5 + 5 = Les disques préférés de Miegeville

En novembre 2019, Miegeville publiait ESTOUEST, bel album qui mêlait hardiment “nouvelle chanson française”, entre Dominique A et Benjamin Biolay, esprit Rock et modernité. A l’occasion de la sortie d’un nouveau clip extrait de l’album, le Toulousain Matthieu Miegeville nous parle des musiques qu’il aime…

Miegeville
© Lionel Pesqué

Ce qui frappe d’emblée quand on entre dans ESTOUEST, l’album de Miegeville, ce sont les mots. “De l’une à l’autre des respirations des deux soleils / La lune qui le suit a le parfum de ceux qu’on fuit…” (Longue Nuit) : on qualifie parfois Matthieu Miégeville de “poète toulousain”, et, malgré la connotation désormais un peu usée du terme de “poésie”, force est d’admettre qu’il y a dans cet album des moments de pure magie qui tiennent avant tout par la beauté des mots, des phrases, et des images qui naissent. Ensuite, il y a la voix de Matthieu, une manière très française de chanter, de parler, de faire vivre ces mots : on pense parfois à un Biolay, mais à d’autres instants, c’est la rage, l’enthousiasme d’un Gaëtan Roussel que Miegeville évoque. Ce n’est donc aucunement une surprise de trouver dans cette sélection de 10 albums beaucoup de poésie, de chanteurs, mais aussi un zeste de musique urbaine et quand même, un peu de Rock, mais du Rock qui cherche et qui s’exalte. Mais écoutons ce que nous en dit Matthieu…

5 Albums du moment

Terre noire – Les Forces Contraires

Je les avais découverts avec La Nuit des Parachutes, avec une interprétation très juste, des arrangements électro élégants et des paroles qui appellent à la relecture, ce qui est très rare aujourd’hui. Leur album ne m’a pas déçu. J’ai été complètement transpercé d’émotions avec leur Derrière le Soleil, une des plus belles chansons écrites sur le deuil.

Gael Faye – Lundi Méchant

L’histoire de son livre Petit Pays m’avait fait voyager. J’avais même emmené mon fils voir son adaptation en film. Là aussi, émotion et respect pour ce garçon qui évolue dans une production moderne très à la page, entre rap slam et trap sans jamais être putassier. Beaucoup de sincérité, et même un peu de positif et de valeurs dans son Respire.

The Pineapple Thief – Versions of the Truth

J’écoute beaucoup de musique anglophone également vu le milieu rock / metal d’où je proviens. Il est d’autant plus rare dans une esthétique électrique de trouver une pudeur aussi pertinente chez un chanteur. Ici, pas de vocalisation inutile, pas de concours de quéquette, juste des morceaux très planants, aux textes poétiques, avec des riffs imparables. Une énorme découverte pour moi !

ARM – Codé

La voix de ce gars me parle énormément. Son flow, sa diction, il y a une intensité et un charisme impressionnant. J’adore son album sorti il y a un an, et surtout ce morceau, Deux. C’est un morceau d’amour. Pourtant, ARM est un rappeur, même s’il est considéré comme élitiste et très loin des rappeurs vulgaires qui tapent le million ! Il faut le signaler. Tout est tellement bien écrit que ça force le respect.

CHON – Chon

J’ai découvert CHON par le biais des « artists-like » de TOTORRO, en tant que grand fan de math-rock et de noise instrumental. C’est marrant qu’en tant que parolier, évoluant dans la chanson, ce style de musique sans chanteur me parle autant. CHON garde un son clair à la guitare quasiment tout le temps, c’est assez bluffant. Tout est très groove, musical et apaisant. Mangez-en !

5 Albums pour toujours

William Sheller – Sheller en Solitaire

C’est génial comme on se rend compte en enlevant certains artifices de la beauté d’une œuvre, ou même d’une personne d’ailleurs. C’est le cas de Sheller, qui s’empêtre des fois dans des orchestrations un peu variétoches sur ces albums, et qui là nous livre la substantifique moelle de ces chansons. Il en résulte un piano-chant divin, sensible et profond, touchant à l’extrême. Des morceaux intemporels, comme sortis d’un autre siècle, et toujours actuels.

 

Christine and the Queens – Chaleur Humaine

J’aurais pu citer ces premiers EP qui plantaient déjà le décor de l’énorme artiste qu’elle allait devenir. J’ai choisi le premier « vrai » album car elle y chante aussi beaucoup en français, et que ça lui va drôlement bien. Elle a un goût pour le minimalisme dans l’électro que je trouve parfait. Tout est à sa place et tout est classe. Les paroles me touchent aussi énormément. Je ne dirai pas la même chose de l’album suivant. Mais ce premier est pour moi un monument. Et ne faisons pas le « c’était mieux avant », c’est en plus un monument moderne !

TOOL – Aenima

Je viens du milieu métal, et j’étais obligé de faire figurer un album de ce genre-là. J’ai choisi le plus classe et le plus intemporel. TOOL, c’est l’outil. La musique comme un pont de compréhension entre nous et l’irréel, l’impalpable, l’infiniment grand. Une musique très spirituelle. Ici aucune démonstration de virilité, aucune vulgarité. TOOL est à la musique ce que Lynch est au cinéma pour moi. Une musique compliquée, sombre, profonde et belle à la fois, qui a su toucher des millions de gens. Un équilibre 1000 fois copié, jamais égalé.

 

Cake – Fashion Nugget

Je suis amoureux du flegme de John McCrea. La nonchalance de sa voix confère un caractère extrêmement naturel et spontané à toutes ses chansons. L’ambiance faussement légère qui se dégage autour du groupe me plait énormément. On dirait un truc complètement fun et déjanté et il y a toujours un fond dramatique dans les paroles ou les mélodies. Cet album est l’album de leur consécration, avec l’incroyable reprise du I Will Survive, qui est quand même à la base une chanson insupportable et qu’ils ont sû rendre touchante et forte.

 

Noir Désir – Tostaki

En tant que chanteur d’un projet aux contours rock, comment ne pas citer Noir Désir et Bertrand Cantat. Alors évidemment, il y a ce dilemme aujourd’hui, autour de la distinction de l’œuvre et de l’artiste. J’ai une réponse pour cela, à savoir qu’on peut ne pas soutenir un artiste, pour x raisons, dont celles pour lesquelles on peut à juste titre pointer Cantat du doigt. Moi-même, je suis tourneboulé par ces histoires. Comme dirait Gilardi à Zidane : « pas toi, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait… ». Et c’est un acte que de ne pas soutenir. Ne plus acheter de disque, ne plus acheter de place de concerts. Il en reste la trace artistique laissée, sur laquelle on ne pourra plus jamais revenir : Cantat est sûrement l’artiste francophone le plus fort de ces 40 dernières années.

Miegeville vient de sortir un nouveau single, “La Baleine Bleue”, extrait de son album ESTOUET (disponible dès le 4 décembre) :