Rétrospective Velvet Underground : 7. VU (1985)

Première d’une longue série de compilations à venir dans des coffrets pour complétistes, VU dévoile de beaux inédits dont la fraîcheur surprend encore, des années plus tard… Et frappe juste et fort. La grâce ?

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Sous l’annonce d’une “collection of previously unreleased recordings”, les fans n’ont pas vu le coup venir… un coup en plein cœur : une fois la galette posée sur la platine, un fantôme joue en effet sur du velours ! Sortie en 1985 par Verve Polygram, sous la supervision de Bill Levenson, cette compilation charme tout particulièrement. Captives des archives MGM où elles reposaient depuis une dizaine d’années, ces chansons émergent au milieu d’une décennie marquée par la domination de MTV sur le mainstream musical. VU est une bouffée d’air frais dans un étouffoir consumériste, un cadeau inattendu et inespéré.

VU pochetteUne faille temporelle dévoile alors ces dix titres qui semblent avoir été enregistrés la veille. Tandis que la chanson Ocean baigne dans son mix d’origine, les autres titres sont retravaillés selon les standards de 1984, suscitant quelques critiques au passage, avec un son très net, surprenant même au vu de la signature du Velvet Underground, un groupe peu suspect d’audiophilie. Le succès commercial de ce revenant sera au rendez-vous. La pochette est par ailleurs superbe, avec une trouvaille évidente dans sa conception. L’émotion atteint ici une zone critique. C’est une véritable malle aux trésors qui est ouverte, comme par magie.

VU dévoile particulièrement le fameux « quatrième album perdu », destiné à sortir le Velvet de son contrat avec la MGM : le label boucla les chansons dans son coffre, avec un sacré contentieux à régler, puisqu’il réclamait des milliers de dollars au groupe (rires) !. L’incompréhension est alors totale entre les deux parties. Le président Mike Curb, futur chantre du rock chrétien (!) et militant du Parti Républicain, chargea la bête : “Voilà comment se comportent les groupes sous drogue dure : ils arrivent à votre bureau, insultent votre secrétaire, font perdre leur temps aux gens de la promo, maltraitent tous les employés de la boîte, ne montrent aucun enthousiasme pour aller en studio, abîment le matériel et, en fin de compte, finissent par se plaindre et rompre leur contrat.” Vu comme ça, évidemment…

Après le départ de John Cale à l’automne 68, insidieusement poussé vers la sortie par un Lou Reed en proie à une crise d’ego carabinée, le groupe se fait plus cool et mélodique. Le Gallois, qui ne reculait devant aucune expérimentation bruitiste et torturée, allant jusqu’à fabriquer ses propres amplis à l’instinct, cède donc la place à son frère ennemi, plus calme à l’époque (… et encore loin du très curieux Metal Machine Music !). Sur VU, John Cale est seulement présent sur deux titres enregistrés en février 68, avant d’être remplacé par Doug Yule (chant, basse, claviers, entre autres). Au passage, Reed prend la nouvelle recrue pour le simplet de service : “Je jouais avec l’innocence de Doug. Je suis sûr qu’il n’a jamais compris un mot de ce que je disais. Il ne savait pas de quoi je parlais.” Désormais seul maître à bord, Lou Reed apporte les chansons et le reste du groupe exécute. A la manœuvre, Lou avoue préférer alors les “jolies choses” à la distorsion et au vacarme “pour toucher davantage les gens”, passant de la griffure à la caresse : « Nous sommes désormais un groupe joyeux et heureux » dit-il même à l’époque. Interview d’époque authentique, si, si…Lou Reed, oui je sais…

 

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The Velvet Underground circa 1968 – Photo : Billy Name

Sur une formidable rythmique, I Can’t Stand It Anymore allume le feu. Très bien accompagné par Sterling Morrison, Lou Reed est très à l’aise pour jouer de la voix et de la guitare, sans oublier de balancer un feed back du plus bel effet. Les lyrics évoquent treize chats morts et un chien violet dans le couloir d’un loser attendant le coup de fil de Candy, soit… Après cette introduction nerveuse, la ballade Stephanie Says surjoue l’innocence fragile à l’instar de Sunday Morning. En douceur, John Cale joue du violon et chante avec Lou Reed… frissons garantis… She’s My Best Friend donne ensuite le chant à Doug Yule dont le timbre est si étonnamment proche de celui de Reed qu’on peine à les distinguer sur cette belle mélodie pop. Sur des percussions bien insistantes, Lisa Says traine un peu et Lou force la voix, il faut bien l’avouer. On passe rapidement à la suite avec le planant et majestueux Ocean. Cette fois, le chant, la poésie et la guitare de Lou Reed tiennent pleinement la chanson. Maureen Tucker l’accompagne avec des marées de cymbales avant de cogner très fort aux maillets. Après cette magie un peu lourde surgit Foggy Notion. Porté encore une fois par une rythmique de folie et un jeu de guitares complice, Lou Reed chante avec conviction sur ce rock de grand style. Chouette morceau que Temptation Inside Of Your Heart. Les membres du groupe, dont John Cale qui joue aussi de la basse, chantent, rient et plaisantent comme de vieux copains, capturés sur le vif en pleine jam session. One Of These Days surprend un peu, car Reed s’aventure vocalement en terrain glissant, mais la combinaison batterie, basse, guitares finit par récupérer la mise. Sur un bon groove et des textes improbables, Andy’s Chest la joue cool pour se conclure sur des « swoop swoop, baby, rock rock« … En mode comptine, Maureen Tucker chante a capella I’m Sticking With You… secourue enfin par Lou Reed dans une parodie de chanson d’amour enjouée. La musique finale prend une tournure presque liturgique. Le disque s’achève donc sur cette touche décalée et fragile, et même franchement improbable.

Pendant des années, les fans ne surent presque rien de ces chansons, à l’exception de quelques-unes reprises par Lou Reed au cours de sa carrière solo : I Can’t Stand It, Lisa Says et Ocean échouèrent sur son premier album un peu foiré. Andy’s Chest trouva une belle place sur Transformer, en 1972 avec un Bowie fan de la première heure. L’année suivante, Berlin vampirisa la balade Stephanie Says dans une tournure plus mélancolique et crépusculaire. Et She’s My Best Friend reprit du service sur le très cool Coney Island Baby, un classique très recommandable.

En 2014, pour le 45ème anniversaire de l’album The Velvet Underground, un coffret SuperDeluxe de 6 CD – disponible aussi en streaming – présenta des sessions de l’époque enregistrées au Record Plant de New York. Une occasion supplémentaire de se plonger dans ces archives. En effet, le quatrième disque de ce coffret offre la plupart des titres de VU avec des mixes inédits – trois originaux de 1969 (Foggy Notion, I’m Sticking With You, Andy’s Chest sans compter Ocean) et six nouveaux datés de 2014. Ca vaut franchement l’écoute tant certains titres se distinguent nettement des versions sorties en 1985, voire même les surclassent.

Première d’une longue série de rééditions à venir dans des coffrets pour complétistes, cette compilation dévoilait en 1985 ces beaux inédits, et frappait juste et fort : la fraîcheur du Velvet Underground sur VU surprend encore, quarante ans plus tard.

Amaury de Lauzanne

The Velvet Underground – VU
Label : Verve
Date de sortie : février 1985

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