Naoki Urasawa), les peurs sanitaires (Black Hole, de Charles Burns), ou, plus poétiquement, la connexion à nos origines (Kililana Song, de Benjamin Flao).
Ce texte se voulant introductif, on ne citera évidemment pas tous les chefs d’œuvre de ce top, on vous invite donc à parcourir la liste – tout en cliquant sur le titre (à condition qu’il ait été chroniqué sur Benzine) pour en savoir plus.
En résumé, tous ces beaux albums que nous avons tellement aimés, nous vous conseillons vraiment de les lire, en espérant que cette sélection vous accompagne pour longtemps dans vos rêves et vos espoirs, ou tout simplement dans votre quotidien.
Les 25 livres ont été sélectionnés par Arnaud, Benoît, Bruno, Christophe, Eric, Jeff, Laurent et Stéphane. Ils ne sont pas classés par ordre de préférence, mais bien par date de première publication dans leur pays d’origine (qui sera souvent antérieure à l’année de parution en France, logiquement…). Lorsqu’il s’agit d’une série de livres, comme dans le cas de mangas – mais pas seulement dans ce cas-là – nous n’avons sélectionné que ceux recouvrant, même partiellement, la période 2001-2025.

Persepolis – Marjane Satrapi (2000-2003)
Autobiographie en noir et blanc, Persepolis raconte une enfance iranienne prise entre révolution, guerre et injonctions religieuses, puis l’exil, la honte, la colère, la liberté qui coûte. Le génie de Satrapi : une ligne claire faussement simple, presque enfantine, qui laisse passer toute la violence du réel sans jamais sombrer dans le pathos. C’est drôle, sec, politique, intime, et surtout universel : grandir, c’est apprendre à désobéir.
Le Sommet des dieux – Taniguchi (2000-2003)
Jirô Taniguchi adapte Yumemakura Baku avec une élégance hypnotique : une enquête autour d’un appareil photo mythique lié à l’Everest, et, au-delà, une obsession, celle de la montagne comme absolu. La mise en scène respire, les silences pèsent, les paysages deviennent des personnages. Le manga dit quelque chose de rare sur la solitude, la pureté, le risque, et cette zone où le courage frôle la folie. Un grand récit d’aventure qui finit par regarder l’âme.
Le Cri du peuple – Jacques Tardi (d’après Jean Vautrin) (2001-2004)
Tardi, chroniqueur et défenseur des vaincus de l’Histoire, se glisse dans la Commune comme chez lui : rues boueuses, visages burinés, colère collective, fraternité et trahisons. Adapté de Vautrin, Le Cri du peuple mélange polar, feuilleton populaire et fresque politique, sans perdre le sens du détail, ni l’odeur de poudre. L’Histoire n’est pas une leçon ici : c’est une matière vivante, sale, tragique, où l’on entend encore les cris… et où résonne l’écho de nos défaites.
Black Hole – Charles Burns (1995-2004)
Adolescence, banlieue, désir, malaise : Charles Burns transforme la métaphore en cauchemar organique. Une « maladie” sexuellement transmissible provoque mutations et stigmates : excroissances, peaux qui se dérobent, corps monstrueux. Le noir et blanc, clinique et profond, sculpte un monde de peur et de fascination. Black Hole, c’est le teen movie passé au formol, où l’horreur révèle surtout la violence sociale et intime de grandir. Un classique de l’angoisse contemporaine.
La Vie comme elle vient – Les Formidables Aventures de Lapinot, tome 8 – Lewis Trondheim (2004)
Et si, avec ce 8ème tome « officiel » des Formidables aventures de Lapinot, Trondheim avait réalisé son oeuvre la plus iconoclaste ? Sa conclusion s’est avérée particulièrement secouante, en 2004, pour tous les fans de ce héros si attachant… Trondheim a capté comme personne, avec Lapinot, le quotidien comme un sismographe : petites joies, embarras, amitiés flottantes, inquiétudes existentielles… Avec Lapinot, l’autofiction est devenue un terrain d’expérimentation joyeux : découpage souple, dialogues vrais, absurdité douce-amère. La Vie comme elle vient dit la difficulté d’être adulte sans mode d’emploi, mais aussi l’énergie d’avancer malgré tout.

