[Live Review] Des Demonas et Dion Lunadon au 106 (Rouen) : nos amis américains

Magnifique « Nuit de l’Alligator » mardi soir au 106 de Rouen, où, trois jours après leur passage à la Marbrerie de Montreuil, Dion Lunadon et Des Demonas nous ont offert deux grands sets de Rock’n’roll, tout en nous rappelant que nous avons encore des… amis américains.

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Des Demonas au 106 (Rouen) – Photo : Eric Debarnot

Nous, Parisiens d’adoption mais Parisiens quand même, ne réalisons pas toujours que certains des événements musicaux que nous chérissons sont également déclinés dans d’autres grandes villes… comme c’est le cas en ce moment du programme (génial) des Nuits de l’Alligator, avec la combinaison gagnante Des Demonas + Dion Lunadon, qui passe en particulier par le 106 de Rouen, trois jours après un triomphe à la Marbrerie de Montreuil. Notre idée est donc de profiter de l’occasion et d’aller retrouver nos amis rouennais de « la bande du premier rang ».

2026 02 10 Dion Lunadon 106 Rouen (1)A l’ouverture des portes du 106, à 19h30, il n’y a pas encore foule à se presser, ce qui n’est pas rassurant, la salle « Club » du 106 n’étant a priori pas complète. Et les trombes d’eau qui s’abattent sur la capitale normande ne vont pas encourager les simples curieux à sortir ce soir ! Mais finalement, quand Dion Lunadon, le Néo-Zélandais établi à New York, entre sur scène à 20h pour attaquer la première partie du programme (une double affiche plus qu’un groupe principal avec une ouverture), il y a assez de monde pour que la soirée se passe bien.

Le contraire serait fichtrement dommage, car Dion Lunadon, s’il n’est malheureusement pas encore très connu, est l’un des meilleurs dépositaires actuels des secrets du « Rock stoogien ». Ce qui n’est pas rien. Et est susceptible d’emballer n’importe quel amateur de musique dure, rapide, et enflammée. Le format pour cette tournée est un quatuor constitué de Dion, d’un autre guitariste et d’une section rythmique : on a beaucoup moins de claviers que sur l’album que nous connaissons le mieux, Beyond Everything, datant de 2022, l’accent étant mis sur les guitares, ce qui n’est pas fait – évidemment – pour nous déplaire. Cet album ne sera représenté sur la setlist que par trois titres, le très « pop » (enfin, dans le contexte brutal de la musique jouée sur scène) Too Hard to Love, Too Young to Die, le brutal et frénétique Be My Side, et le très « rock’n’rollesque » Living and Dying With You (… avec ses « oouh oooouh oouh ! »). Le reste des quinze titres joués pendant les trois-quarts d’heure du set parcourt la discographie de Dion, que, avouons-le, nous connaissons moins, mais c’est tout sauf un problème, vu la qualité générale des compositions.

2026 02 10 Dion Lunadon 106 Rouen (6)Avec Dion, la satisfaction est garantie, même si, malheureusement, ce soir, sa voix est un peu sous-mixée : les trois musiciens sont des cadors, et exsudent en plus la « classe » qu’on attend d’un rock’n’roll gang tel qu’il se doit d’être depuis les standards établis dans les sixties et seventies. Dion, qui faisait partie dans son pays d’origine des fameux The D4, mais qui a aussi exercé à la basse au sein de A Place To Bury Strangers (un beau CV, quand même !), est l’un musiciens les plus crédibles pour nous donner une leçon de rock’n’roll sauvage, une leçon qu’il termine en sortant sa fameuse chaîne dont il frotte les maillons contre le manche et les cordes de sa guitare. Avant, pour bien faire, d’arracher toutes les cordes, une par une, pour le final de la soirée.

Sinon, une fois terminé le set, Dion est une personne charmante, avec qui il est très agréable de converser : ce petit commentaire pour rappeler une évidence, être « wild » sur scène ne signifie absolument pas être une « brute ».

