Très belle soirée hier, au Supersonic, avec la découverte excitante de Hallan, un groupe qui monte outre-Manche, et qui propose une musique indescriptible, oscillant d’une chanson à l’autre entre les genres musicaux. Le Supersonic confirme qu’il est L’ENDROIT de Paris où ça se passe… malheureusement dans le noir !

Hallan, on a entendu prononcer ce nom – avec un éclair de lumière dans les yeux – par une collègue chez Benzine, qui s’est empressée de nous dire qu’il ne fallait pas manquer le passage du groupe de Portsmouth, qui terminait sa tournée en France par la salle de la Rue Biscornet. Bons élèves obéissants, nous avons obtempéré, et, a posteriori, n’avons pas regretté notre décision… surtout que la soirée tout entière a été passionnante, confirmant la position unique du Supersonic comme L’ENDROIT où ça se passe à Paris, quand on s’intéresse aux dernières tendances du Rock en 2026. Enfin, à condition d’admettre que les concerts se déroulent dans l’obscurité… et maintenant (mais on espère que ce sera une exception) dans la fumée…
20h30 : Notre samedi soir débute très bien avec un trio mi-belge, mi-français (enfin, on n’imagine pas que 1 musicien ½ est de chaque nationalité…), Coup Dur. Le Supersonic annonçait un groupe influencé entre autres par les Calamités, qui ne sont pas trop notre tasse de thé, mais heureusement, le trio a montré sur scène son amour – tout à fait évident, dès la première écoute – de Television Personalities (reprise d’un titre, Part Time Punks…) et de DEVO (avec une version très réussie de la tuerie ultime qu’est Incontrolable Urge, pour clore leur set). Nous rajouterons à ces références un petit quelque chose de nos très chers Feelies, ceux du premier album, pour cette capacité à accélérer les rythmes jusqu’à la frénésie. Certains de nos amis ont eu du mal à avaler l’humour pince-sans-rire des textes (en français, merci, Coup Dur !), qui sonnent joliment naïfs, sous un vernis pop sucrée, contredit par la brièveté des chansons et le minimalisme musical. Bref, pour nous, c’est du potentiellement très bon, même si le groupe, qui vient de publier son premier single, Mon Amie, doit s’aguerrir : impossible de ne pas remarquer que, dès que les titres ralentissent (pas trop souvent, heureusement), la magie s’évapore !
21h30 : On change très brutalement de registre avec Monks, des Liverpuldiens qui sont en train de percer dans la dance music, alors qu’ils semblent avoir une assez longue carrière derrière eux déjà dans la « dreampop ». Leur single third location, qu’ils joueront pour conclure leur set de 40 minutes, fait parler de lui, et, de fait, s’avère très efficace pour agiter les foules sur le dance floor. Pour un concert, c’est plus discutable, on peut – et c’est notre cas – s’ennuyer rapidement devant le spectacle (?) de jeunes gens s’agitant ou faisant quelques effets de chorégraphies assez médiocres alors que les sons sont produits par des machines. Et puis, difficile d’adhérer à des vocaux finalement plutôt convenus en Angleterre depuis les années 90, ce chant lancinant et plein d’ennui qui avec le temps, est devenu une sorte de cliché. Heureusement, Monks a une arme fatale, leur guitariste (le seul musicien sur scène, en fait) qui fait des merveilles avec sa Rickenbaker. Il est difficile de leur recommander de revenir au Rock, alors qu’ils rencontrent le succès maintenant qu’ils ont franchi le pas vers la dance music, mais on se dit que c’est un peu du gaspillage, avec un tel guitariste. Dernière info, capitale : le « look » de Monks, c’est de porter des chapkas.
22h35 : Avec un peu de retard du fait de l’installation de leur matériel, voici enfin ceux que nous attendons, Hallan… Et dès les premières notes, le bonheur s’installe : voilà une musique tout simplement excellente, des chansons qui « accrochent » l’oreille dès la première écoute, portées par un batteur frénétique, et sublimées par un frontman charismatique, à la fois intense, sympathique, souriant, et… sérieusement agité ! On est épuisé simplement à le regarder ! Le costume cravate porté en entrée est vite trempé, et il lui faudra même, avant la fin de l’heure de set, demander à ce qu’on lui apporte un tee-shirt du stand de merchandising (taille S, ce qui est un peu petit, mais bon…). Ce qui surprend dans la musique de Hallan, par rapport à l’étiquette « post punk » un peu décourageante qu’on leur colle, c’est la prépondérance des claviers… même si, sur scène, ceux-ci sont largement pré-enregistrés : si chaque chanson jouée ce soir peut quasiment être étiquetée dans un « genre musical » différent, c’est largement un sentiment d’écouter de la synth pop survoltée qui prédomine – disons quelque part entre un New Order équipé d’un vrai chanteur et un Future Islands départi de sa coloration soul. D’ailleurs, la plus belle tuerie de la soirée sera jouée en troisième position, un The Colline Gate totalement magistral, qui fait exploser le Supersonic, mais qui ne sera malheureusement pas égalé ensuite : The Colline Gate, sur scène, c’est un riff « stoogien » joué à la basse, de l’électro « à la New Order » accélérée, et un frontman explosif… Oui, une tuerie, bébé ! Dans le même registre – mais encore meilleur en version studio – on aurait bien voulu avoir une version live du formidable Cut With The Kitchen Knife, mais il ne figure malheureusement pas sur la setlist !
La setlist nous emmènera en revanche sur « d’autres chemins » empruntés par un groupe dont le maître mot semble être la versatilité. DNA est plus classiquement post-punk, mais on appréciera le défilé sur un écran latéral des photos d’enfance des musiciens qu’on s’amuse à reconnaître (et eux-mêmes se marrent, du coup !). Unwomanly Face of War est l’occasion d’un spoken world férocement triste sur le thème de la guerre (… l’Ukraine) propulsé par la batterie déchaînée. Sagan est un étonnant moment de sensibilité aigüe, à la limite de « l’emo », avant le final puissant de Money Talks, dont on aurait aimé qu’il dure plus longtemps, pour retrouver la frénésie de The Colline Gate…
Mais il est 23h35, temps de se quitter et d’abandonner le Supersonic à la danse, pour une autre soirée qui devrait être agitée, vu la longue queue sur le trottoir de la Rue Biscornet. Nous, nous attendrons avec patience (mais pas trop) la sortie du premier album de Hallan, prévue pour le 11 avril prochain.
Coup Dur : ![]()
Monks : ![]()
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Eric Debarnot
Photos : Laetitia Mavrel (Coup Dur) et ED
Hallan, Monks et Coup Dur au Supersonic (Paris)
Production : Supersonic / Take Me Out
Date : le samedi 21 février 2026
Leurs dernières parutions :
Coup Dur – Mon amie (single)
Label : 6T2
Date de parution : 6 février 2026
Monks – life moves fast (single)
Label : Monks
Date de parution : 7 novembre 2025
Hallan – DNA (single)
Label : Wipe Out Music
Date de parution : 23 janvier 2026
