« Aucun autre choix » de Park Chan-wook : un plan compliqué

Réadaptation des années après Costa-Gavras d’un roman policier de Donald Westlake, Aucun autre choix est à son meilleur dans des scènes de meurtre filmées par un Park Chan-wook au sommet de son art. Cette comédie noire traitant de la casse sociale peine en revanche à captiver le reste du temps.

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Si j’avais apprécié le bel humanisme d’un JSA malgré sa part d’épate formelle, je n’avais ensuite pas vraiment adhéré au culte des films qui accrurent la notoriété occidentale de Park Chan-wook. Si je leur reconnais des qualités, Sympathy for Mister Vengeance et Oldboy me semblaient souffrir des travers récurrents d’un certain cinéma habitué des grands festivals (Iñarritu, le Lars Von Trier de deuxième partie de carrière) : surenchère forcée de sadisme et de malheur s’abattant sur un seul personnage, cynisme rigolard. Le sens formaliste d’Oldboy s’accompagnait en outre d’une incapacité à faire le tri dans une débordante créativité. Ceci dit, le film est important pour avoir posé les bases du néo-polar coréen.

Oui mais… il y eut ensuite Stoker. Un film dont je comprends qu’il soit peu apprécié des amateurs du cinéaste pour cause de scénario « Hitchcock de deuxième catégorie ». Mais ce passage hollywoodien élagua la part de clinquant du formalisme du cinéaste, et inaugura une deuxième manière assagie, balayant mes réserves de l’époque des films célébrés. Un second souffle se manifestant, outre les films réalisés au retour en Corée, par d’intéréssantes incursions sérielles (les réussites de The Little Drummer Girl, son adaptation de John le Carré, et de ses épisodes du Sympathisant).

Bien reçu à Venise en 2025, Aucun Autre Choix est un vieux projet de réadaptation du roman de Donald Westlake Le Couperet, après celle de Costa-Gavras. Cadre dans une usine de papier, Yoo Man-soo (Lee Byung-hun, de retour chez le cinéaste après JSA et le sketch de Trois Extrêmes) est licencié. Ayant perdu son statut social, il finit par échafauder un plan afin d’éliminer les concurrents sérieux pour occuper un poste de manager qu’il convoite.

Le meilleur de cette comédie noire se situe dans ses scènes de repérage des cibles (dont le nombre a été nettement réduit par rapport à la version Costa-Gavras) et d’exécution du plan. Des scènes dont l’étirement permet de vérifier l’adage hitchcockien selon lequel tuer un homme est difficile, pénible et long. Surtout lorsque, comme le cadre licencié, on fait preuve d’un consternant amateurisme faisant basculer les scènes dans le grotesque. Des passages portés par un metteur en scène au sommet de son art, brillant sans trop en faire.

Mais d’un autre côté, la place réservée aux meurtres se fait au détriment de la construction d’un personnage principal en chair et en os. Si le cinéaste avait su auparavant construire des figures masculines violentes et insécures, ces aspects du personnage de Yoo Man-soo ne sont ici pas assez creusés, semblant juste présents comme note d’intention.

Spoiler
Yoo a peur que sa femme le trompe avec un homme plus jeune qu’elle, a été violent avec elle à l’époque où il était alcoolique et a du mal à gérer sa famille recomposée. Le souvenir pesant d’une figure paternelle ayant connu déchéance sociale et Guerre du Viêt-Nam (supposée faire écho à la « guerre » menée par son fils) est rajouté à ce catalogue de la masculinité contemporaine « en crise ».

Ou alors sont l’occasion de maladresses/lourdeurs d’écriture.
Spoiler
Le moment où Yoo voit sa femme danser avec un homme plus jeune qu’il imagine être l’amant. Le symbolisme à la truelle de la douleur dentaire de Yoo.

Des reproches concernant également l’écriture des enfants.
Spoiler
Tout le passage du vol de téléphones mobiles impliquant le fils et un de ses amis est expédié trop vite. La fille prenant des cours coûteux pour jouer d’un instrument de musique n’existe que comme symbole du statut social que ses parents risquent de perdre.

Le film s’en tire en revanche un peu mieux pour suggérer les conséquences durables pour mère et fils des actions paternelles. Il s’achève hélas de manière trop didactique.
Spoiler
Montrer un Yoo ayant retrouvé son statut et prêt à appliquer aux autres la recherche de compétitivité l’ayant mis au chômage suffisait, pas besoin de rajouter une référence à l’intelligence artificielle. Montrer un camion contenant du bois coupé juste devant la voiture de Yoo suffisait, pas besoin de rajouter des plans d’arbres abattus.

Moins que d’un propos réchauffé, Aucun autre choix souffre au final de son incapacité à susciter implication et intérêt lorsqu’il s’écarte de la cinégénie de la violence du réalisateur coréen. Et pourtant, le verre paraît plus à moitié plein qu’à moitié vide après coup.

Ordell Robbie.

Aucun autre choix
Film sud-coréen de Park Chan-wook
Avec : Lee Byung-Hun, Ye-jin Son, Seung-Won Cha
Genre : Comédie, Drame, Thriller
Durée : 2h19mn
Date de sortie en salles : 11 février 2026

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