Megadeth – So Far, So Good… So What ! So Thrash, so Good… So What !

Deux ans après le très réussi Peace sells…, Megadeth – désormais une valeur sûre du Thrash Metal –  remet le couvert avec ce So Far, So Good… So What! qui va marquer une rupture avec leur Thrash originel. Un album qui va amener le groupe vers d’autres horizons Rock. Un skeud moins monolithique que le précédent qui permet à Dave Mustaine d’expérimenter d’autres pistes qui vont faire évoluer le groupe vers un Metal plus riche, plus ouvert. Une croisée des chemins en quelque sorte.

 so far, so good, ...so what ! - Megadeth

Déjà en 1986 ces trois là se collaient au cul comme de vulgaires chroniqueurs de TPMP collent au cul de l’adipeux “king du prime” Hanouna. Quand Metallica balançait l’énorme Master of Puppets et que Slayer lâchait l’overspeed Reign in Blood, Megadeth sortait Peace Sells….but Who’s Buying? et se faisait un nom dans le petit monde du Thrash Metal.
Deux ans plus tard, rebelote ! Ces trois-là remettent le couvert, reviennent secouer le cocotier Thrash et offrent à la décennie 80 ses plus belles lettres Metal.
Métaloche exorcise alors la mort du grand Cliff Burton dans un album froid comme l’acier et aussi raide qu’un coup de trique sur la couenne avec le spectral …and justice for all. Un skeud sans basse comme un dernier hommage à leur ancien bassiste et un vrai coup de pute pour le nouveau (On pense à toi Jason !).
Les Californiens de Slayer quant à eux se mettent à la recherche de la mélodie perdue avec South of Heaven, ralentissant le rythme et complexifiant leur Thrash quitte à interloquer une partie de leur public.
Il fallait donc pour Dave Mustaine et sa troupe de ne pas laisser filer les concurrents directs et de montrer – une nouvelle fois – qu’il allait falloir compter avec eux.

Parlons-en de la troupe à Mustaine justement…

Le divin rouquemoute est un caractériel. Pas le petit casse-couille de baloche de province ! Non ! Le pète-burnes “king Size”, le vrai emmerdeur de compèt’. Faut dire que le leader de Megadeth est rongé depuis plusieurs années par le mélange détonnant: Haine et came. Sa haine à Dave c’est Metallica, ces enfoirés qui l’avaient foutu à la porte du groupe parce qu’il picolait plus qu’eux. Mustaine est en guerre contre les Four Horsemen et n’a rien trouvé de mieux pour entretenir cette rage malsaine, cette vengeance biblique que de fourrer son pif dans des kilos de poudre plus ou moins blanche. Mustaine est défoncé H24 en cette fin des eighties, seul le vieux pote Dave Ellefson (Basse) reste – pour l’instant – à ses côtés.
Chris Poland et Gar Samuelson lâchent l’affaire, las de supporter les crises de mégalomanie de King Dave. Jeff Young (guitare) et Chuck Behler (batterie) rejoignent alors le groupe avant d’être viré quelques mois plus tard lors de la tournée des “Monster of Rock”. Les deux compères auront juste le temps de mettre en boîte le troisième album du groupe: So Far, So Good… So What! avant de se faire botter le train par le frontman du groupe.

Pour l’instant et malgré les problèmes relationnels dans le groupe, il faut fabriquer ce troisième album.
Enregistrer cet album ! Pour être exact.
Car l’album Mustaine s’en charge, tout seul – ou presque.
Dès l’ouverture Megadeth annonce la couleur…et putain ce sera pas du rose bonbon !
Un instrumental démentiel vient ouvrir le skeud. C’est sous un titre Lovecraftien en diable Into The Lungs Of Hell que le disque prend son envol. Le morceau nous cueille d’entrée de jeu par sa puissance, sa virtuosité et sa pureté Metal inaltérée. Une introduction sauvage et virtuose dans le monde furieux de Megadeth. Le deuxième titre Set The World Afire (qui est le premier titre hors-Metallica estampillé Megadeth par Mustaine) répond en écho à la superbe intro instrumentale et rappelle par un riff cuisiné aux petits oignons au rythme syncopé celui du mythique Wake up Dead. Le disque part sur un rythme effréné, mêlant solo ultrasonique et rupture rythmique à te faire péter les cervicales emportant le Thrash Metal sur des hauteurs stratosphériques.
Et pourtant ! C’est un coup d’arrêt dès le troisième titre. Rien de grave. Une reprise. Celle de l’hymne anarchiste, du brûlot incandescent Brit Punk: Anarchy in the UK. Une cover non-essentielle, loin de la rage et de l’accent Cockney de cette raclure de Johnny Rotten. Une reprise bien sage d’un titre qui refuse pourtant toute tiédeur et ce malgré la présence du Steve Jones originel à la gratte.

Les titres en demi-teinte, il y en a dans cet album. Des titres qui n’atteindront pas les sommets Thrash auxquels les deux premiers titres nous avaient habitués, il y en deux ou trois.
Rien de mauvais, rien de bâclé non plus, juste un manque de souffle Metal, de créativité Rock. L’état physique et moral de Mustaine a dû forcément jouer sur ces titres en dents de scie qui traversent l’album. Mais au milieu de ces titres plus faiblards, moins incisifs (Liar, 502…) le divin rouquemoute entre ses nombreuses lignes blanches sniffées à nu sur l’ampli Marshall du studio et ses gueules de bois tonitruantes, au milieu de ses crises de parano et de ses élans mégalomaniaques, va lâcher deux bijoux Thrash, deux mètre-étalon du genre.
Mètre-étalon pas tout à fait ! Pas de full-Thrash pour ces deux morceaux mais des mid-tempo plus Heavy, des ruptures rythmiques nettes, des montées en crescendo et des envolées lyriques inattendues.

