Fátima – Primal : Du passé faisons table basse

Fátima ne se contente pas de jouer : le trio sculpte des sensations, mêlant grotesque et sublimité, pour créer une musique brute, libre et imprévisible. Avec Primal, chaque morceau devient un voyage où l’âme et le chaos explosent les contraintes, rappelant que la vraie indépendance artistique se conquiert, s’arrachant à tout conformisme.

fatima

Ce qu’il y a d’intéressant chez Fátima, ce n’est pas tant ce qui est illustré, mais ce que le recueil musical provoque en termes de sensations, une énergie qui ne s’est jamais ankylosée sous la forme d’une institution révocable. Le matériau est ici, sculpté de manière brute, le monstrueux y côtoie la mort, le picaresque bascule dans l’allégorique. Avec Primal, l’irréductibilité de l’âme et du grotesque débordent toutes les contraintes, une rupture radicale avec un certain positivisme qui concerne la dégradation de l’ultime chapitre purifiant en rêve messianique parce que surtout celui- ci nous réintroduit aux commencements. Le trio Fátima revient rechargé à bloc, bien décidé à défoncer toutes les portes et les obstacles, revendiquant comme telle, sa totale indépendance (pas de label, aucun intermédiaire, merch autogéré).

Fátima - Primal Le temps de liberté créatrice n’est rien d’autre que le temps de vivre, il faut le réclamer, l’arracher, quelle aliénation en ont dévié la nécessité ? Dans cet abîme d’indescriptible misère, Sassquatch est un projectile lardé de mille éclairs balancés sur la gueule du conformisme. Retour non pas à la case départ, mais à une psychogénèse cartographiée par la résurrection de créatures dont l’extinction pourrait être enfin expliquée par le groupe, qui a conçu le monstre (sculpté par le chanteur du groupe) qui orne si joliment l’album. Du Doom passé dans un alambic recrachant une fumée mauve, des scories encore brûlantes, et voilà que surgit des profondeurs une autre bestiole, Mammoth Graveyard, monumental par son crochet latéral, uppercut qui vous arrache du marasme ambiant. Fátima est un fauve qui délivre toute sa furie, sans jamais tomber dans un cliché rebutant, le chant est toujours aussi dissonant et s’intègre complètement dans le magma originel du groupe avec une évolution constante depuis le précédent Eerie.

Une œuvre dans sa beauté énigmatique peut nous apprendre beaucoup, de ce que nous pouvons entendre habituellement. Comment ne pas être à court de superlatifs pour décrire la sublime montée qu’est Chilled Monkey Brains, titre complètement secoué, tant les signaux parviennent de tous côtés, avec cet orientalisme qu’il faut débusquer au détour d’une mesure.

De tout temps, chaque être sur terre constitué d’une âme et conscience a été durant son existence au moins une fois en quête d’une ivresse, peu qu’importe le support, ici Fátima est le divin breuvage, l’ambroisie des Dieux. Autrefois pour se faire entendre les troubadours et les ménestrels répandaient à voix haute dans les fêtes jusqu’à l’orée du bois, leurs musiques. Ces temps ne furent pas de mauvais maîtres. Au contraire, et c’est dans ce présent précisément que Fátima incarne l’irréductibilité du temps.

Franck Irle

Fátima – Primal
Label Autoproduction / Black Robes Records
Date de Sortie : 3 février 2026

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