[Interview] Death Valley Girls : « Ce que j’aime vraiment, ce sont les voix qui chantent à l’unisson ! »

En tournée en France, les Death Valley Girls passent par Paris ce jeudi à La Station – Gare Des Mines, et nous en avons profité pour poser quelques questions à Bonnie Bloomgarden sur l’évolution du groupe et de sa musique…

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Death Valley Girls au Festival Levitation (2022) – Photo : Robert Gil

Benzine : Bonnie, raconte-nous ce qui s’est passé depuis la parution de votre album Island In the Skies et votre dernier passage à la Maroquinerie il y a un peu plus d’un an…

Bonnie : Eh bien, on a été en tournée toute l’année 2023, de février à décembre. On n’a jamais pu être à la maison plus de trois semaines. On a tourné deux fois en Europe, deux fois aux USA, mais on est aussi allés au Mexique, au Canada, en Australie. On a donc fait que jouer sur scène, ça a été très intense… Mais on a beaucoup appris… D’habitude, on enregistre vers le mois de janvier, ou de février, mais cette fois, on est repartis pour lancer toute l’année…

Benzine : Tu parles « d’apprendre » en tournée, tu fais référence à quoi ?

Bonnie : On continue en permanence à apprendre de nouvelles choses sur soi-même dans ces périodes, et ce seront des choses, des messages, que nous voudrons ensuite partager dans notre musique. Et ces messages évoluent tout le temps. Ou deviennent plus clairs. Être en tournée met une pression terrible sur toi, il te faut tout le temps t’adapter : tu n’as pas le droit d’écouter ton corps, tu ne peux pas être fatiguée, tu ne peux pas avoir faim, tu ne peux pas être en colère… La leçon que j’en ai tirée, c’est combien tu perds quand tu n’es pas toi-même. Je pense que le prochain album parlera de ça : comprendre comment mieux s’écouter, prendre le temps de le faire.

On a arrêté de tourner pendant quatre mois, et là on vient de reprendre. Quand ça sera fini, on se donnera sans doute une semaine pour processer tout ça, et puis on essaiera de le canaliser dans la musique. Ça prendra un peu de temps, ça dépendra de ce que chacun veut partager, il faudra clarifier tout ça ensemble, être ensemble, souvent au milieu d’une forêt.

Benzine : Et vous avez déjà des chansons qui sont prêtes ou presque, pour le prochain album ?

Bonnie : Toujours ! (rires) Rikki par exemple m’a rappelé une des chansons qui auraient dû être sur le dernier album, mais qui n’était pas prête, alors on va la retravailler pour celui-ci…

Benzine : Le dernier album montrait une vraie évolution du groupe, vers des choses à la fois plus profondes et plus légères à la fois…

Bonnie : Une chose que les gens ne savent pas forcément à propos de nos disques, c’est que l’enregistrement est toujours improvisé, ce qui confère à la musique une sorte de sauvagerie… Par exemple pour les parties de claviers jouées par Gregg Foreman, il n’a jamais rien entendu de la musique avant d’entrer en studio. Même chose pour le saxophoniste qui joue sans avoir entendu la chanson avant. Egalement, sur la plupart de nos titres, on a maintenant plusieurs voix à l’unisson. Parfois les gens qui nous voient sur scène me disent après : « Ouah ! Je n’avais pas réalisé que ce n’était pas seulement ta voix, Bonnie ! ». Non, il y a plusieurs personnes qui chantent, et sur ce dernier disque, comme j’aime la musique africaine et en général la musique où l’on chante à l’unisson, on a eu l’opportunité d’expérimenter avec les vocaux beaucoup plus qu’auparavant. Finalement, mon vrai amour dans la musique, c’est de chanter avec mes amis. Dans le premier disque, il n’y avait que moi qui chantait, et l’évolution du groupe nous conduit à cette construction vocale. Si seulement je pouvais avoir cent personnes qui chantent, et qui viennent en tournée avec nous ! (rires).

Sans être encore sûre de notre direction, je pense que l’idée est de partir du « beat » originel, d’avoir plus de gens qui chantent dessus, et finalement d’enrichir le son avec des synthés, des claviers. On tâtonne souvent, mais ensuite on se dit : « Ah oui ! C’est enfin clair, c’est bien ça qu’on voulait ! » (rires).

Death Valley Girls

Benzine : Pour revenir à vos tournées, y a-t-il des endroits dans le monde où vous aimez particulièrement jouer ?

Bonnie : Je n’ai pas de vraiment de préférence… En fait dans un pays, chaque ville est différente, on ne peut pas généraliser. Même en Europe, où les pays ont la taille d’un état aux USA, chaque ville est différente ! Et c’est bien ça le plus intéressant dans le fait de tourner, essayer de comprendre les gens à chaque fois, « travailler » avec eux pour leur répondre : quelques fois ce sont des chansons les plus lentes qui fonctionnent, et d’autres celles qui sont rapides, c’est différent chaque soir. Et c’est super !

Benzine : Est-ce que tu te sens liée à une scène particulière aux USA ?

2022 06 04 Death Valley Girls Levitation J2 RGBonnie : A Los Angeles, en Californie, il y a plein de choses qui se passent en moment. Ces gens-là sont ma famille… Mais dans le fond, ce qui a changé, c’est que maintenant tout le monde à travers la planète est interconnecté. Où que tu ailles, tu te rends compte de ça, qu’on forme une communauté musicale. Chaque jour, je rencontre des gens qui connaissent quelqu’un que je connais ! En fait, le monde devient de plus en plus petit au fur et à mesure qu’il grandit ! (rires).

Benzine : N’y a-t-il pas un paradoxe dans le fait que le Rock est plus marginal qu’avant, mais devient aussi plus « proche » des gens, de leur cœur ?

Bonnie : Je n’était pas encore née quand la musique que j’aime était vraiment populaire, alors c’est difficile pour moi d’imaginer allumer la radio et entendre les Stones ! (rires).

Benzine : Pour conclure, vous allez jouer à Paris, qu’est-ce que tu penses de la France ? De Paris ?

Bonnie : Je n’aurais jamais imaginé quand j’étais petite de pouvoir venir comme ça ici : pour moi, c’est comme un miracle, c’est vraiment trop cool. Notre chose préférée dans le monde, c’est le « petit déjeuner » [en français] (rires). Il n’y a pas de châteaux d’où je viens… Quand on tourne, on dort la plupart du temps dans la camionnette, mais pas en France, il me faut une chambre pour regarder par la fenêtre !

Propos recueillis par Eric Debarnot le 26 mars 2024

Death Valley Girls joueront à la Station Gare des Mines le jeudi 28 mars 2024.19:00 — 23:00
Préventes : 15€
Sur place : 18€
https://fr.ra.co/events/1831261

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