Led Zeppelin III : L’échappée Belle

A peine un an après la sortie du Volume II, Led Zeppelin vient offrir à son public le troisième opus, le troisième vol du dirigeable. Une troisième sortie différente, loin du fracas des précédents. Un album apaisé après l’effervescence musicale, après le bouillonnement Rock. Une caresse Folk sur ta joue droite, mais Led Zep ne serait pas Led Zep sans Rock’n’Roll, et vient te filer la beigne de ta vie durant 7 minutes et 23 secondes: Juste le temps d’une chanson, juste le temps de Since I’ve Been Loving You. Juste ça.

Led Zeppelin III

Led Zeppelin II vient de sortir et cartonne dans les bacs, agressant les oreilles endormies des quelques hippies oubliés, pensant se filer le dernier Simon et Garfunkel pour redescendre peinard et se désintégrant les trois neurones qui leur restent sur l’intro de Whole Lotta Love.
Le quatuor se retrouve avec ses deux premiers albums en tête des ventes de disque de ce début des seventies.
Tout va bien dans le meilleur des mondes. Les disques se vendent, les salles sont pleines; les foies et les narines aussi.

C’est le succès pour le Zeppelin. La tournée Américaine est un triomphe mais use les organismes. Le rythme démentiel des tournées, les shows interminables où Led Zep se donne corps et âme, métamorphose ses chansons et leur ôte leurs chaines les laissant s’envoler en totale liberté, tout cet influx nerveux, cette créativité débridée vident les réservoirs.
Ces réservoirs à sec que le Jack Da’ ne suffit plus à remplir.
C’est à Bron-Yr-Aur (Patelin de 2000 âmes, perdu en plein Pays de Galles) que Page et Plant s’arrêtent pour faire le plein et laisser refroidir le moteur.
Depuis deux ans le Zeppelin n’a pas touché terre: Drogues, alcools, gonzesses. Il était temps de faire respirer la machine et de réfléchir à la suite des événements.

« Page débranche sa gratte et balance son ampli aux orties. Il bosse en acoustique, s’attaque à la folk, aux traditionnels Irlandais et Ecossais… »

La vie est douce dans ce coin reculé du Royaume-Uni.
Page et Plant s’évadent (avec leurs femmes) au milieu de cette nature, ils s’apaisent, ils se découvrent.
Plant travaille sa plume, toujours hanté par ce Moyen-Age fantasmé, violent et poétique, comme un troubadour en patte d’éph’ à la cour du roi Rock.
Page débranche sa gratte et balance son ampli aux orties. Il bosse en acoustique, s’attaque à la folk, aux traditionnels Irlandais et Ecossais, revisite quelques Blues méconnus ( dont il ne créditera pas les auteurs originaux, une fois de plus – Willie Dixon, Howling Wolf, Leadbelly…- la liste devient longue.). Cette échappée loin de la ville, loin des lumières et du bitume, les éloignent également de ce Rock’n’Roll plus dur des deux premiers opus.

Pourtant le premier titre caresse les habitués du Zeppelin dans le sens du poil. Immigrant Song et son riff de gratte hypnotique place les auditeurs dans le monde reconnaissable du groupe.
Mais le rythme est différent, une répétition rapide des motifs musicaux le rapproche de la transe. Une transe Rock comme l’écho lointain et violent des hallucinations musicales du San Francisco Sound du milieu des sixties, la phase terminale d’une époque qui s’éteint irrémédiablement.
Celebration Day et son « Bottleneck » furieux maltraite, une fois de plus, un Blues pas rancunier qui laisse ces mômes s’amuser avec ses affaires.

Après ces quelques morceaux de bravoure électrisante, Led Zep délaisse la saturation puissante et distordue.
Page s’amuse avec ses nouveaux joujous (Steel Guitar, Dobro, Banjo…) et envoie le dirigeable sous des cieux encore inexplorés.
Led Zeppelin « s’acoustise », s’orientalise (That’s the Way) et se découvre plus complet qu’ils ne le pensaient.

« Since I’ve Been Loving You : Un crescendo musical sublime et érotique, comme une femme se déshabillant dans la pénombre venant te rejoindre doucement… »

C’est le sourire aux lèvres que l’on croque dans cette mandarine sucrée comme un bonbon.
Cette Tangerine que Page épluche délicatement avec sa Pedal Steel et que Plant nous offre comme l’on offre de l’eau au voyageur égaré.
La Rythmique « Zeppelinienne » lâche un peu de lest sur cet opus mais Jones et Bonham, plus en retrait, sont loin, très loin d’être inexistants.
Pour preuve le mythique Since I’ve Been Loving You.
Plus qu’une chanson, un instant de magie. Les quatre de l’Apocalypse défient les Dieux de l’Olympe avec ce morceau et leur foutent la raclée du siècle.
Un blues charnel qui viendrait de toucher le doigt de Dieu.
Un Chef d’Oeuvre absolu d’une beauté trouble qui s’offre à toi.
Un crescendo musical sublime et érotique, comme une femme se déshabillant dans la pénombre venant te rejoindre doucement, ce corps magnifique se dévoilant un peu plus à chaque pas dans la lumière.
Page pleure son solo, fait transpirer son Blues épuisé par cette chaleur écrasante.
Plant hurle son désespoir, te retourne le bide et fait chialer les Dieux du Rock’n’Roll qui le couvre d’or l’espace d’une chanson.
Bonham sur un simple « Ternaire » crée un monde et finit la chanson en apesanteur sur ses fûts.

Since I’ve Been Loving You est une expérience comme peu de groupes peuvent en faire vivre. Un voyage, les larmes aux yeux, à l’intérieur de toi, de tes souvenirs, de tes peurs, tes chagrins et tes amours.
Un morceau comme une photographie, l’ instantané de ta propre vie à la première écoute.
Quelque chose de surhumain. Quelque chose qui te dépasse. Comprendre que les choses ne seront plus comme avant. Qu’un palier vient d’être franchi et que tu l’as franchi avec eux.

En sept minutes et vingt-quatre secondes Led Zeppellin est devenu mythique….Et éternel.

Renaud ZBN

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Antonio
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Antonio

Bravo, maintenant faites l’article de son meilleur album, zoso ou led Zeppelin iv