David B. : « Les surréalistes voulaient révolutionner les choses mais ils se sont plantés »

Pour la sortie de son dernier opus, Nick Carter et André Breton, David B. était présent sur le stand Delsol à Angoulême. Ce fut l’occasion d’une belle rencontre avec cet auteur passionné par les surréalistes.

David B.

David B. nous a donc parlé de cette admiration qu’il entretient depuis l’adolescence pour ce mouvement artistique qui se voulait révolutionnaire. Selon lui, si le surréalisme fascine toujours et trouve une certaine résonance dans notre époque, il n’avait néanmoins pas vocation à révolutionner l’art et la littérature, même s’il a exercé — et exerce encore — une influence considérable sur bon nombre d’artistes.

BENZINE — Avec ton dernier ouvrage consacré à André Breton, on se dit qu’il y a une certaine logique pour toi qui a une prédilection pour les univers oniriques… Comment s’est jouée ta rencontre avec le mouvement surréaliste ? Te reconnais-tu une affinité avec eux, à moins que ce ne soit seulement avec Breton ?

David B. — Non, j’ai une affinité avec les surréalistes en général. Je les ai découverts dans les années 70, j’étais adolescent et mes parents m’ont emmené voir une grande rétrospective surréaliste au Grand ou au Petit Palais, je ne me souviens plus… C’est là que j’ai découvert la peinture surréaliste, disons, tout l’univers surréaliste car il y avait des tas de choses, des photos, des textes évidemment, des petits films et des extraits d’œuvres de Luis Buñuel, il y avait vraiment tout. Et là je me suis dit, c’est génial, c’est exactement ce que je voulais, ce qui me correspondait. J’ai donc plongé dedans et par la suite j’ai lu les écrivains, les biographies, j’ai vu des films et découvert les peintres. Ça me fascine toujours et d’ailleurs j’en lis toujours. Là, je viens d’acheter la biographie de Jacques Rigaud* qui vient de sortir chez Gallimard.

BENZINE — La manière dont tu as élaboré la narration, entre fiction et faits réels est originale… Comment as-tu travaillé ?

Nick Carter et André Breton – David B.David B. — Je ne voulais pas faire un biopic d’André Breton et je ne pouvais pas non plus évoquer tous les surréalistes et le surréalisme dans son ensemble. J’ai donc choisi de prendre la figure centrale, celle d’André Breton, et par ailleurs je ne voulais pas simplement raconter sa vie. Je voulais apporter un côté fiction, j’ai donc emprunté au genre du feuilleton – on sait l’amour que les surréalistes portaient au feuilleton — en élaborant une sorte d’enquête policière farfelue autour d’André Breton et je suis parti comme ça. Alors effectivement, tout ce que je raconte sur les personnages réels – comme Robert Desnos, Louis Aragon, Paul Eluard, Salvador Dali – est vrai. Mais après, j’en donne une image qui est évidemment fantasmée et à ma manière.

BENZINE — Tu apportes ta touche si particulière de noirceur à l’univers surréaliste dont tu t’inspires. Les figures et les symboles sont assez inquiétants, avec des membres coupés, des têtes de mort, des épées et des revolvers. D’où vient-elle cette noirceur ?

David B. — C’est la mienne qui se mélange à celle qu’avaient les surréalistes. Ils prônaient le suicide comme un but dans la vie, des choses comme ça. Il y avait un côté très noir chez eux aussi, mais il y avait paradoxalement un côté très solaire chez Breton, très vivant. Chez d’autres, il y avait cet aspect très inquiétant. Un certain nombre d’entre eux se sont d’ailleurs suicidés, comme René Crevel, Rigaut justement, Arthur Cravan, Jacques Vaché – de lui on a dit que ça pouvait être un accident mais ça ressemblait tout de même à un suicide. Il y avait donc un côté un peu désespéré…

BENZINE — Et sinon toi, ça va, tu as le moral ? [rires]

David B. — Oui j’ai le moral ! Faire des choses comme ça, ça permet de décharger un peu le désespoir qu’on a en soi et de continuer à vivre… c’est un peu pour ça qu’on dessine…

BENZINE — C’est le but de l’art en général ?

Nick Carter et André Breton – David B.David B. — C’est le but de l’art de transcender ces choses là, oui. Donc moi ça va, je suis en forme, je sors ce livre qui a bien marché, et l’éditrice est contente…

BENZINE — Tant mieux ! Quelle portée peut avoir selon toi l’écriture automatique ? L’as-tu pratiquée toi-même ?

David B. — Pas en faisant le livre, non, mais j’en ai fait un peu quand j’étais adolescent. Après je ne sais pas quelle portée cela peut avoir, mais à mon avis cette porté est limitée. Cela tient de l’exercice de style mais après, ça ne peut pas donner des chefs d’œuvre littéraires.

BENZINE — Il n’y a donc pas de portée révolutionnaire de la part des surréalistes ?

David B. — Au départ si. Ils voulaient révolutionner la littérature, mais l’écriture automatique c’est quelque chose que Breton a lui-même abandonné au bout d’un moment. Ces exercices, que ce soit le cadavre exquis, la période des sommeils, le sommeil hypnotique, l’écriture sous hypnose ou la vie sous hypnose, ce sont des choses qu’ils ont arrêté. Je pense qu’il y a quelque chose de très personnel, on ne va pas faire une œuvre universelle avec ça ! Ils voulaient révolutionner les choses, mais je pense qu’ils se sont plantés et Breton s’en est bien rendu compte.

BENZINE — Quels conseils donnes-tu pour aborder ce courant artistique ?

David B. — Je conseillerai de lire les œuvres des surréalistes, notamment Nadja d’André Breton…

(à ce moment précis, de façon assez surréaliste, l’enregistrement a été coupé… pour avoir une idée de la réponse, on ne pourra donc que se référer aux auteurs cités par David B. au cours de l’interview)

 

Propos recueillis par Laurent Proudhon le 1er février 2020 à Angoulême.

Les dessins sont extraits de Nick Carter et André Breton © 2019 David B. (Soleil)

 

Références :

*Jacques Rigaut. Le suicidé magnifique, de Jean-Luc Bitton (Gallimard, oct. 2019)
Préface d’Annie Le Brun