20th Century Boys – Naoki Urasawa (2000-2006)
Réitérant de manière improbable le coup de maître de son immense Monster, Urasawa a construit avec 20th Century Boys une machine à suspense pop et paranoïaque : des amis d’enfance voient un ancien jeu inventé dans une cabane devenir le scénario d’une secte apocalyptique menée par « Ami”. Thriller, SF, réflexion politique sur le leadership et les risques autoritaires, chronique générationnelle… 20th Century Boys embrasse tout, et surtout notre rapport aux mythes : ceux qu’on se fabrique, ceux qui nous dévorent. C’est virtuose, feuilletonnant, parfois vertigineux, et ça parle du Japon, du monde, en particulier de celui d’aujourd’hui, 20 ans plus tard.
Le Photographe – Guibert, Lefèvre, Lemercier (2003-2006)
Un objet hybride et bouleversant : le récit d’une mission de Médecins Sans Frontières en Afghanistan, porté par le dessin de Guibert et les planches-contacts photographiques de Didier Lefèvre. L’alternance image fixe / dessin fabrique une mémoire à double focale : le reportage et le vécu, la preuve et l’émotion. Le livre raconte le terrain, les corps, la fatigue, l’altitude… mais aussi la beauté rugueuse d’un pays et la fragilité des bonnes intentions face au chaos.
Le Combat ordinaire – 4 Tomes – Manu Larcenet (2003-2008)
Marco, photographe, crises d’angoisse, famille, travail, amour : Larcenet raconte l’ordinaire non comme un décor, mais comme un champ de bataille intérieur. Tout est là : la peur de rater sa vie, la tendresse maladroite, l’héritage des silences, la maladie, la mort. Le dessin, d’une expressivité folle, bascule du comique au tragique en un souffle. Série profondément humaine, Le Combat ordinaire a cette force rare de nous regarder droit dans les yeux.
Pinocchio – Winshluss (2008)
Oubliez la morale Disney : Winshluss dynamite le conte de Collodi sous la forme d’une satire noire, punk et désespérée. Ici, Pinocchio est un robot muet, et le monde une usine à détraquer les innocents : guerre, sexe, alcool, exploitation, religion. L’album alterne styles et tonalités comme un carnaval toxique, où le rire est un réflexe de survie. C’est cruel, inventif, souvent hilarant, et terriblement juste sur notre époque. Un grand roman graphique, au vitriol.
Quai d’Orsay : chroniques diplomatiques – Blain / Lanzac (2010-2011)
Au ministère des Affaires étrangères, le chaos se dissimule (mal) derrière la politesse des grands couloirs des palais du pouvoir. Blain et Lanzac (un ex-diplomate) signent une comédie de bureau survoltée où notes, crises internationales et egos s’entrechoquent. Le ministre, tourbillon verbal, est un personnage instantané ; le dessin de Blain, nerveux, traduit l’urgence permanente. Sous la farce : une radiographie des rouages de la décision, de la communication, du théâtre du pouvoir. Une BD « politique” au sens le plus profond, et le plus jouissif, du terme.

Les Ignorants, d’Etienne Davodeau (2011)
Un auteur de BD et un vigneron se font un pacte : échanger leurs ignorances. Davodeau suit le travail de la vigne, apprend le temps long, les gestes, la matière ; le vigneron découvre la fabrication d’un livre, la page comme terroir. De cet aller-retour naît une ode magnifique à l’artisanat, à l’humilité et au dialogue. C’est simple, lumineux, jamais naïf : un récit sur ce qui nous relie quand on accepte de ne pas savoir. À savourer comme un bon vin.
Kililana Song – Benjamin Flao (2012)
Un carnet de voyage romanesque sur la côte kényane : un gamin, un petit village, des rêves de départ, et la mer comme horizon mental. Flao déploie des aquarelles sensuelles, pleines de lumière, de couleurs et de mélancolie, qui donnent envie de toucher le papier. Sous la beauté : une chronique sociale douce, attentive aux détails, aux rituels, aux micro-drames. Kililana Song prend son temps, écoute, regarde, et finit par chanter. Une BD qui vous habite comme un souvenir.
