Remake post-#MeToo d’un classique de la comédie québécoise des années 70, Deux femmes en or (rebaptisé « deux femmes et quelques hommes » en France) propose une réflexion sensuelle et amusante sur la sexualité féminine comme instrument d’émancipation.

En 1970, l’un des plus grands succès commerciaux du cinéma québécois s’appelait Deux femmes en or : cette comédie, réalisée par Claude Fournier, s’attaquait aux mœurs des banlieusards montréalais, et surtout aux frustrations de la vie conjugale, et est devenue un film culte du cinéma « canadien-français ». C’était l’époque de la libération des mœurs dans tout l’Occident, mais, au Canada, c’était aussi le moment du déclin de l’emprise de l’Église sur la société, et Deux femmes en or affirmait la naissance d’une culture populaire québécoise. Si le film était une comédie érotique provocatrice, il n’est plus vraiment au goût du jour en 2026 : son histoire de deux « ménagères » s’ennuyant dans leur vie domestique, et multipliant les aventures sexuelles avec les hommes du quartier, joue avant tout avec des fantasmes masculins désormais plutôt honteux.

La belle idée du scénario de Catherine Léger pour ce remake « moderne » est de changer de point de vue, d’adopter totalement celui du désir féminin. Si la frustration domestique reste présente (il n’est pas sûr que la charge mentale des femmes ait diminué en un demi-siècle, au contraire même), dans cette nouvelle version de Deux femmes en or (assez bêtement renommé en France Deux femmes et quelques hommes !), le sexe est moins un spectacle « aguicheur » qu’un instrument d’émancipation, ou, au minimum de questionnement sur le fonctionnement du couple et des relations en général.
Mais, si la question, jadis taboue, du désir féminin – et du plaisir – est centrale dans le film de Chloë Robichaud, qui met en scène de manière franche des scènes finalement peu habituelles dans le cinéma, même en 2026, elle est loin d’être le seul sujet d’un film plus complexe que son modèle. Souvent très drôle (toute l’énigme du « cri de la corneille »…), toujours joliment sexy, Deux femmes en or réussit à être « féministe » sans ridiculiser, ni simplifier, les personnages masculins : on y retrouve d’ailleurs l’excellent Félix Moati, expatrié sur ce coup-là, dans un rôle joliment indécidable… Il s’agit d’interroger les difficultés dans le couple, du fait de l’usure du temps qui passe, de l’apparition des enfants, mais surtout des attentes contradictoires, et des compromis nécessaires au fonctionnement de la vie familiale. Ce qui, en soit, n’est pas original, mais offre ici un contrepoint bienvenu aux scènes de sexe.
Il ne s’agit donc plus en 2026 d’acquérir cette liberté sexuelle qui était le grand sujet des années 70, mais bien de s’interroger sur « quoi en faire », alors que hommes et femmes se débattent, chacun à leur manière, face à l’érosion du désir dans le couple. Et alors que les questions Post-#MeToo du consentement et des rapports de force complexifient l’expression du désir : le beau personnage de la maîtresse (Juliette Gariépy, déjà admirée dans les Chambres Rouges) et ses jeux sexuels paradoxaux, comme le sketch à la fois drôle et gênant de l’acheteur de la perceuse, portent une réflexion pertinente sur le brouillage total des « codes » traditionnels de la sexualité.
Il faut malheureusement reconnaître que la dernière partie du film s’avère moins convaincante – moins lumineuse en fait – et que la conclusion déçoit par son retour à des situations mille fois vues dans un cinéma « psychologique » plus banal et pas très intéressant. C’est dommage, mais ce n’est pas dramatique non plus, si l’on considère les jolis moments de « plaisir » que Deux femmes en or nous a offerts jusque là.
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Eric Debarnot
