[Netflix] Anatomie d’un scandale : dissection d’un semi-ratage…

Producteur et réalisateur compulsif, amateur des failles de la bourgeoisie contemporaine, David E. Kelley délaisse pour une fois les USA (et son égérie Nicole Kidman – The Undoing, Big Little Lies…) pour l’Angleterre des élites et du pouvoir. Pari même pas risqué mais résultat décevant, tant sa patte convenue ne fait plus effet, et produit même l’effet inverse à celui attendu, c’est à dire d’évoquer puissamment les failles actuelles d’une société trop centrée sur elle-même.

ANATOMIE D'UN SCANDALE
© Netflix

Dans Anatomie d’un Scandale, actuellement sur Netflix, Kelley reprend le même schéma que sa série précédente, soit un homme accusé que sa femme va défendre puis douter de la véracité de ses propos et ses actes. Ici, le thème est diablement d’actualité, puisque le ministre en question, beau quadra estimé et apprécié du peuple, est accusé de harcèlement sexuel, puis de viol par sa jeune assistante. L’intérêt de ce début d’intrigue plutôt classique, résidait dans le point de vue, quasiment centré sur l’épouse du ministre, son regard, ses réactions et sa façon progressive de déchanter sur les manœuvres et la vérité/mensonge de son cher et tendre. Comme elle, le spectateur navigue à vue sur la bonne foi de son témoignage, à l’aune du mouvement #MeToo et des récentes affaires judiciaires de cet acabit.

Anatomie d'un scandale : AfficheOn pardonnait même des effets de caméra bien lourdauds et qu’on n’imaginait pas voir encore à la télé en 2022 : le flou du cadre pour les flash-backs nombreux, la caméra qui tourne à 90° quand les personnages “vacillent”…etc etc… mais au milieu de la courte mini-série (six épisodes rapidement avalés…oubliés ?), un relatif twist fait office de pétard mouillé et vient même ébranler de mauvaise manière ce qui faisait la force d’un procès moderne et osé – délitement des élites et du pouvoir face à celles qui ne se taisent plus. Le procès à charge prévu dès le début vient se noyer dans une ambiance de thriller romantique qui décolore l’ensemble et fait même basculer les enjeux : la jeune fille qui porte plainte (victime ? manipulatrice ?) voit son rôle pourtant primordial réduit à peau de chagrin, l’avocate en charge du dossier devient de moins en moins crédible, et tout finit par être dilué dans un bain scénaristique poussif.

Vraiment dommage, car la série démarrait de manière efficace (même si le scénario de départ restait assez convenu) et très bien jouée (notamment par Sienna Miller – géniale en épouse perdue dans ses convictions – et Michelle Dockery – adorée dans Downton Abbey. Mais, un peu comme pour le final raté de The Undoing, il semble que S.J. Clarkson et David E. Kelley ne sait pas trop quoi faire de ses petits poupons de scénario, pourtant séduisants et solides à première vue, mais qui s’éloignent souvent de l’ambition proposée en amont et se délitent dans la facilité mille fois vue et revue. Il est peut-être temps de faire un petit break, David…

Jean-françois Lahorgue

Anatomie d’un scandale
série de S. J. Clarkson, produite par David E. Kelley
Genre : Thriller Judiciaire
Avec Sienna Miller, Michelle Dockery, Rupert Friend
6 épisodes de 55 mn environ
Diffusion sur Netflix en avril 2022

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