Mon ami Dahmer – Derf Backderf (2012)
Avant le monstre, il y avait le garçon. Backderf, ancien camarade de lycée de Jeffrey Dahmer, raconte l’adolescence d’un futur serial killer sans sensationnalisme : malaise, alcool, solitude, signaux ignorés, indifférence générale. Le dessin, presque caricatural, accentue l’étrangeté du quotidien, et rend l’ensemble encore plus glaçant. Ce n’est pas une explication facile, plutôt une mise en contexte : comment une communauté laisse quelqu’un se dissoudre sous ses yeux. Un livre inconfortable, nécessaire.
Blast – Manu Larcenet (2009-2014)
Un interrogatoire : Polza Mancini, obèse, errant, raconte sa descente et son « blast”, cet instant d’illumination qui justifie l’abîme. Larcenet signe un roman graphique noir, épais, hallucinatoire, où le dessin oscille entre grotesque et sublime. C’est une enquête sur la culpabilité, la violence, la fuite, mais aussi sur le désir d’atteindre une vérité intérieure, quitte à tout brûler. Une lecture éprouvante, magistrale, qui laisse des traces. Un des sommets du Larcenet « sombre”.
Ici – Richard McGuire (2014)
Un seul lieu, une pièce, un point fixe. Et le temps qui explose en fragments : 1623, 1957, 2213… McGuire invente une grammaire du récit où les cases se superposent, se répondent, se contredisent. Ici raconte la mémoire d’un endroit, et, à travers lui, celle des gens qui passent, des objets qui restent, des catastrophes qui reviennent. Conceptuel, oui… mais étrangement émouvant : on y ressent la petitesse de nos vies et leur beauté accidentelle. Un ovni fondateur, encore, et toujours moderne.

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres T1 – Emil Ferris (2017)
Ferris livre un carnet-monstre : une fillette qui se dessine en loup-garou raconte son quartier, une enquête, des traumatismes, la sexualité, l’art, la violence, l’histoire. Tout déborde : hachures, détails, références picturales, énergie brute. Le livre a la fièvre des œuvres rares, celles qui semblent écrites à même la peau. Sous le gothique et la pop, une méditation sur l’identité et le regard, sur ce que “monstre” veut dire quand on grandit. Un choc visuel et narratif.
Ces jours qui disparaissent – Timothé Le Boucher (2017)
Et si vous perdiez un jour sur deux de votre vie ? Le Boucher part d’un high concept SF pour raconter une tragédie intime : un homme dont l’autre « lui » vit en alternance, accaparant décisions, amour, carrière. Page après page, l’emprise se met en place, et l’angoisse devient mécanique. Le récit est fluide, lisible, redoutablement efficace, et pose de vraies questions sur l’identité, la liberté, la dépossession. Un page-turner existentiel, qui parle aussi de burnout et de contrôle social.
L’Accident de chasse – David L. Carlson / Landis Blair (2017)
Chicago, un accident, une cécité, et une histoire qui s’ouvre comme une poupée russe : le père du narrateur révèle son passé criminel, puis un destin lié à la prison et à un homme éblouissant… Le dessin de Landis Blair, expressionniste, texturé, donne à la ville un air de cauchemar noir. Entre récit familial, chronique sociale et réflexion sur l’art comme survie, L’Accident de chasse est une merveille narrative : sombre, émouvante, pleine de détours… et impossible à lâcher.
Les Montagnes hallucinées (Tome 1 / Tome 2) – Gō Tanabe (d’après HP Lovecraft) (2018 – 2019)
Adapter Lovecraft en Bande Dessinée, c’est risquer soit le ridicule, soit l’illustration sage. Gō Tanabe fait tout l’inverse : il trouve la manière de matérialiser le vertige. Ses planches détaillées sculptent l’Antarctique comme un tombeau de glace, et l’horreur cosmique devient architecture, relief, fossilisation. Le récit garde sa lenteur et sa montée d’effroi, jusqu’à l’insoutenable : l’humanité face à ce qui la dépasse, et à ce qu’elle ne devrait pas voir. Une adaptation exemplaire, qui respecte le texte tout en l’incarnant.
