Live Report : Pitchfork Avant-Garde 2017

Pour cette seconde édition du Pitchfork Avant-Garde, Benzine s’est fait un itinéraire bien corsé dans tout le onzième arrondissement. Reportage.

Julie Byrne Pitchfork Avant-Garde 2017

Le 31 octobre et le 1er novembre dernier, le 11e  arrondissement était en ébullition car le Pitchfork Festival était à sa seconde édition de l’Avant-Garde où plus de 45 artistes et groupes de demain sont programmés pour jouer dans 7 salles : la Mécanique Ondulatoire, Badaboum, Café de la Danse, Pan Piper, Supersonic, La Loge, Pop-up du Label.

Au final, faire son itinéraire a été un vrai casse-tête car c’est toujours à base de : « On commence par quel groupe ? », « Et machin il joue où ? », « Mais putain, je voulais voir truc mais il y a elle qui joue en même temps ! » ou encore « On fait une demi-heure machin et on se casse après pour voir truc, du coup ? », « On l’a déjà vu à [insérer un nom de salle parisienne underground], c’est pas la peine de le revoir ». Donc il a fallu faire des sacrifices parce que bon, et croyez-moi que voir 45 artistes et groupes nationaux et internationaux en 2 jours n’est jamais chose aisée.

On commence donc à la première journée de l’Avant-Garde qui s’est déroulée donc le 31 octobre, un soir d’Halloween…

et ce soir-là se partageaient l’affiche : A2, Ary, Benny Mails, Big Thief, Bryan Magic’s Tears, Isaac Gracie, Julie Byrne, K A R R Y N, Korey Dane, Leif Vollebekk, Lido Pimienta, Malca, Mavi Phoenix, NOLIFE, Pinegrove, Puma Blue, (Sandy) Alex G, Sorry, Superparka, Tennyson, Yellow Days ainsi que You Man qui jouaient dans 7 salles différentes entre 19 h et minuit. Et le tout premier concert que j’ai pu effectuer de cette journée était celui de Korey Dane, un jeune artiste californien de 26 ans qui venait de paraître son album intitulé en juin dernier, dont nous aurons l’occasion d’en parler dans ces colonnes un jour ou l’autre. Direction la Loge pour découvrir ce jeune talent. Le californien n’était accompagné de sa guitare acoustique et envoûtait la petite salle avec ces morceaux de son album d’une aisance déconcertante, le tout en bavardant avec son public à coup de (longues) anecdotes hilarantes en essayant de détendre l’atmosphère. C’est au milieu du set qu’une jeune vocaliste vient le rejoindre sur scène pour interpréter Hard Times. Premier concert plutôt réussi et on est conquis.

Maintenant, il est temps de tracer au Pop-up du Label à 20h30 pour partir à la rencontre de K A R R Y N, une jeune artiste américaine d’origine syrienne qui marche sur les pas de Björk et Jenny Hval. L’ambiance se fait bleuâtre et on est à mille lieues de l’indie folk intimiste du set précédent et on navigue dans des atmosphères électro-pop complexes et minimalistes. Armé de ses synthés, elle intrigue son public en débutant le concert a capella en chantant des incantations en arabe et par la suite en interprétant son répertoire bien dark avec l’aide de son complice au drum pad en interprétant Binary et Un-c2-See. Même si j’ai apprécié le côté original de la prestation scénique, je dois avouer que j’étais un peu décontenancé à cause de son set déstructuré où la magie peine à éclater en seconde partie du concert. Bilan mitigé pour le coup car on aurait aimé un set plus fluide et cohérent.