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C’est avec une dizaine de minutes de retard que nos chouchous de Des Demonas montent sur scène, pour nous offrir un set d’une heure environ, qui sera relativement similaire à celui, mémorable, du Festival de Binic, l’été dernier. Là encore, le niveau de la voix est un peu insuffisant, en particulier durant les premiers titres, qui sont les plus « singuliers », puisqu’il s’agit d’assez courtes « incantations » de Jacky Cougar, le fascinant « chanteur » du groupe, récitées ou chantées sur une musique presque « motorik », la répétition des textes comme des boucles de guitare ayant un effet assez déstabilisant, au début. Mais, comme à Binic, la musique se déploie peu à peu de très belle manière, en continuant à parcourir des genres musicaux assez variés ; parfois jazzy, parfois funky, plutôt psychédélique, la musique de Des Demonas est atypique, plus exigeante souvent que ce que l’on écoute la plupart du temps. C’est un groupe auquel il faut s’acclimater, mais qui révèle une belle richesse et une belle profondeur sur la distance (et qu’on a intérêt à voir plus d’une fois sur scène !).

2026 02 10 Des Demonas 106 Rouen (2)Le fantastique enchaînement de trois titres-clés du dernier album (Apocalyptic Boom! Boom!), The Duke Ellington Bridge / Conduit / Fascist Discotheque, fait véritablement décoller le set, et des cris de joie s’élèvent ça et là dans la salle, ce qui est toujours bon signe. Musicalement, Des Demonas, c’est très, très solide, avec la guitare virtuose (mine de rien !) de Mark Cisneros, pilier historique du Rock garage de Washington, et l’orgue – à la « Ray Manzarek » de l’imperturbable Paul Vivari.

Autres sommets d’un set très convaincant, un seul mais incroyable solo de guitare de Cisneros, qui laisse tout le monde abasourdi dans la salle, et prouve que les brillants guitaristes ne sont pas l’apanage du Blues Rock et du Metal, et puis un nouveau morceau, There Are No Vampires in Africa, qui résume toutes les qualités de Des Demonas : jouer une musique totalement hypnotique (un ami à nous la qualifie de « chamanique »), sur laquelle sont posés des textes très riches, très malins aussi, cristallisant toutes les valeurs démocrates que Trump est en train d’essayer de détruire. Car Des Demonas, au-delà d’être un très grand groupe musicalement, est également porteur d’un discours politique engagé, en particulier sur les questions raciales (A noter que Jacky Cougar est d’origine kenyane, ce qui doit faire de lui un « ennemi de l’Amérique MAGA »).

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A ce propos, lorsque nous demandons à Jacky pourquoi il ne porte pas ce soir son habituel costume, mais est vêtu d’un tee-shirt que son Président n’aimerait pas voir, il nous expliquera que, au cours de la tournée qui enchaîne les concerts, il n’a pas toujours la possibilité de laver ses chemises et sa veste qui sentent trop la sueur, et que, du coup, il doit de temps en temps se résoudre à porter un simple tee-shirt. A propos de l’inscription sur celui-ci, il demandera d’ailleurs au public de ne pas en publier des photos sur les réseaux sociaux, car « il aimerait bien pouvoir rentrer chez lui à la fin de la tournée ». C’est dit avec humour, mais il est difficile de ne pas penser, étant donné tout ce qu’on lit sur la politique US aux frontières, que c’est un risque réel. Nous respecterons donc son souhait, y compris dans cette chronique, en ne décrivant pas plus le message porté…

Il est à peine 22h15 quand se termine cette très belle Nuit de l’Alligator, et dehors, il pleut de plus belle, mais il est impossible de ne pas être heureux après deux aussi beaux sets. Qui nous ont rappelé en outre, et ce n’est pas un luxe, que nous avons toujours de vrais « amis américains ».

Dion Lunadon :
Des Demonas :

Eric Debarnot

Des Demonas et Dion Lunadon au 106 (Rouen)
Production : Festival les Nuits de l’Alligator
Date : le mardi 10 février 2026

Leurs derniers disques :

2026 02 10 Dion Lunadon 106 Rouen AlbumDion LunadonMemory Burn (EP)
Label : Dion Lunadon
Date de parution : 23 juillet 2024

 

 

 

 

 

2026 02 10 Des Demonas 106 Rouen AlbumDes DemonasApocalyptic Boom! Boom!
Label : In The Red
Date de parution : 29 novembre 2024

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