[Live Review] White Lies et Dima & Pasha à la Machine du Moulin Rouge : une belle maturité

Nouveau passage à Paris de White Lies, trois ans et six mois après leur concert au Trabendo, et nouvelle occasion de constater que le groupe et sa musique se bonifient au fil des ans. Récit d’une soirée bien agréable.

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White Lies à la Machine du Moulin Rouge – Photo : Eric Debarnot

White Lies… Ah, White Lies ! J’ai une relation compliquée avec ce groupe, je me souviens clairement avoir détesté leur premier album (To Lose My Life, en 2009), qui contenait d’excellents mélodies, mais frôlait la bêtise pure et simple dans sa célébration pleine de clichés de la mort (!) de la part d’ados qui faisaient une fixette sur Joy Division. Et puis, comme c’est le cas pour beaucoup de gens, artistes ou pas, le temps fait son ouvre, la maturité corrige les excès : chaque nouvel album de White Lies a montré un groupe qui enrichissait et diversifiait son approche, sans même parler du lot de nouvelles bonnes chansons apportées à chaque fois. Night Light, sorti en novembre dernier, en était encore une preuve. D’où, même si le passage de White Lies au Trabendo en juin 2022 avait témoigné d’une emphase excessive, dans la pénible tradition du stadium rock (remember Simple Minds dans les années 80 ?), ma présence dans la queue ce mardi devant la Machine du Moulin Rouge, au milieu d’une multitude de fans indiscutablement plus passionnés que moi par le groupe.

Cela vaut la peine de parler un peu de cette salle, l’ex-Locomotive, célèbre à l’époque pour ses concerts programmés après minuit, afin de ne pas déranger le public du Moulin Rouge mitoyen. Une salle très agréable, d’une bonne taille, avec une coursive de chaque côté de la fosse offrant une alternative confortable au premier rang, difficile pour les courts-sur-pattes comme moi du fait d’une scène particulièrement haute (offrant d’ailleurs une meilleure visibilité au public de la fosse, en plus du plancher en pente). Le son à la Machine du Moulin Rouge est quasiment toujours excellent, et les lumières généreuses, ce qui devient de plus en plus rare. On regrettera peut-être le fait que la jauge de la salle (quand le concert est sold out comme ce soir) inclut le fait de stocker des spectateurs dans les escaliers, ce qui n’est pas extrêmement confortable… Mais c’est en tout cas une salle bien plus appropriée pour un groupe comme White Lies, qui offre un décor et des lumières bien conçus ainsi qu’un son ample à un public, certes passionné, mais plutôt calme (pas de pogo ni de slamming en général !). Et le concert de ce soir va en être la parfaite démonstration.

2026 02 03 Dima & Pasha Machine du Moulin Rouge (6)19h30 : la soirée débute tôt avec Dima & Pasha, un duo venu d’Ukraine mais apparemment établi à Paris. Elle, Pasha Harulia, est mannequin, chante et joue de la basse, tandis que lui, Dima Novichenko, compose et joue de la guitare. Sur des beats enregistrés, leur musique est joliment dépouillée et assez… simple, comme une sorte d’indie folk électrisé, sur des tempos plutôt moyens. La voix de Pasha est charmante, mais pas extraordinaire, finalement assez dans la tradition des « chanteuses françaises » limitées au niveau « coffre ». Les morceaux sont plaisants, mais manquent un peu d’aspérité. Il n’y a que le dernier titre, nettement plus pop et un tantinet plus rapide, qui s’avère totalement convaincant, mais l’excitation n’a pas le temps de monter que, paf !… c’est fini. 25 minutes agréables mais où l’on a peiné à saisir le potentiel du duo. A revoir, certainement.

2026 02 03 White Lies Machine du Moulin Rouge (11)20h30 : White Lies attaque le set par le superbe All The Best, l’un des meilleurs titres du dernier album, un mid tempo raffiné, qui constitue une ouverture ambitieuse car plutôt anti-spectaculaire. Le solo de guitare final, très « pink floydien » confirme les tendances « rock progressif » que le trio mené par Harry McVeigh a peu à peu adoptées. Un bon point par rapport au concert du Trabendo où le groupe avait parfois joué à outrance la carte de l’emphase. Bon, ceux qui seraient inquiets devant un set moins puissant sont ensuite rassurés par une belle version de l’archi-classique Farewell to Fairground, l’une des meilleures mélodies d’une discographie qui n’en manque pas. La set list de la soirée va ainsi mettre en avant le premier et le dernier album du groupe, ce qui permet de satisfaire les fans de la première époque, plus « cold wave », tout en tenant bon sur l’évolution musicale notable de ces dernières années.

2026 02 03 White Lies Machine du Moulin Rouge (12)Les lumières sont magnifiques, le son est parfait, le public est déjà au taquet, même si le plaisir se manifeste plus par des gestes extatiques, des yeux brillants et des grands sourires que par un moshpit. Sur scène, comme toujours, il n’y a pas grand-chose à voir : le groupe est largement statique et anti-spectaculaire, mais au moins, Harry s’est débarrassé de la timidité de ses débuts, et semble prendre un plaisir sincère devant la réponse positive qu’il reçoit du public parisien. Musicalement, nous allons avoir droit à une heure quarante-cinq minutes (rappel de trois titres compris) composées de dix-neuf titres que l’on peut TOUS qualifier de beaux, sans réellement un seul passage à vide, ce qui témoigne quand même de la qualité d’un groupe souvent jugé un peu sommairement comme « de seconde division » dans le rock anglais.

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Hurt My Heart, avec ses claviers et son intensité galopante, peut rappeler la musique d’Editors, même si la voix, assez limitée, de McVeigh n’a pas la force et le charme de celle d’un Tom Smith, malheureusement. Sur les chansons plus rapides, la puissance de la section rythmique est indéniable, et le plaisir est là. Keep Up, plus funky que le reste du répertoire, est aussi une franche réussite, mais c’est le décollage mélodique de l’excellent Tokyo (une grande chanson, indiscutablement…) qui fait encore monter le concert d’un cran. L’enchaînement de The Price of Love et de I Don’t Want to Go to Mars sera, un peu plus loin, un autre sommet du set, avant que tout « n’explose » sur To Lose My Life – inévitable favori du public – et une excellente version de Bigger Than Us. Curieusement White Lies fait ensuite le choix d’un rappel moins « évident », centré sur le nouvel album et moins spectaculaire : encore une fois, un signe bienvenu de maturité… Même si, évidemment, nous aurons droit à l’incontournable classique qu’est Death.

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Morale : sans doute le meilleur concert que j’ai vu de White Lies, un groupe qui se bonifie en vieillissant. Et cela semblait être l’avis de la majorité du public sortant de la salle, ravi. Bon, eux qui n’aiment pas le groupe (trop « ordinaire », trop « commercial ») n’auront sans doute pas changé d’avis, mais passer une aussi bonne soirée sur du Rock de ce genre, devenu « classique », ce n’est pas tous les soirs qu’on en a l’occasion. Merci, White Lies !

Dima & Pasha :
White Lies :

Eric Debarnot

White Lies et Dima & Pasha à la Machine du Moulin Rouge
Production : AEG
Date : le mardi 3 février 2026

Leur dernier album :

Night LightWhite LiesNight Light
Label : Play It Again Sam / PIAS
Date de sortie : 7 novembre 2025

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