Après cela, je suis donc reparti à La Loge après m’être fait une raison. (Sandy) Alex G et Big Thief, je les avais déjà vu auparavant et je n’étais pas très tenté pour aller au Badaboum ou au Pan Piper, donc je me suis dit pourquoi pas tenter Julie Byrne ? Et ça a été un des moments les plus incroyables de cette journée. Le set débutait à 21h40 et la nouvelle prêtresse de la folk n’était armée que de sa guitare acoustique. Elle a demandé à tout le monde de s’asseoir afin que tout le monde puisse assister à une cérémonie religieuse (ou musicale, c’est selon) et voilà qu’elle nous envoûte en interprétant les standards de son magnifique dernier album Not Even Happiness. Et voilà que l’on est hypnotisé par chaque note de guitare et sa voix si douce et si aérienne, la magie opère. Mais on n’est pas au bout de nos surprises car elle est rejointe par un violoniste et un claviériste pour nous interpréter les chefs-d’œuvre que sont Follow My Voice ou Natural Blue. L’artiste de Buffalo et collaboratrice de Mutual Benefit en a même profité pour nous interpréter un inédit dont je m’en souviens plus le titre mais le moment fort est lorsqu’elle a décidé de clôturer son set avec le magique I Live Now As A Singer, qui est d’ailleurs un des moments forts de l’opus. Et c’était tout simplement wow, je n’en revenais pas et histoire vraie, j’ai lâché une larme tellement c’était frissonnant, tellement c’était beau. Je n’en revenais pas et je n’étais pas le seul à ressentir cette sensation : la moitié de la salle était conquise. Tellement conquise que pas mal ont été ému par cette prestation surréelle et si poétique. A la fin du concert, Julie Byrne en a profité pour enlacer les spectateurs qui ont été bouleversé par son set. Ce n’est pas tous les artistes qui ont ce privilège de faire ça mais la new-yorkaise était tellement généreuse qu’elle a aussi profité pour échanger quelques mots avec ses fans. J’en sors de la salle totalement conquis, un peu comme étant sur un nuage pas totalement remis de ce set magique. Mais pour moi, cette première journée s’arrêtait là et il fallait rentrer pour reprendre des forces.

Rebelote le lendemain, le jour de la Toussaint. C’était le second et dernier jour du Pitchfork Avant-Garde et le line-up donnait toujours envie avec entre autres : Ama Lou, Angelo De Augustine, Bad Nerves, Hare Squead, Hundred Waters, Jamila Woods, Matt Maltese, Nick Hakim, Noga Erez, Okou, Oko Ekombo, Pauli, Priests, RAY BLK, Rostam, Sälek, Silly Boy Blue, Soleil Vert, The Pale White, Triplego, Vagabon, Wovoka Gentle et Yowl. Une fois n’est pas coutume, je devais faire mon itinéraire et ce fut un véritable casse-tête comme d’hab mais peu importe. J’ai décidé de débuter cette seconde journée au Café de la Danse avec Rostam Batmanglij qui débutait à 19h30. Pour rappel, le guitariste de Vampire Weekend a quitté le groupe l’année dernière (même si il est d’ailleurs prévu qu’il participe tout de même au prochain album du groupe new-yorkais à paraître bien prochainement) et a décidé de se lancer en solo et c’est dans cette prestigieuse salle qu’il vient défendre son premier album Half-Light sorti en septembre dernier. Accompagné de trois violonistes, d’un violoncelliste, d’un bassiste, le producteur s’en sortait avec les honneurs pour conquérir ses spectateurs même s’il n’arrivait pas toujours à recréer la magie des prestations scéniques de son ancien groupe. Au final, c’était bien mais pas top.

