Corridor – Mimi : le post-punk version French Canadian Touch.

Avec Mimi, Corridor creuse son sillon entre pop est post-punk. Et leur sens musical de l’espace compense une attitude au second degré un peu trop appuyé.

corridor
© dominic berthiaume.

En activité depuis le début des années 2010, le groupe post-punk montréalais francophone Corridor signe avec Mimi son second album sur le label Sup Pop. Et disons-le tout de suite : ils ont quelque chose de ces artistes français auxquels on pardonnera leur second degré un peu trop appuyé au nom du talent. Par exemple appeler un morceau Mon Argent juste parce que les rockeurs indépendants ont peur d’écrire sur le sujet en dehors de l’attaque contre l’Argent Roi. Et raconter dans son texte avec une apparente naïveté que pouvoir joindre les deux bouts en fin de mois est loin d’être déplaisant : Que mon job se termine / Que l’argent s’accumule / Au-dessus de nous / Le soir, je trouve enfin sommeil / Je compte les montants / Au-dessus de nous. Ou ce Caméra au texte proche de Comme au cinéma d’Alain Delon qui klaxonne en même temps qu’il ne faut pas trop prendre ça au sérieux. De toute manière, rayon rock francophone au second degré, rien ne vaudra jamais rayon texte le Dutronc de la grande époque.

Mais de toute façon les Montréalais ont… leur talent de musicien. S’ouvrant sur un mélange entre synthétiseurs atmosphériques et rigueur d’approche très Rock indépendant eighties, Phase IV (rien à voir avec le film de Saul Bass) offre de subtiles ruptures saturées et s’achève en arpèges de guitare. Un léger contraste arpèges / saturation se retrouvant dans Mon Argent. Des effets de contraste trop visibles sur Jump Cut, par exemple dans ce synthétiseur de fin à la Oxygène. On préfèrera le mélange synthétiseur / guitare surf de Caméra. Ou les plus classiques morceaux de fin d’album : Mourir demain avec ses petites touches hawaïennes sur sa progression pop. Ainsi que ce Pellicule passant d’arpèges Byrds à une fin éthérée. Il y a de plus quelque chose dans le ton de l’album, son approche qui évoque le versant le plus pop de la French Touch, à savoir le Air des débuts. Tandis que le côté volontairement neutre du chant renvoie en partie à Stereolab, groupe… franco-britannique.

Du versant écoutable de la musique made in Québéc récente, on connaissait Antoine Corriveau, équivalent local estimable d’une certaine chanson française à textes. Corridor fait lui le lien entre post-punk, jingle jangle et (pour le meilleur et le pire) sensibilité française. Pas si mal.

Ordell Robbie

Corridor – Mimi
Label : Sub Pop
Date de parution : 26 avril 2024