[Live Review] Heavenly et Autocamper à Petit Bain (Paris) : twee-pop indémodable…

Pour qui n’avait pas réussi à avoir son billet pour Geese au Bataclan, l’un des gros événements du mois, il y avait toujours la possibilité vendredi de se faire consoler par la twee-pop indémodable de Heavenly à Petit Bain.

2026 03 06 Heavenly Petit Bain (4)
Heavenly à Petit Bain – Photo : ED

Ce soir, à Paris, toute la jeunesse Rock – et finalement, elle n’est pas si marginale que ça – s’entasse au Bataclan pour voir Geese, qui est en passe de devenir le nouveau Fontaines D.C., au rythme auquel leur célébrité progresse. Et c’est très bien comme ça, même si ça signifie que se procurer une place est difficile. Heureusement, pour les « vieux » (pardon, les gens « mûrs »), il y a ce vendredi une alternative goûteuse : le retour à Paris de l’un des groupes phare de Sarah Records au début des années 90, Heavenly, reformé en 2023 (enfin si l’on ne tient pas compte de leur activité sous le nom de Tender Trap…). Il me faut avouer que ma propre passion pour la twee-pop est plutôt centrée sur la scène néo-zélandaise, et que je n’ai pas passé les années 90 à écouter les groupes de Sarah Records, ce qui ne me place pas à mon avantage dans un Petit Bain rempli ce soir de vrais fans enamourés.

J’ai parlé de « gens mûrs », mais en fait, le premier rang est plutôt investi par une bande de jeunes filles, qui vont chanter avec le groupe tout au long du set, ou presque : encore une raison de voir un « retour du Rock » ? On l’espère…

2026 03 06 Autocamper Petit Bain (3)20h00 : la soirée commence dans un genre musical différent, avec les Mancuniens d’Autocamper. Si les disques que le groupe a déjà publiés (dont un premier album en 2025, What Do You Do All Day?) témoigne d’une veine franchement indie pop, et si Arthur Robinson, le guitariste et principal vocaliste a plutôt un look Roger McGuinn / Chris Hillman circa 1966, ce qu’on entendra ce soir aura une forte connotation noise / shoegaze. C’est la guitare 12 cordes d’Arthur qui noie la musique dans un déluge à la fois original et jouissif de sons agressifs, offrant une carapace solide autour des vocaux fragiles – et un peu faux, comme il se doit d’après les règles du genre. Et cela, ma foi, c’est un véritable plaisir pour nos oreilles, toujours grandes ouvertes quand on nous propose un joli déluge sonique. Ceci dit, notre bonheur serait complet si les chansons étaient plus mémorables, mais elles manquent un peu de mélodies accrocheuses, ce qui est dommage quand on revendique une étiquette pop. 40 minutes qui se seront avérées néanmoins fort plaisantes.

2026 03 06 Heavenly Petit Bain (3)21h00 : la pétulante Amelia Fletcher investit la scène avec ses complices de Heavenly, et cela vaut la peine de pointer le fait que le groupe a toujours la même formation qu’en 1992, à l’époque de son second album, Le jardin de Heavenly, ce qui n’est pas si fréquent. Il y a Cathy Rogers aux claviers, qui assure la seconde voix féminine, Peter Momtchiloff à la guitare – sous-mixée malheureusement tout au long des soixante-quinze minutes du set -, et la section rythmique agressive de Robert Pursey (basse) et Ian Button, qui fera un travail remarquable de précision et de sécheresse brutale à la batterie.

Mis à part ce bémol sur la guitare, le son est bon, les lumières plutôt correctes (pour notre époque), et le groupe remonté comme un coucou, visiblement prêt à en découdre comme si trente ans ne s’étaient pas écoulés depuis leur plus gros succès, P.U.N.K. Girl en 1995. C’est quand même Amelia qui vole le show, non seulement parce que c’est elle qui chante toutes ces jolies mélodies chatoyantes et fragiles, mais aussi parce qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche : entre les morceaux, elle nous offre en permanence des traductions en français des titres et des paroles, ainsi que des commentaires amusants. On apprend ainsi que la chanson Skep Wax a été nommée ainsi en l’honneur du label musical créé par Amelia et Robert (ce qui doit être une vraie rareté, une chanson portant le nom d’un label), on sourit quand elle dédie le titre Our Love Is Heavenly au groupe français de métal qui porte le même nom qu’eux, ou quand elle annonce le morceau « Spermatozoïde contre Ovule » ! Il faut aussi noter que les sept chansons extraites du dernier album, Highway to Heavenly, qui vient de sortir, ne trahissent aucune usure par rapport au reste qui date d’il y a trente ans, ce qui est aussi quelque chose de peu courant…

2026 03 06 Heavenly Petit Bain (10)L’atmosphère sur scène comme dans la salle est gaie, la musique est joliment mélodique, et très sautillante : on est comme prévu dans une pop légère, facétieuse, qui engendre la bonne humeur. Les gens qui, comme moi, connaissent mal les chansons pourront regretter qu’un léger sentiment d’uniformité (de ton, d’ambiance) s’installe au fil du concert. Deux ou trois ruptures auraient été bienvenues, mais, pour être honnêtes, les neuf dixièmes du public sont parfaitement heureux. Et puis, on aura droit à un beau rappel, avec deux extraits de l’EP Atta Girl, dont le jouissif titre éponyme.

Bref, une belle soirée, que les fans du groupe auront, sans surprise, trouvée exceptionnelle, et que les autres – comme moi – qualifieront plutôt de plaisante.

Autocamper :
Heavenly :

Eric Debarnot

Heavenly et Autocamper à Petit Bain (Paris)
Production : paris popfest
Date : le vendredi 6 mars 2026

Leurs derniers albums :

AutocamperWhat Do You Do All Day?
Label : Slumberland Records
Date de parution : 11 juillet 2025

 

HeavenlyHignway to Heavenly
Label : Skep Wax
Date de parution : 27 février 2026

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.