Porté par Josh O’Connor et Paul Mescal, le nouveau film d’Oliver Hermanus séduit par son immersion dans une Amérique rurale et musicale en voie de disparition, avant de céder aux pièges d’un mélodrame étiré où l’émotion s’affaiblit à mesure que le temps s’allonge.

Après son remake gentillet du Vivre de Kurosawa, Oliver Hermanus propose une romance historique où le lyrisme des cœurs rencontre celui de la musique. Au début du siècle, deux étudiants du Conservatoire de Boston entreprennent un voyage dans les coins les plus reculés du Maine pour enregistrer les chants folkloriques, et tout un patrimoine populaire en voie d’extinction.
Cette partie, la plus intéressante et intense du récit, condense plusieurs éléments symboliques autour de l’authenticité : celle du peuple, d’une musique rivée à son histoire et sa culture, opposée aux cercles érudits de Boston et élitiste de Rome. Celle d’ethnies en voie d’expropriation, dans un mode de vie où le simple rapport à l’espace sera bientôt balayé par l’ère des propriétaires. Celle du lien, enfin, entre ces deux hommes qui, à la faveur d’un voyage au cœur d’une nature accueillante, laissent s’épancher un amour proscrit partout ailleurs.
Josh O’Connor, décline ainsi sur un mode bien plus délicat la partition qu’il avait déjà entamée dans le criard Challengers, tandis que Paul Mescal est davantage en territoire familier après la romance contrariée de Sans jamais nous connaître d’Andrew Haigh. Le parallèle avec Brokeback Mountain est forcément convoqué, mais le film joue aussi avec la notion de parenthèse enchantée propre à Sur la route de Madison, en accordant davantage de temps de narration à l’après. Un choix finalement assez funeste, car l’attention accordée à la musique, aux rudimentaires procédés d’enregistrements des premiers appareils sur des rouleaux de cire, et au contact des populations méfiantes dans les forêts du Maine avait de quoi alimenter un film à part entière.
Le déploiement sur des années tente de dilater les effets de la perte, à la manière dont Clint Bentley le dispensait dans Train Dreams, distillant dans le temps, la nature et la trajectoire d’un individu le sentiment d’être passé à côté de sa véritable destinée. Les ellipses à rallonge ne cessent de répéter ce qui a déjà été vécu, dans des segments qui pensent amplifier l’émotion par la permanence d’un sentiment présent sur une vie entière. Erreur funeste, qui renvoie à ce passé précieux durant lequel les protagonistes enregistraient des chansons d’autant plus bouleversantes qu’elles étaient courtes, denses et authentiques.
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Sergent Pepper
