Place des Vosges – Michel Braudeau

Michel Braudeau nous raconte SA place des Vosges. Celle des années 70. Plus bohème que bourgeoise. Un récit incarné et virevoltant.

C’est vrai qu’on en croise du beau monde dans cette fiction, mi autobiographie, mi panorama d’une société littéraire parisienne post mai 68. Philippe Sollers, Jean-Edern Hallier, Roland Barthes… On frôle très souvent l’entre-soi ! Fort heureusement, la plume de Michel Braudeau tantôt acérée, tantôt poétique, nous transporte dans son monde « vosgien ». On se croirait dans « Les Tontons Flingueurs ». Avec ses noms d’oiseaux et ses sobriquets fleuris. Devinez qui est Le Borgne ? Jean-Edern bien sûr !  L’auteur sait donner du corps à une élite qui pourrait désintéresser le lecteur lambda.

Et puis il faut dire que la place des Vosges des années 1970 n’était pas celle d’aujourd’hui,  lisse et bourgeoise. La place des Vosges de Braudeau a des airs de Bateau lavoir de Picasso dans le quartier de Montmartre. En un peu plus chic mais tout autant bohème. Et que l’auteur soit originaire de Niort, cette ville rurale des Deux-Sèvres, n’y est certainement pas pour rien. Le regard du provincial sur la Ville lumière sera toujours moins blasé que celui du Parisien pur jus. La preuve incontestable ici !

Et puis quelle poésie. L’auteur de théâtre Valère Novarina dit que la poésie, c’est “rendre le langage plus dense”. Michel Braudeau en est le parfait exemple. Volage et libre comme l’époque le veut, l’artiste relate avec délicatesse et élégance certaines de ses relations intimes. Le désir pour sa compagne est ainsi décrit : “La chambre était blanche, comme les voilages et les draps dans le soleil, le peignoir de bain où Rebecca apparut. J’étais dans une excitation de blancheur sibérienne, une bourrasque de poudreuse sucrée que perçait le noir de ses yeux, de ses cheveux défaits, de son petit renard tapi. Je passai avec celui-ci un long moment sous les draps, à lui parler la langue des muets que comprenait aussi sa maîtresse. Lequel de vous deux fut le premier apprivoisé, je ne sais. (…). Rebecca fermait les paupières, sa gorge se nouait, elle s’absentait sur l’oreiller, ne me laissait que sa moitié d’en bas pour converser des moments sérieux de l’existence.”

Quel style, non ?! L’écrivain transforme ce qui aurait pu être une banale autofiction en récit réjouissant et poétique. Il nous ouvre, le temps d’un livre, les portes de son monde. Un monde artistique et joyeux dans lequel se laisse porter Michel le bienheureux !

Delphine Blanchard

Place des Vosges
Michel Braudeau
Éditions du Seuil
160 pages, 16 €
Parution :  5 janvier 2017

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