Il faut flinguer Ramirez (Acte 1 / Acte 2) – Nicolas Petrimaux (2018 – 2020)
Petrimaux injecte du cinéma d’action dans la BD franco-belge avec une gourmandise contagieuse : découpage nerveux, couleurs qui claquent, humour noir, références assumées. Ramirez, réparateur d’électroménager, cache un passé explosif, et le récit s’emballe comme une poursuite qui ne veut pas freiner. Derrière le fun, il y a une maîtrise graphique impressionnante et une vraie science du rythme, qui génèrent le plaisir rare d’un album qui sait divertir sans s’excuser. Un véritable blockbuster ?

Peau d’homme – Hubert & Zanzim (2020)
Conte médiéval, fable queer et comédie sociale : Peau d’homme imagine une jeune femme qui enfile une peau masculine pour découvrir la liberté… et la vérité des désirs. Hubert (disparu trop tôt) et Zanzim signent une œuvre intelligente, drôle, sensuelle, jamais prêcheuse, qui interroge le genre, le couple, la religion et la norme. Le dessin est expressif, le récit généreux, les personnages secondaires irrésistibles. Un album qui divertit et bouscule, avec une vraie douceur. Un classique instantané.
L’Arabe du futur – Riad Sattouf (2014 – 2022)
Riad Sattouf déroule son histoire personnelle entre France, Libye, Syrie, avec un regard d’enfant qui observe tout, et comprend trop vite. Entre humour, cruauté et tendresse, l’Arabe du futur raconte une famille, autour d’un père fasciné par l’autorité, mais parle aussi des sociétés traversées par le nationalisme, la religion, la misère. Le trait est limpide, les couleurs sont codées, la narration est implacable : tout concourt à faire de l’Arabe du futur une fresque intime et politique, où l’autobiographie devient document, et la mémoire, arme douce… Et un énorme succès de librairie, et aussi l’oeuvre – parmi ces 25 choisies – qui a le plus fédéré l’ensemble de la rédaction de Benzine.
Le Poids des héros – David Sala (2022)
David Sala travaille la mémoire comme une matière picturale : dans Le poids des héros, la guerre d’Espagne et l’héritage antifranquiste hantent l’intime. L’album mêle enquête familiale, récit historique et méditation sur le courage, celui qu’on célèbre, celui qu’on subit, celui qu’on transmet malgré soi. Graphiquement, c’est somptueux : aplats, textures, compositions qui évoquent affiches, cinéma, peinture. Mais la beauté n’édulcore pas : elle donne au drame un poids, justement, et une densité rare. Un livre grave, magnifique.
Slava – Pierre-Henry Gomont (2022 – 2024)
Pierre-Henry Gomont déplace son talent vers la Russie des années 1990 : fin d’empire, capitalisme sauvage, art, mafia, illusions et survie. Slava suit un artiste et les lignes de fracture d’un pays qui cherche un récit de remplacement. C’est drôle, cruel, romanesque, avec un sens du personnage et du dialogue très « grand roman”. Le dessin, précis et énergique, sert une fresque où les destins se croisent à vitesse folle. Une BD ambitieuse, qui raconte l’Histoire par le quotidien, et le quotidien par la tragédie.
Le Chat du rabbin (série non terminée…) – Joann Sfar (2002 – 2025)
Sfar a créé un monde : Alger, le judaïsme, la philosophie, le désir, les contes et les palabres. Un chat se met à parler, et tout devient prétexte à penser… mais en riant ! Au fil du temps (plus de vingt ans !), la série a évolué, s’est contredite, s’est étirée, s’est renouvelée : elle a assumé sa liberté de feuilleton, ses digressions, ses élans graphiques. Sous l’humour, le Chat du rabbin est une vraie réflexion sur la foi, la transmission, l’altérité, le colonialisme, l’amour. Le Chat du rabbin est une œuvre-vie : imparfaite parfois, mais profondément habitée, et unique dans le paysage de la BD française. Et ça continue…
