Grife – Sœur d’oranger : un premier album à la fraicheur réjouissante

Quand la réputation d’un groupe ne cesse de croitre, on peut parfois être déçu quand parait son premier album. Pas de ça chez Grife ! Le duo minimaliste sort un album féministe, punk à l’os et sensible à point.

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Dans le super marché de la musique actuelle, il y a de quoi faire. Aux rayons sous vide, surgelé, réchauffé, sirop ou soupe en pack, on a même l’embarras du choix. En revanche, au rayon extra frais, il n’y a pas foule. Sauf que là, nous avons un arrivage qui devrait à la fois réveiller vos papilles, nettoyer vos oreilles et faire battre votre cœur. Surtout si vous aimez les oranges sanguines. Oui, vraiment, une fraîcheur comme celle dégagée par le premier album de Grife, ça ne court pas les linéaires.

soeur-dorangerGrife est un duo féminin qui, après une poignée de simples et une réputation scénique qui n’a fait que croître ces derniers mois, lance enfin son Soeur d’oranger. Si vous aimiez leur énergie sur les planches, vous ne serez pas déçus.

Les ingrédients de ce plat épicé sont basiques : une basse cousine de celle de Laetitia Sheriff, des percussions qui martèlent et des cordes vocales tout terrain. Et, comme en live, ça envoie du bois. À commencer par le premier extrait, TGGC («  Ta gueule gros con »), hymne  que toute personne de goût hurla au Noël dernier à la moustache du tonton relou, entre la dinde aux marrons et la bûche au beurre. Un manifeste imparable, saturé et joyeux, qui nous invite à vider nos poubelles toxiques et poilues.

Mais avant ce jouissif tri sélectif, l’album s’est ouvert avec Fake it, seul titre en anglais, augurant des horizons nouveaux qui font d’ores et déjà saliver. Sur ce morceau, on pense à des Wet Leg qui auraient décidé de voyager léger.

De l’énergie certes, un côté punk bien sûr, mais ce premier album recèle bien d’autres surprises. À commencer par une tendresse inattendue. Qu’elles traitent de la sororité comme peu le font (Sœur d’oranger) ou de la séparation tort boyaux (Terminal), Diane et Tori empruntent des chemins cachés, petits passages secrets vers leurs âmes délicates. Ces dentelles sont contrebalancées par quelques réjouissantes pochades (un  Joni très Wampas ; Schliebedich).

Mais un des gages de qualité sur tout l’album reste les voix. Ces deux-là savent chanter. Vraiment. Quand de nombreuses consœurs devraient songer à prendre quelques cours, Diane, elle, en donne. Les harmonies vocales peuvent ainsi parfois secouer le fantôme des Brigitte quand le petit grain génial des textes rappelle les premiers Camille.  On songe même à Dom La Nena (Acalanto). Tout ça avec le  mordant du punk minimaliste en plus. Un peu comme si les Presidents of United States of America guinchaient avec Brigitte Fontaine.

Oui, les Grife mordent ! Le patriarcat en prend plein les dents mais si les chevaux de bataille ne font aucun doute (Le loup), ils sont chevauchés avec un décalage et un sens de la métaphore barrée qui les rendent plus efficaces encore (Virginia Wouf).

Il y a bien un petit ventre mou dans la deuxième partie de l’album, mais c’est péché de jeunesse.

Oui, vraiment, sur votre liste de courses, n’oubliez pas le rayon frais. Car après avoir goûté ce premier album pétillant 100 % naturel garanti sans sulfites et autres putasseries commerciales, vous prendrez à coup sûr votre carte de fidélité.

Manu Bourdier

Grife – Sœur d’oranger
Label : Figures libres
Date de parution : 13 février 2026

 

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