The Kinks Are the Village Green Preservation Society : The Kinks of Pop !

En 1968, sort The Kinks Are the Village Green Preservation Society. Un album en décalage avec son temps qui sera un échec commercial. Retour sur ce petit bijou pop de anglaise oublié.

The Kinks Are the Village Green Preservation Society

En 1968, au milieu des révolutions de tout ordres, sociales, politiques, musicales. Au milieu d’un monde en pleine mutation, d’une irrépressible envie de regarder loin devant, les Kinks eux décident de jeter un oeil dans le rétro, de remplacer le goudron et les pavés par les pelouses bien vertes et le thé de 16 heures.
The Kinks Are the Village Green Preservation Society est un bijou Pop qui ne rencontrera pas le succès escompté, une perle Rock raffinée et originale à mettre aux côtés des Sgt. Pepper’s et autres Beggars Banquet des Stones. Les Kinks livrent un chef d’oeuvre absolu de la Pop et ce sera le début de leur malédiction… Mais ça c’est une autre histoire.

Je dois avouer, le front piteux, que je ne connais pas les Kinks. Soyons franc, ce groupe ne m’était pas tout à fait inconnu, mais je pensais qu’avec les quelques titres que je connaissais, je devais en avoir fait le tour.
Je pensais dans mon ignorance crasse qu’ils n’étaient que les nombreux et fades avatars des deux mastodontes made in Britain : Les intouchables Stones et Beatles. Et pourtant. Pourtant j’aurais dû me douter, me méfier en écoutant les succès (déjà nombreux) de ces Londoniens qu’il y avait autre chose.

Quelque chose d’autre qu’un simple « Rolling Sones Like » ou qu’un « Beatles Style ».
J’aurais dû comprendre en écoutant You Really Got Me que ce riff de gratte aussi crade que l’eau de la Tamise était révolutionnaire, qu’en perçant un trou dans le baffle de son ampli, Dave Davies venait d’enclencher la machine à faire du bruit, créer l’étincelle qui allait allumer la mèche du Hard Rock.
Qu’ils réitéreraient leur affront juvénile avec le Punkissime All Day and All of the Night
J’aurais dû piger que Sunny Afternoon n’était pas qu’une simple bluette pour adolescente en manque de câlins et de Biactol mais bien un bijou Pop intemporel – détrônant le tube de l’été 1966, le Paperback Writer des Beatles quand même – d’une qualité d’écriture trop rare pour passer inaperçu. Un véritable après-midi ensoleillé et sucré à souhait.

Ce groupe avivait ma curiosité. Je voulais comprendre ces quelques chansons, ce grand écart entre ce son Garage, ce Proto-Punk ancestral de leurs débuts et cette douceur acidulée, cette Pop pastel du célèbre Sunny Afternoon.
Mon dévolu se jeta, après moultes recherches électroniques sur quelques sites spécialisés, sur ce disque de 1968 à la pochette étrange et au titre pour le moins mystérieux : The Kinks Are the Village Green Preservation Society.

Et quelle ne fut pas ma surprise. C’est bien d’un ovni dont il s’agit.

1968 l’époque est au changement, le rock est en pleine mutation.
Les Stones pactisent avec le diable sur des « Ouh-Ouh » fiévreux et démarrent leur période faste, Jimi Hendrix fait parler sa guitare et lui fait cracher des insanités sur fond de pédale Wah-Wah acidifiée, Morrison et ses portes se font virer des planches californiennes pour avoir foutu la main au cul de Mother America et le Canned Heat verse un bon demi-litre de LSD dans le vieux Blues du Delta et lui refile un bon coup de boost.
C’est la marche en avant inéluctable, les expérimentations musicales, artistiques, politiques en tous genres, le progrès triomphant.

Mais tandis que tout le monde regarde loin vers l’horizon pour tenter d’y voir poindre un monde meilleur, les Kinks s’arrêtent en route et prennent le temps de regarder pousser le joli gazon Anglais juste derrière eux.
Les Kinks laissent passer tout le monde devant et restent derrière, à la traîne, pour flâner dans ce jardin Anglais immaculé et attendre le « Tea Time » en bon anglican conservateur.
Mais conservateur, Ray Davies et sa petite troupe ne le sont évidemment pas. Bien au contraire.
La grande vogue du Psychédélisme bat son plein et envahit la culture Populaire, donnant du bon et du moins bon.

Les Kinks ne choisissent pas le chemin pavé d’or tout tracé qui mènent aux passages télé et radios, ils donnent dans la Pop.

Des chansons courtes, pétillantes, abandonnant l’emphase musicale Psyché pour une simplicité rafraîchissante et une Pop authentique.
Ray Davies et son talent de mélodiste emporte le disque, tout doucement, vers les sommets d’une Pop qui n’a rarement été aussi pure.
Clavecin, Mellotron, textes parlés, (Sur Big Sky, dont le Blur de Damon Albarn se souviendra dans son Parklife) les efforts de Davies pour enrichir son album sont nombreux et payants – malgré EMI et Pye, les deux labels du groupe qui ont bridé sévèrement l’aspect financier et l’espace créatif de Davies : A l’origine, l’album devait être double et comporter beaucoup plus de titres.
Les textes de Davies nostalgiques et joliment désuets, comme autant de saynètes d’une Angleterre Victorienne fantasmée détonnent dans le monde de 1968 musicalement violent et engagé.
Un album en décalage avec son temps qui sera un échec commercial.
Un disque gentiment ironique, qui assume pleinement sa jolie teinte surannée et son identité totalement Britannique, dans un monde qui se modernisait et s’uniformisait dangereusement.

« des chansons sur l’amitié perdue, des rasades de bière, des motards,
des sorcières maléfiques et des chats volants. »
(Ray Davies).

Voilà ce qu’était le monde des Kinks en 1968, loin du tumulte des révolutions avortées et d’une mondialisation musicale naissante. Un bijou désuet et anachronique, finalement intemporel.

Renaud ZBN

The Kinks Are the Village Green Preservation Society est sorti le 22 novembre 1968

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