Led Zeppelin IV : La Somme Rock

1971. Le volume III du Zeppelin est sorti l’année d’avant et a permis aux critiques d’acérer leur plumes sur le manque de mojo et d’électricité de l’album. La bande à Page, remontée à bloc par le venin journalistique, décide de livrer au monde ce qui sera, pour beaucoup, la grande oeuvre du groupe, la bible des amateurs de Rock.

Led Zeppelin IV

La Somme Rock pour les années à venir.

C’est un peu la gueule de bois après l’étonnant Led Zeppelin III dont l’accueil de la part des critiques spécialisées fut plus que mitigé.

Après un début fracassant et encensé par le (encore) petit monde du Rock, Led Zep visé depuis le sol par les flèches assassines de critiques avides de brûler ce qu’ils ont adoré, touchent au but et percent le dirigeable qui s’écrase par terre, laissant nos quatre capitaines quelque peu groggys et prêts à en découdre.

Page décide de rendre la monnaie de leur pièce aux critiques qui avaient affirmé que le Zeppelin s’était rangé des voitures sur ce troisième opus, qu’ils avaient oublié de brancher leurs instrus, qu’ils s’étaient vendus aux sirènes commerciales en ralentissant le rythme de leur Rock’n’Roll.
Il décide de brouiller les pistes pour leur quatrième disque et de museler ces sirènes commerciales en ne mettant pas de titre, ni même le nom du groupe.
Seuls quatre symboles étranges, mystiques s’étalent sur l’intérieur de la pochette, laissant un public sans véritable point d’accroche visuel, juste la musique comme carte de ce monde moyenâgeux, ésotérique qu’il faudra suivre de bout en bout pour tout visiter et rentrer intact de ce périple.

L’attitude délibérément anti-commerciale du groupe inquiète de plus en plus les pontes d’ Atlantic Records et le fait qu’il n’y ai pas eu de véritables singles officiels à peaufiner finit d’assaisonner ce plat qui se mange froid.
Page par la sobriété, par le dépouillement de cette pochette où un vieil homme peine sous le poids du fardeau offre à la presse sa plus belle réponse en rejetant toutes facilités, toutes publicités pour se concentrer sur l’essentiel: La musique.
Et comme sur le III, c’est retiré, à l’écart des néons et des petits culs brûlants du Hollywood rutilant et superficiel, cachés dans un manoir au fin fond de l’Angleterre, qu’ils vont donnés naissance à l’album d’une génération.

Led Zep, malgré les critiques, n’est pas prêt à abandonner les acoustiques ou semi-acoustiques qui parsèment l’album, mais va tout de même filer du grain à moudre pour cent piges à la planète Rock.
Pour filer le grand coup de tatane dans l’entre-jambe bien mérité aux critiques, le zeppelin attaque son album avec Black DogPage balance un riff mythique, offre la pleine maturité du son Led Zep aux oreilles fascinées des auditeurs et démontre par la prod’ soignée, l’utilisation maîtrisée du feed-back, les superpositions de riffs et le mélange réussi des diverses influences traversant le Zeppelin, l’immense progression technique acquise par le groupe depuis ces dernières années.
L’album est traversé par des éclairs Rock aveuglants et d’une puissance sonore inédite ( L’enregistrement dans ce manoir immense y est pour quelque chose).
Rock ‘n’ Roll, Black Dogs ou Four Sticks prouvent que les quatre de l’apocalypse parlent encore la langue du diable et enflamment la galette comme ces cons de critiques pensaient qu’ils ne pouvaient plus le faire.
Going To California et Battle Of Evermore viennent calmer les ardeurs saturées du groupe en venant caresser tes oreilles et laisser reposer tes tympans au son apaisé d’accords acoustiques tout en douceur et d’une voix légère comme une plume.
Ces plages de repos, ces contemplations béates, avant d’attaquer le final épique de When The Levee Breaks.
Bonham ouvre cette bataille au son des canons. Ses fûts surpuissants, démoniaques bouffant le silence avant que l’harmo de Plant résonne dans ta tronche et lance l’attaque.
Une attaque lourde ou chaque coups de grosse caisse t’enfonce un peu plus dans cette boue électrique. Un Blues au ralenti qui cherche à te noyer, qui te fout la tronche dans la gadoue et la maintient dedans de toutes ses forces.
Un final grandiose comme la fin d’une bataille acharnée qui clôt cet album équilibré et sans fausse notes.

Mais en plein milieu de l’album, une douce mélodie vient titiller tes sens.
Les harmonies d’un paradis oublié te tombent dessus comme ces pluies d’or des légendes médiévales.
Stairway To Heaven.
Quelques arpèges de guitares qui glissent au fil de l’eau annonçant Robert Plant en troubadour venu conter l’histoire de cette jeune femme qui s’achète l’escalier menant au paradis.
Une chanson de gestes créée par des troubadours chevelus et inspirés, la simplicité et la limpidité d’une légende qui traverserait les siècles.
C’est sur un lent crescendo (que Led Zep affectionne particulièrement: Baby I’m Gonna Leave You, Since I’ve Been Loving You…), sur une structure qui prend son temps pour raconter une histoire et faire naître l’émotion, que la légende va se développer.
Cette mélodie magique, cette lente introduction guitare/voix (et les claviers de Jones tout en douceur) comme une fable narrée au coin du feu qui paralyse tes sens dans une douce torpeur, avant que Bonham ne vienne réveiller la chanson, la sortir du rêve pour la ramener à la réalité.
Ce coup de caisse claire comme le point de départ d’une nouvelle chanson, la transformation de l’eau en pierre, l’annonciation faite à Jimmy.
La chanson opère sa mue quand Page décide de lâcher ce qui peut être considérer comme l’un des plus beaux solos de guitare de tous les temps.
Page délaisse un temps sa technique imparable et laisse parler son âme, l’enchaînement de notes est parfait, un solo fabriqué par les Dieux et offert à Jimmy Page pour services rendus à la couronne à six cordes.
Tes poils se dressent doucement sur les bras, un frisson parcourt ton corps, c’est le moment que Plant choisi pour continuer ce va-et-vient masturbatoire et te donner cet orgasme sacré, béni en hurlant la fin de sa mélopée d’une voix rageuse, écorchée, à fleur d’âme, te faisant grimper à la seule force de sa voix unique ce putain d’escalier menant au Paradis.

C’est le numéro IV, le quatrième album du dirigeable.
Il y en aura d’autres derrière, avec des chefs d’oeuvres connus, reconnus. Mais le Zeppelin en seulement trois ans et quatre albums aura écrit sa légende et gravé son nom aérien dans le marbre indestructible du Rock’n’Roll.
Le Zeppelin a largué ses amarres et lâché tout son lest.
Il est monté au plus haut du ciel, flottant sereinement au dessus du monde, où son ombre gigantesque continue de planer et d’intimider la planète Rock toujours aussi respectueuse.

Renaud ZBN

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