“Queenie, la Marraine de Harlem” : le remarquable portrait d’une femme d’exception

L’histoire des Etats-Unis est riche de personnages issus des « minorités » qui n’ont pas encore eu l’honneur d’être célébrés, et ce n’est pas la moindre qualité de Queenie, la passionnante BD de Colomba et Lévy, d’attirer notre attention sur Stéphane St Clair, immigrée martiniquaise à la tête de la pègre de Harlem dans les années 30.

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© 2021 Editions Anne Carrière

La quatrième saison de Fargo nous l’avait déjà révélé, derrière la “réussite” (…à l’américaine !) des mafias italienne ou irlandaise, célébrée sans vergogne et non sans une certaine admiration par la littérature et le cinéma depuis un siècle, il y a toute une histoire des États-Unis qui reste encore à conter, celle de la population noire qui a toujours été oubliée, méprisée, ignorée : les quartiers noirs ont eu eux aussi leurs criminels, aussi violents et malins, et pas moins fascinants.

Queenie imageQueenie, la Marraine de Harlem, la superbe BD d’Elizabeth Colomba et Aurélie Lévy, sortie il y a quelques semaines déjà sans avoir reçu les échos qu’elle mérite, revient de la même manière que Fargo sur le règne de Stéphanie St. Clair, femme en tous points exceptionnelle et reine de la pègre de Harlem – ayant gravi tous les échelons du pouvoir local grâce à une mainmise totale sur les paris clandestins de ce quartier célèbre du New York afro-américain. Et particulièrement sur le moment où le crime organisé – blanc, bien entendu -, sous la direction du fou furieux Dutch Schultz, cherche à diversifier ses revenus alors que la Prohibition touche à son terme (l’action se passe principalement dans les années 30…). L’affrontement entre les mafieux italiens ultra violents, les politiciens et les policiers à leur solde et St. Clair, qui a comme principale arme une intelligence hors du commun, qui l’a sauvé de la misère à laquelle ses origines la condamnation sur son île natale de la Martinique, va être épique… et surtout très cinématographique.

Car c’est bien le langage du cinéma que Lévy et Colomba utilisent : flash-backs (sur l’enfance misérable de Stéphanie, puis sur son intégration douloureuse dans la réalité états-unienne), montage en parallèle (pour nous dévoiler les faits et gestes de chacune des factions) et surtout twist final particulièrement convaincant… tout dans Queenie est fait pour la satisfaction du lecteur… Même si, finalement, c’est le sentiment d’avoir découvert une partie cachée de l’iceberg de l’histoire des Etats-Unis, et d’avoir appris de nombreuses choses passionnantes qui prévaut.

S’appuyant sur un scénario remarquable, qui semble extrêmement et très sérieusement documenté, et qui est le fruit du travail en commun des deux autrices, et sur un dessin réaliste, élégant et ultra lisible (pas très loin d’une véritable ligne claire, en fait), d’Elizabeth Colomba, peintre reconnue aux Etats-Unis où elle réside (ayant elle aussi émigré de Martinique, d’où sans doute sa fascination pour St. Clair…) Queenie, la Marraine de Harlem est une lecture aussi excitante qu’indispensable. Et qui plus est totalement pertinente à une époque où les questions des migrations et des conflits culturels afférents sont plus pressantes que jamais…

Eric Debarnot

Queenie, la Marraine de Harlem
Scénario : Elizabeth Colomba & Aurélie Lévy
Dessin : Elizabeth Colomba
Editeur : Editions Anne Carrière
176 pages – 24,90 €
Parution : 27 août 2021

Queenie, la Marraine de Harlem – Extrait :

© 2021 Editions Anne Carrière

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