Juste après la sympatoche mais non-essentielle reprise des Sex Pistols. Mustaine le paria, le honni va s’attaquer à sa jumelle, son double féminin: La sorcière Mary Jane.
Point d’herbe qui fait rire ou de trois-feuilles surchargé cette fois. Non mec ! Juste l’histoire de Mary Jane Twilliger. Une jeune femme accusée de sorcellerie en 1881 par ces peine-à-jouir de puritains, qui après un procès aussi impartial que celui d’un opposant Chinois l’ont traîné par la tignasse et l’auraient enterré vivante dans le Loon Lake Cemetery quelque part dans le trou du cul du Minnesota, près de la frontière avec l’Iowa. La légende du lieu voudrait que celui qui sauterait trois fois au-dessus de sa tombe succomberait à une mort des plus violentes. La voilà la Mary Jane à Dave. Pas la plus petite once de THC ! Juste un morceau de Metal forgé, non dans les forges d’un Thrash Metal linéaire, violent et ultra-rapide cette fois-ci, mais dans l’atelier d’un Heavy aux influences plus riches, plus nombreuses. Une composition plus mélodique, qui s’étire doucement pour culminer dans un déluge Thrash avec ce riff final plein de hargne et de flanger qui vient clore dans une violence salvatrice la sinistre histoire de la jeune sorcière Mary Jane.

C’est encore en mettant ce Thrash Metal initial, cette rage saturée et explosive, sur le reculoir que Mustaine va atteindre le sublime. Car c’est la douleur, la peine qui vont guider Dave dans le plus beau morceau de l’album. La peine et la rage, une fois de plus cette rage, ce moteur qui le fait avancer depuis son éviction de Metallica. Et il s’agit encore une fois de Metallica ! C’est en écoutant la radio que l’horrible nouvelle va lui sauter à la gueule. Cliff, le pote des débuts, le seul pote qu’il ait vraiment eu dans ce putain de groupe, Cliff Burton est mort. Le bassiste de Metallica n’ a pas survécu à l’accident de bus dont le groupe a été victime en Suède. Celui avec qui il écoutait Lynyrd Skynyrd ou Black Sabbath une bière à la main. Celui avec qui il partageait ses bédos avant d’attaquer des jams survoltés au milieu de ces douces vapeurs cannabiques si propices à la création musicale. Burton est mort. À 24 ans. Et ces deux enfoirés d’Ulrich et Hetfield ne lui ont rien dit. Ils ont attendu que la radio lui annonce la catastrophe. Mustaine décide alors de sortir de chez lui, d’aller taper chez son dealer, revient avec son sachet d’héroïne, s’assoit guitare en main devant son ampli et va balancer, les veines en feu et les yeux rouges, le riff lourd comme le cul de Mandy Muse de l’épique In My Darkest Hour.

Le divin rouquemoute va laisser infuser sa composition quelques mois, travaillant ses riffs et ses enchaînements rythmiques. Il lui mettra un point final avec des paroles – sans aucun lien avec le décès de Burton – sur sa petite amie de l’époque qui ne faisait que peu de cas de sa quéquette de rouquin à cheveux longs. Une litanie enflammée, pleine de bruits et de fureur, culminant dans sa violence par un: “You just laughed, ha, ha, you bitch” craché avec rage en fin de chanson.
Un morceau en mid-tempo, au riff d’intro Heavy à souhait qui prend le temps de poser son ambiance et de faire monter une fièvre qui culminera quelques minutes plus tard avec un crescendo rythmique qui terminera un morceau rongé par la mélancolie. La plus sombre heure de la vie de Mustaine vient offrir aux fans de Megadeth la promesse d’un groupe en pleine évolution et sa capacité à dépasser son style et – éventuellement – son statut d’outsider, de groupe “anti”.

Malgré un déséquilibre évident, malgré un disque moins compact, moins monolithique que le précédent. Malgré un ventre mou, pas si mou que ça finalement, So Far, So Good… So What! vient tout de même assoir le groupe dans le très select “Big 4” (Metallica, Slayer, Megadeth et Anthrax) et prouve aux sceptiques que Megadeth sait s’éloigner quand il le souhaite d’un Thrash Metal basique et compact pour aller voir du côté d’un Metal plus Heavy, plus travaillé. Un skeud de transition qui laisse augurer le meilleur pour la suite et permet à Mustaine d’engranger de la confiance sur la qualité de ses compos et sur la voie qu’il a décidé de prendre.
À peine deux ans après, le groupe oubliera quelques temps ses riffs plus lourds, ses rythmes plus lents expérimentés sur cet album et livrera aux oreilles éblouies des metalleux du monde entier le plus grand album de Thrash de l’histoire (à mon humble avis) : Le monumental Rust in Peace.

Mais ça c’est une autre histoire….

Renaud ZBN

MegadethSo Far, So Good… So What ! est paru le 19 janvier 1987