La perspective d’une saison 2 s’aventurant sur les terres balisées de la fiction post-apocalyptique avait de quoi inquiéter… Mais Paradise nous revient transformée, plus ambitieuse, et confirme que Dan Fogelman n’a pas fini de nous surprendre.

La saison 1 de Paradise, c’était « 24 meets Silo » signé Dan Fogelman (l’homme de This Is Us) : un POTUS assassiné, un agent de sécurité qui enquête, le tout dans une Amérique réduite à une ville souterraine de 25.000 âmes. La première moitié peinait un peu à convaincre, entre coups de théâtre artificiels et rythme hésitant. Mais la psychologie des personnages (le grand talent de Fogelman) primait toujours sur l’intrigue policière, portée par des acteurs solides, James Marsden en tête. La seconde partie de la saison montait nettement en puissance, culminant avec un épisode 7 remarquable de tension et de questionnements moraux, avant un final aussi inattendu que pertinent.
Finalement, Paradise ne manquait pas d’ambition politique, reflétant l’évolution récente du monde – surtout aux USA, mais pas que… – en montrant comment, face à une catastrophe planétaire, les riches et les puissants parviendraient à survivre en se construisant un semblant de normalité, à coups de milliards, mais aussi sur le dos du prolétariat exploité pour assurer la réalisation de la ville-refuge… Intelligente, généreuse, finement écrite, Paradise aurait pu en rester là, et la perspective d’une saison 2 s’aventurant dangereusement sur les terres désormais banales de la fiction post-apocalyptique était plutôt inquiétante.
Rassurons tout de suite ceux qui étaient dubitatifs, cette seconde saison est tout autant une réussite que la première, tout en effectuant un virage inattendu – et pour le moins audacieux – vers une science-fiction de paradoxes temporels et autres concepts « hard SF ».
D’un côté, nous suivons Xavier, désormais échappé du « bunker », cherchant à retrouver sa femme à Atlanta. Il va rencontrer divers personnages que Fogelman va placer tour à tour au centre d’un épisode, dans son style habituel : Annie (Shailene Woodley, comme toujours excellente dans le premier épisode qui lui est pleinement consacré) en survivante réfugiée dans Graceland (une très belle idée !) ; Gary, le postier, (Cameron Britton, acteur de seconds rôles qui a enfin l’occasion de briller) qui va nous permettre de suivre la trajectoire d’un petit groupe ayant survécu dans un abri conçu à cet effet à l’époque de la Guerre Froide ; et surtout Link (Thomas Doherty), mystérieux leader d’un groupe para-militaire bien décidé à pénétrer dans la ville souterraine, et qui va se révéler être un personnage-clé de la saison.
De l’autre, Fogelman opte pour la « sécurité » en ne désorientant pas totalement son public : nous restons aussi sous terre pour suivre les nouvelles manigances de Sinatra, autour d’un mystérieux projet, « Alex ». Cette partie de la saison poursuit donc dans le genre techno-thriller de la première, mais surprend quand même, en s’ouvrant sur des thèmes purement S.F., qui renouvellent fondamentalement l’intérêt de Paradise.
L’une des manières les plus singulières que Fogelman a de traiter la question de la survie de l’humanité « après la fin du monde » est que, à la différence de – par exemple – The Walking Dead, The Last of Us, ou Silo, il fait le pari de l’espoir plutôt que du retour à la sauvagerie et de la violence comme unique horizon pour l’humanité. Dans Paradise, il y a la possibilité d’un nouveau départ, basé sur la solidarité, l’entraide des survivants. Bien sûr, les contempteurs du travail de Fogelman pointeront que, comme dans This Is Us, ce sont la famille et la parentalité qui restent la pierre de touche de tout l’édifice narratif, justifiant pleinement les sacrifices de chacun – que ce soit ici Xavier, mais aussi, plus finement, Sinatra.
Certes, le final est un peu faible et manque de vraisemblance dans le déroulement de péripéties qui frôlent les clichés de série B sans imagination, en particulier une longue scène de piège dans un ascenseur, indigne du reste de la série. Mais il est indéniable que cette seconde saison a su faire repartir la série sur de nouvelles bases, et permettre une troisième et dernière saison, d’ores et déjà commandée, qui risque de nous emmener encore « ailleurs », vers une série mélangeant désormais audacieusement S.F. et réflexion sur le temps.
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Eric Debarnot
