Avec Les Méandres du pouvoir, Donjon Zénith revient à un registre plus politique et comploteur, sans renoncer à son humour absurde. Porté par un Boulet au sommet de son art, ce nouvel épisode confirme la vitalité intacte de la saga de Sfar et Trondheim.

Si 2025 a été l’année de la résurrection à marche forcée de Donjon Parade, avec un succès variable d’ailleurs, on est heureux de retrouver en ce début 2026 un nouveau tome de la série Donjon Zénith, qui, quelque part, demeure notre préférée, depuis le début. Et la confirmation que Boulet reste au dessin augmente encore nos attentes, tant on a encore à l’esprit la superbe réussite de Larmes et brouillard, le neuvième tome, qui date déjà de 2022.

Ne tergiversons pas, la bonne nouvelle de ces Méandres du pouvoir, c’est que nulle déception ne viendra gâcher ce démarrage d’une nouvelle année, où l’on nous promet en outre un nouveau Crépuscule (dessiné par Obion) et un nouvel Antipodes (dessiné par Vince). Pour une fois, on ne peut pas ne pas commencer par parler du dessin de Boulet, qui a d’ailleurs évolué depuis le tome 9, et est absolument bluffant d’élégance et de créativité. Tout en restant d’une lisibilité parfaite, même dans les scènes de chaos caractéristiques de la série. Graphiquement, et avec une mise en couleur raffinée de Walter, on est très clairement ici dans le « haut du panier » de la série, comme le laisse présager la très belle illustration de couverture.
Là où certains pourront trouver à redire aux Méandres du pouvoir, c’est que, comme le titre l’explicite, on n’est plus dans de l’heroic fantasy échevelée, ni même dans le franc délire fantastique de certains tomes du Donjon. Ce qu’on y voit, ce sont les difficultés que Herbert rencontre à exercer le difficile métier de régent, surtout entouré d’une cour de neuf familles nobles prêtes à tout pour augmenter leur richesse et leur contrôle sur la cité, au dépens bien sûr du peuple dont personne ne se soucie. Herbert, fidèle à lui même, se défausse en plaçant son père au pouvoir. Malheureusement, il n’échappera pas pour autant aux tentatives d’assassinat (la fiole de poison et la dague sont clairement représentées sur la page de garde), même venant de ses proches. Cette atmosphère de complot et de danger – bien traduite par la couverture – pesant sur Herbert, sur Isis et sur Elyacin, leur fils adoptif, un remuant petit troll, va d’abord colorer ce nouveau tome d’une atmosphère « policière » inédite, avant que, peu à peu, Sfar et Trondheim ne retournent aux fondamentaux de la série.
C’est à Elyacin qu’incombe la majeure partie des gags, et il est indiscutable que c’est un personnage parfait pour injecter du burlesque dans une histoire qui en manquerait sans lui. La dernière page, la conclusion, est une jolie trouvaille de par son efficacité, sans même parler du fait que les portes sont désormais grandes ouvertes pour que Herbert, Marvin et les autres reprennent les chemins de la grande aventure.
Vivement le tome 12 ! Et on croise les doigts pour que Boulet se charge une fois encore de sa mise à image.
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Eric Debarnot
Les Méandres du pouvoir – Donjon Zénith T11
Scénario : Joann Sfar / Lewis Trondheim
Dessin : Boulet
Couleurs : Walter
Editeur : Delcourt
56 pages – 11,95 €
Parution : 22 janvier 2026
Les Méandres du pouvoir – Donjon Zénith T11 – Extrait :

