Adrian Crowley – Dark Eyed Messenger

Adrian Crowley continue de poursuivre son chemin dans un folk ténébreux et gothique avec son sublime huitième disque, Dark Eyed Messenger.


Credit photo : Steve Gullick

Chaque année, en passionné de musique qui se respecte, on commence fin novembre ou tout début décembre à dessiner les contours de ces albums qui nous ont fait frissonner l’année durant. Il y a ceux très organisés qui classent par coups de cœur progressifs. Le grand piège c’est de s’imaginer qu’en gros en novembre, l’année musicale est bouclée, cachetée, collée, vendue.

Adrian Crowley – Dark Eyed MessengerCombien de fois un classement s’est vu totalement désorganisé et ce, y compris au plus haut du plus haut du palmarès. En 2017,  le vilain garnement qui vient bousculer ces rouages bien huilés, c’est l’irlandais Adrian Crowley qui, avec son huitième disque, le superbe Dark Eyed Messenger, entre dans le tout haut podium avec onze mélodies sublimes de désespoir.

Huit disques pour autant d’albums maîtrisés entre Folk et Pop, à la fois classique et à la marge. Pourtant, malgré une discographie exemplaire, on a l’impression qu’Adrian Crowley n’a pas encore la place qu’il mérite. Quand d’autres ronronnent un peu toujours le même disque, lui se remet en question à chaque album, à la fois creusant les mêmes tranchées avec endurance tout en travaillant le détail et les arrière-plans. Pour vous en convaincre, il suffit d’écouter le tremblant The Wish, petit chainon manquant entre les Montgolfier Brothers et le Nick Cave du Boatman’s call. On  surprend à l’ornière le désespoir, les hurlements muets. Adrian Crowley porte les mêmes habits de tristesse sans fard, les mêmes qu’un Bill Callahan ou qu’un Stephin Merritt.

Il se dégage de ces onze titres une douleur sourde parfois que le soleil tente de dissimuler comme Sur Halfway To Andalucia. Revient alors à la mémoire cette réflexion de ô combien la mort semble encore plus injuste en été, ô combien le contraste est la plus belle des armes pour magnifier le rien du tout. Sur Dark Eyed Messenger se confronte au chaos, à l’angoisse comme les minuscules dissonances qui viennent perturber Silver Birch Tree. Il expérimente la glace, l’inconfort et la sécheresse. Little Breath nous incendie par sa douceur d’apparat pour mieux briser nos faiblesses. Adrian Crowley n’est pas un simple chanteur, c’est un interprète, quelqu’un qui habite ses chansons et comble les vides. Valley Of Tears hésitera jusqu’à son terme entre complainte gospel et effroi gothique quand The Photographs égrène le spoken word chevrotant de l’irlandais. Dark Eyed Messenger joue avec nos nerfs et nos états paroxystiques, jouant le chaud et le froid, piquant puis caressant, douche écossaise ou marmite d’huile brûlante. Conciliant et confident sur Unhappy Seamstress quand il est ensuite inquiétant sur Catherine In The Dunes, Adrian Crowley nous met à l’épreuve.

Toutefois, avec beaucoup d’intelligence, il sait nous laisser des instants de respiration comme sur le somptueux Lullaby To A Lost Astronaut ou sur And So Goes The Night avant de conclure en une valse digne du Leonard Cohen des années 80 avec Still This Desire.

Adrian Crowley signe avec ce huitième album une parfaite continuité avec Some Blue Morning, sans doute faudra -t-il s’attendre à trouver ici une pénombre plus affirmée, la trace des coups étouffés, la marque que la peine laisse sur la chair, cette fine pellicule qui recouvre l’iris.

Greg Bod

Adrian Crowley – Dark Eyed Messenger
Label : Chemikal Underground / [PIAS]
Sortie le 27 octobre 2017

Adrian Crowley en concert le 29 janvier au Pop up du label à Paris

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