“Petite nature”, l’éveil du désir en milieu scolaire

Malgré un sujet assez casse-gueule, Samuel Theis évite le piège du film social bien glauque pour nous offrir un portrait sensible dans un récit troublant, pas exempt de maladresses, mais porté par un jeune acteur à la gueule d’ange assez bluffant.

petite-nature-photo
Copyright Ad Vitam

Après avoir évoqué sa maman dans Party Girl en 2014, Samuel Theis nous replonge dans ses souvenirs d’enfance pour évoquer la vie un garçon de 10 ans, Johnny – Aliocha Reinhardt parfait dans le rôle avec son au physique androgyne, ses longs cheveux blonds et son visage d’ange -, suppléant sa maman (Mélissa Olexa, très juste, elle aussi) dans ses tâches domestiques. Il s’occupe de sa petite sœur, fait la lessive, sans oublier toutefois d’aller à l’école. Mais quand un nouveau maître débarque en début d’année, le regard et les motivations de l’enfant évoluent. Fasciné par son instituteur, il se rapproche de plus en plus de lui, devenant un bon élève, pour se faire aimer de lui… mais jusqu’où peut-il aller dans sa quête de séduction envers cet adulte ?

Petite NatureDès les premières minutes, on se pose diverses questions quant aux intentions de chacun. Que cherche l’enfant ? Que veut l’instituteur ? Quelles sont leurs désirs profonds ? Au fil des minutes la réponse se fait de plus en plus claire.

Dans Petite nature, il sera question de différences de classes sociales, d’émancipation et de désir de s’affranchir d’un milieu culturel que l’on rejette. Néanmoins on pourra émettre quelques réserves quant au côté « Gérard Klein » de l’instituteur (très bien interprété par Antoine Reinartz) qui – permettez-moi l’expression – cherche un peu les verges pour se faire battre à une époque où les enseignants font bien gaffe de ne pas sortir du cadre de leurs missions. Difficile alors d’imaginer un instituteur, de nos jours, prenant sous son aile un jeune garçon comme c’est le cas dans le film sans risquer de s’exposer à un retour de bâton.
Un détail sans doute, et qui en tout cas n’enlève rien au portrait sensible que fait Samuel Theis de cet garçon et de sa famille, de cette région de Haute Moselle, à la frontière allemande, et de ses habitants qu’il connaît bien mieux que quiconque, de ces milieux défavorisés où les enfants sont très tôt confrontés aux réalités et à la dureté de la vie.

Un film qui rappelle Une enfance de Philippe Claudel sorti en 2015 et qui lui aussi racontait l’enfance difficile, quelque part en Lorraine, d’un gamin issu d’un milieu défavorisé.

Benoit RICHARD

Petite nature
Film français de Samuel Theis
Avec Aliocha Reinert , Antoine Reinartz , Mélissa Olexa
Genre : drame
Durée : 1h35
Date de sortie en salle  : 9 mars 2022