Lost Horizons – Ojala

Bien plus qu’une belle réunion d’anciens combattants, Lost Horizons livre avec Ojala, un premier disque à la fois crépusculaire et lumineux.


CREDIT Photo: Abbey Raymonde

On est quelques uns à ne pas se remettre de la disparition de Liz Frazer de nos radars. Pourtant, on la retrouve diluée chez un tas d’artistes plus ou moins talentueux, on pourrait citer dans une moindre mesure la putassière Lana Del Rey, ces tentations partiellement réussies chez les canadiens de Memoryhouse ou ces réinventions du côté de Beach House. Fort heureusement, Robin Guthrie et Simon Raymonde, les deux autres comparses des Cocteau Twins ont poursuivi bon an mal an leur chemin musical. Guthrie creusant des terrains souvent passionnant du côté de l’Ambient, Simon Raymonde se consacrant, lui, principalement à ce petit label devenu grand qu’est Bella Union. Ceux qui espèrent encore le retour des Cocteau Twins croient sans aucun doute encore au père Noël, désolé de jouer ici au père fouettard. Vous serez sans doute consolé alors par ce disque, Ojala qui, sans être révolutionnaire, sait dégager un charme certain.

On ne pourra limiter cette rencontre entre Richie Thomas, ex-batteur de Dif Juz et des Jesus & Mary Chain et Simon Raymonde, ex-bassiste des Cocteau Twins à un geste de mélancolie d’un âge d’or désormais révolu. Bien entendu, on entendra ici et là quelques effluves des projets qui les ont fait connaître sauf que c’est peut-être ces moments-là qui sont les plus faibles du disque, victimes de comparaisons avec leurs glorieux aînés. Prenez Bones  en ouverture avec la voix de Beth Cannon belle mais tutoyant la sur expression. La demoiselle gagnerait à plus de sobriété, elle qui hésite entre minauderie et voix brisée. Un début qui risque de vous faire fuir et de vous empêcher de découvrir les merveilles que recèlent Ojala.

Ojala pour « J’espère » en espagnol. Venez chercher ici de l’espérance, vous en trouverez au centuple à l’image de The Places We’ve Been portée par la sublime Karen Peris des Innocence Mission.
Ne soyez pas surpris de retrouver ici Karen Peris, réécoutez donc les premiers disques de The Innocence Mission avant la grande transformation vers plus d’épure et vous constaterez la proximité stylistique entre les Cocteau Twins et le son de la Famille Peris.
Soffie Viemose de Nanome sublime Amber Sky avec cette vertu enfin réhabilitée qu’est l’évanescence. On pensera souvent ici à The Gathering du temps d’Anneke van Giersbergen et plus particulièrement cette merveille de 2003 qu’est Souvenirs, sans doute pour cette même rêverie sensuelle et vaillante.
Asphyxia menée par Gemma Dunleavy et la batterie omniprésente de Richie Thomas promène ses enluminures orientalisantes vers un ailleurs apatride quand Reckless avec Ghostpoet rappelle un Mark Lanegan dérivant avec Bob Mould, les Soulsavers ou encore Stephin Merritt.

Petite merveille absolue au creux de ce disque précieux que ce She Led Me Away porté par l’ancien frontman des Midlake, Tim Smith. Une ballade de prime abord inoffensive, pour ne pas dire anecdotique, mais qui lentement fait son oeuvre et vous saisit pour ne plus vous lâcher à l’image de ces vieilles mélodies désuètes des années 70, celles de Mickey Newbury, de Michel Legrand.

C’est dans cette seconde moitié du disque qu’Ojala devient vraiment passionnant avec par exemple ce Frenzy Fear et ce Ed Riman déjà repéré avec son groupe Hilang Child, promis aux plus beaux instants à venir. Déchirant de bout en bout et appuyé par un piano miraculeux, Lost Horizons chante le peu, le manque et la douleur que l’on tait. Pour les plus anciens d’entre vous, ce Frenzy Fear renverra sans doute au Winter Kills glaçant de Yazoo, ce qui permet au passage de rappeler qu’Alison Moyet n’est pas l’auteur d’un one hit wonder, l’usé Don’t Go. The Tide contrastera (et pas forcément à son avantage) avec son prédécesseur et ce malgré une mélodie volontiers catchy. I Saw The Days Go By enchantera plus d’un avec la présence essentielle de Marissa Nadler qui donne à cette balade prévisible un climat chaotique et polaire. Entre d’autres mains, ce ne serait qu’une ritournelle frivole, c’est ici une espèce de grande clameur portée vers les cieux de Californie, un chant de la pluie, un épouvantail aux moineaux au milieu d’un champ de blé asséché. Give Your Heart Away lassera par son manque d’envie quand Score The Sky rappellera Milk And Kisses.

Life Inside A Paradox ressemble à une auberge espagnole comme une vitrine sur le label Bella Union avec la présence de Cameron Neal. Ojala redevient passionnant avec cette longue complainte qu’est The Engine toujours accompagnée par la voix en montagnes russes de l’anglo-indonésien Ed Riman. On est un pied dans le folk des années 70, un autre dans une Ambient discrète. Winter’s  approaching voit le retour tout en brisures de Marissa Nadler pour un frisson de presque cinq minutes, quelque part pas loin d’une Laura Nyro apaisée et sa prolongation cristalline en forme de conclusion qu’est Stampede ici magnifiée par Hazel Wilde des Lanterns On The Lake, une beauté évacuée par le vide, une beauté caressée par les nuances.

Ojala est une oeuvre attachante avec certes quelques défauts, parfois une certaine prévisibilité dans le propos mais souvent une pertinence qui sait briller de tous ses feux dans ses nombreux moments.

Greg Bod

Lost Horizons – Ojala
Label : Bella Union / PIAS
Sortie le 27 octobre 2017

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