Searows – Death In The Business Of Whaling : l’épure et ses limites

Avec Death In The Business Of Whaling, Searows prolonge son exploration slowcore dans un registre plus diffus et introspectif. Entre beauté fragile et dissipation mélancolique, Alec Duckart privilégie l’évocation poétique à l’efficacité mélodique, livrant un album à la fois habité et inégal.

Searows

Que la voie soit noble lorsqu’elle célèbre les auteurs disqualifiés, les artistes excommuniés pour leurs idées non monnayables. Il y a là une manière de s’éloigner de la norme. En dépassant un simple esthétisme hérité du passé, Searows retrouve ces lieux vertigineux – ceux des rêves tus, longtemps hantés – et les restitue avec une précision dépouillée.

Death in the businessAvec Hunter, le slowcore trouve un nouvel ancrage, et Alec Duckart semble se faire le photographe d’un cyclone (Photograph of a Cyclon), placé dans l’œil même du tourbillon qu’est le monde. Du chaos est distillée une beauté tremblante, presque maladive. Évoquant l’univers intimiste de Samana, Sarabeth Tucek ou Tara Jane O’Neil, l’album peine cependant à égaler End Of The World (2024), dont le titre Collector combinait mélodie imparable et vocaux oniriques. Ici, le souffle éthéré paraît plus diffus, dilué dans des arpèges de guitare qui installent une sensation de dissipation.

S’il existe un refuge face à un monde perverti, la symbolique biblique de Jonas – dans le ventre de la baleine – pourrait sembler trop évidente ; il faut sans doute creuser plus profondément. Le thème de l’absence traverse Dearly Missed, morceau qui se détache du reste de l’album : l’envol y naît paradoxalement du repli, et l’effondrement révèle une étrange beauté.

L’association d’images prédomine dans l’écriture de Searows. Il faut l’aborder comme une poésie inscrite dans une tradition anglo-saxonne qui privilégie l’évocation à l’analyse. Certaines expériences, certains sentiments ne peuvent s’exprimer frontalement ; ils se suggèrent, se fragmentent en impressions singulières, comme autant d’instantanés photographiques.

En cela, Death In The Business Of Whaling ouvre plusieurs voies. L’œuvre se présente moins comme une réponse que comme une étape supplémentaire dans cette chaîne ininterrompue de joies et de souffrances. Si cette quête d’intériorité vous offre un semblant de paix, alors Searows est sans doute fait pour vous.

Franck irle

Searows – Death In The Business Of Whaling
Label : Last Recordings on Earth
Date de parution : 23 janvier 2026

 

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