Rostam

Il est maintenant 20h et l’heure est venue de foncer au Supersonic pour aller voir Silly Boy Blue…

Une des révélations frenchy les prometteuses de ses derniers mois. Pour ceux qui ne savent pas qui c’est, sachez qu’elle avait posé sa voix sur le dernier album de Pégase. Sa prestation était plutôt satisfaisante malgré une scène bien brumeuse, étant aussi bien à l’aise aux synthés et aux machines qu’à la guitare (elle a interprété une reprise à la guitare) sur des compos électro-pop bien intrigantes et dark à un tel point qu’elle s’était faite désirer par son public. Après son set, beaucoup de dilemmes se posait : Nick Hakim ou Hare Squead ? Badaboum ou le Pop-up du Label ? Au final, après avoir tranché, je me suis dit d’aller tracer au Pan Piper car j’avais besoin d’un peu de hip-hop durant ces deux jours. Et ça tombe bien car Hare Squead, la révélation hip-hop/R&B de Dublin, était ce dont j’attendais et le set était prévu à 21h10. Les rappeurs Tony Konstone et E-Knock ainsi que le chanteur Jessy Rose enflammaient la salle à travers des hymnes tantôt trap tantôt hip-hop pur et dur avec les désormais cultes Flowers ou encore Herside Story tout en partageant des anecdotes croustillantes et hilarantes (pour introduire une chanson, l’un des membres a déclaré qu’un autre membre a perdu sa virginité dans les toilettes et a ensuite écrit ce morceau, par exemple…). Qu’importe, le public  était en transe et sautait partout et moi aussi. Hare Squead n’a pas déçu et nul doute qu’ils pourront incarner le futur du hip-hop britannique même si ils seront labellisés en étant les migos irlandais.

Après le set endiablé du trio de Dublin, il est temps pour moi de tracer jusqu’à La Mécanique Ondulatoire pour LA tête d’affiche de cette seconde édition de l’Avant-Garde qu’était Priests. A 22h, j’arrivais dans la minuscule salle de la Méca et j’ai eu l’intelligent réflexe de me placer à l’extrême gauche de la salle et devant la scène afin d’éviter tout débordement. Le quatuor post-punk contestataire de Washington est arrivé et a directement mis le feu. Sur Les Oreilles Curieuses, je les avais qualifié de cocktail molotov humain en raison de leurs textes incendiaires et fortement engagés anti-Obama et anti-Trump de Kate Alice Greer dénonçaient à tout va. Cette dernière était au top de sa forme tout comme le guitariste GL Jaguar dont quelques petits malins ont eu le malin plaisir de le surnommer François Hollande avec sa ressemblance (très) fortuite. Mais ce dernier n’a pas l’air de prêter attention et se contente tout comme le reste du groupe de foutre le feu dans la salle en interprétant les hymnes brûlants de leur sensationnel premier album Nothing Feels Natural. Mais très vite, le concert va pas mal déraper à cause d’un bon nombre de perturbateurs qui vont déranger le voisin, notamment le photographe Robert Gil (que tout le monde croise dans tous les concerts et festivals) qui s’engueule avec un spectateur turbulent et était à deux doigts d’en venir aux mains. Et pour ceux qui connaissent La Mécanique Ondulatoire, sachez que c’est une petite salle et si il y a pogo, ça peut causer pas mal de problèmes. Et des problèmes, il y en a eu pas mal durant ce set, à un point que le groupe a interrompu pas mal leur set, notamment lorsque Kate Alice Greer et GL Jaguar a demandé à un spectateur si il avait un problème et que dans le cas contraire, qu’il fallait qu’il restait tranquille si il ne voulait pas se faire jeter dehors car c’est leur show. Mais très vite, une bagarre a éclaté entre deux spectateurs et au final, un des deux s’est fait virer du concert. Et un autre pour avoir jeté son verre en tentant de viser le guitariste. Déterminée à prendre les choses en main, elle invite toutes les filles à se mettre devant pour faire chier les spectateurs masculins et venir se défouler sur les hymnes du groupe que sont JJ ou Appropriate. Malgré le nombre de problèmes à cause des spectateurs trop agités, je dois avouer que Priests a littéralement mis le feu à la toute petite salle de la Mécanique Ondulatoire et que la leader du quatuor a su gérer avec professionnalisme et avec classe. Voilà de quoi terminer cette aventure avant-garde sur une plutôt bonne note.

Compte rendu : Florian Soni Benga / Photos : Cédric Oberlin.

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