Vernon Subutex : rock’n’roll is dead…

Attendue de manière quasi messianique par tous les quadras français fans de la trilogie de Virginie Despentes, l’adaptation TV de Vernon Subutex nous laisse aussi désabusés que son anti-héros revenu de tout.

Copyright Xavier Lahache – JE Films / Tetra Media Fiction / Canal+

Vernon Subutex, ancien DJ et figure emblématique d’un magasin de disques dans le Paris des années 90, biberonné à l’énergie Punk et Rock de l’époque, se retrouve sans job, sans avenir, sans envie dans les années 2010. Les vinyles et CD ont été remplacés par du streaming, les fêtes Rock en bande ont laissé la place à l’écoute individuelle de playlists dans son casque, la volonté de tout péter façon anar sous fond de bière / acide / Thugs a capitulé devant le libéralisme forcé et la musique sponsorisée. Et ça, Subutex ne peut s’y résoudre, même si, sur la route, pour trouver un toit après une expulsion et ressortir son carnet de vieilles adresses, il comprend que ses potes d’antan ont vieilli, ont cru eux aussi à un avenir baroque et génial, mais ne se sont qu’embourgeoisés ou rangés des batailles. Et cette lente désillusion, ce triste constat (qui parlera forcément à tous les rockeurs entre 35 et 50 ans), autant dire que chez la réalisatrice Cathy Verney, c’est à peine esquissé, alors que c’était tout l’enjeu de la saga littéraire de la furieuse et dégoûtée Virginie Despentes.
 

Flora Fischbach (Anais), Céline Sallette (La Hyène)
Copyright Xavier Lahache – JE Films / Tetra Media Fiction / Canal+

Raison simple : l’écrivaine et punk ETAIT de ce combat, elle a connu ça, elle a connu aussi ce délitement progressif, politique d’envie de libération rock et sociale, de tout changer. Des idéaux mis à mal, parfaitement assimilables à l’écrit, moins à l’écran. Et l’autre souci, c’est une mise en scène qui contemple ces vestiges de rock sans en prendre réellement l’essence, avec Romain Duris qui avoue « ne rien connaitre du rock, et avoir tout lu, tout appris ».  Du coup Vernon Subutex devient une copie scolaire, un peu sage, tout en se pensant assez subversive – whaou des lesbiennes actrices porno qui sont sous coke… – pour témoigner d’une époque qui résonne encore fortement chez tous ceux qui gardent un petite rancoeur nostalgique du « c’était mieux avant ».

La seule, courte et unique saison de cette saga fiévreuse sur le papier restera donc bien sage, conventionnelle même dans son ensemble, en faisant la part belle à la mince intrigue qui liait les romans (comprendre les raisons du suicide d’une rock star ami de la bande de Vernon à l’époque) tout en laissant de côté le portrait cynique et terriblement déprimé d’une génération délestée des envies de révolution pour rentrer dans le moule social commun… la contestation de surface se regarde, s’écoute, polie.

On gardera tout de même de la série Canal+ (le cynisme jusqu’au bout quand même…) Romain Duris, acteur que je n’aime pas mais qui, contre toute attente, donne enfin de l’envergure à sa dégaine lunaire et un peu méprisante pour un rôle qui du coup lui va comme un gant, quelques personnages secondaires réussis dans un ensemble de casting qui manque de finesse ou de charisme, et surtout, surtout, évidemment, une bande originale aux petits oignons.
Certes moins rock et furibarde que les musiques évoquées dans les bouquins,  il restera toujours le bonheur non dissimulé de taper du pied devant l’écran au son des Thugs, de Daniel Darc, de Janis Joplin, Dogs, Ramones, Undertones, Sonic Youth, Sham 69 ...mais aussi, plus improbable, New Order, Kim Wilde, Moderat ou Vitalic

En fait, si on relisait les bouquins AVEC la bande-son de la série ?

Jean-françois Lahorgue

Vernon Subutex, série française de Cathy Verney
avec Romain Duris, Florence Thomassin, Cécine Sallette…
9 épisodes de 35 mn chacun
Diffusion : Canal + / avril 2019

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