INITIALES S.G : Histoire de Melody Nelson : Mélodie mortelle

Pour les 30 ans de la mort du grand Serge Gainsbourg. Ses 16 albums studios chroniqués par lui-même ou presque. Cette semaine, Histoire de Melody Nelson, enregistré à Paris et Londres avec Jean-Claude Vannier. Le disque est sorti le 24 mars 1971.

Une star INTERNATIONALE ! ! Voilà ce que je suis devenu l’espace d’une chanson.
Une star internationale d’accord, mais un dangereux désaxé, un pervers sans âme, la réincarnation du divin marquis mais avec de grandes oreilles.
Des millions d’exemplaires de Je t’aime…moi non plus que j’ai réussi à refourguer dans le monde entier. Et ça ne m’a pas coûté un centime de publicité, ouais. C’est le Vatican qui s’en est chargé, qui a tout payé. Une vraie agence de pub ces curetons ! Et efficace en plus ! Ils ont plus parlé de moi que l’ORTF, hé hé hé.
Au bûcher qu’ils voulaient m’voir. Moi l’hérétique érotomane, le Cathare cathartique, le bouc des enfers… et Juif en plus !
Z’ont eu du mal à l’digérer quand même cet hymne sulfureux.

Ma grande fierté ? N° 1 au pays de Jane. J’pense pas qu’ce soit arrivé souvent !!

J’la vis bien ma nouvelle vie de star.
Les bringues ? On s’est calmés. 2 ans de fiesta sans interruption, ça devient vite usant. Puis Jane commençait à en avoir marre de ne pas voir le jour.
Et puis…et puis Jane est enceinte, hé hé hé. Un bébé ! Une nouvelle vie.

Un autre bébé va arriver d’ici peu.
Un bébé que je mûrissais depuis déjà un bon moment.
La célébrité ? je l’ai ! Le pognon ? Je l’ai !
Plus de concessions dorénavant. J’vais faire c’que j’aime nom de Dieu !

L’ histoire de Melody Nelson ça va s’appeler. J’veux faire autre chose. Quelque chose de nouveau, d’inédit. J’ai déjà couché quelques vers et quelques notes sur le papier; et moi ça me plaît !

C’est un poème que j’voudrais faire. Un poème d’une demie-heure. Un poème sur  vinyle. J’ai ma p’tite idée.
Me baladant en pleine nuit au volant de ma caisse. Oui oui, Une putain de Rolls, une Silver ghost de 1910, celle-là même.
Je renverse accidentellement une jeune (très jeune) Anglaise aux cheveux rouges “et c’est leur couleur naturelle !”. Je la charme, j’l’amène à l’hôtel (sordide l’hôtel !), elle doit partir le lendemain prendre son vol pour London mais son avion s’écrase. Disparue Melody.

Une histoire. Quelque chose qui se tient.

Pour la musique aussi, j’ai voulu voir plus loin. ça bouge pas mal de l’autre côté du channel.
Depuis que les 4 de Liverpool ont sorti leur Sergent Pepper, il y a un souffle de liberté qui s’est engouffré. Faut s’en inspirer. Des groupes fleurissent un peu partout dans la perfide Albion, dont quelques-uns sont franchement intéressants.
Les Pink Floyd par exemple. C’est complexe et barré, ça monte en flèche, ça descend en trombe. J’adore.
C’est de ce côté là que j’ai lorgné pour le mettre en musique mon poème.
Les British m’ont donné un numéro un aux charts, c’est à moi de leur rendre hommage.
De la gratte qui griffe, qui te rentre dans les chairs. Une basse qui t’enfonce, qui t’enterre avec Melody. Des saillies d’orgues et de violons qui te laissent sonné, KO…Tout ça, ouais, tout ça !!

J’veux du neuf, bordel ! J’ai décidé de ne pas chanter. C’est un poème nom de Dieu ! J’vais le réciter ! …Et pourquoi pas !?
Le texte se suffit à lui-même, suffisamment beau pour être sussuré, respiré, soufflé langoureusement à l’oreille de Melody.

Ma Melody, ma Jane, ma muse… C’est pour toi, c’est à toi, c’est toi… c’est nous ma belle !

Tracklist :

1.Melody
2.Ballade de Melody Nelson
3.Valse de Melody
4.Ah ! Melody
5.L’hôtel particulier
6.En Melody
7.Cargo culte