[Live Review] Pyncher au Supersonic (Paris) : le concert de la « rentrée » après les fêtes…

Qu’elles nous ont paru longues, ces quatre semaines à faire semblant que nous étions heureux que Noël soit là, puis que 2026 réglerait tous les problèmes qui s’étaient accumulés en 2025 ! Quatre semaines sans musique live, mais avec de la neige et des crises de foie. Heureusement, en une soirée, Pyncher a balayé tout ce « blues » qui s’était accumulé…

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Pyncher au Supersonic – Photos : Pierre Tissot

Alors qu’on approche les quatre semaines de sevrage (sans concerts…), le manque commence à se faire torturant. Mais ce samedi soir, bonne nouvelle, le Supersonic propose une soirée avec l’un des jeunes groupes mancuniens dont on parle beaucoup, Pyncher. Une rapide écoute de leur premier album, paru il y a quelques mois, qui s’avère immédiatement convaincant, et hop ! Direction rue Biscornet, pour reprendre une bonne dose de décibels et oublier cette longue traversée du désert…

2026 01 10 Total Léopard Supersonic PT (2)20h05 : La soirée commence avec Total Léopard, un quatuor de Montreuil qui a adopté le look qui va avec leur nom : jupes, pantalons, chemise ou t-shirt, sans même parler d’une sorte de couverture jetée sur l’avant de la batterie, la « couleur léopard » est de mise. Leur musique, et c’est une bonne chose, est dans le ton, joliment sauvage, à la limite de la rage par instants : un garage rock aux sonorités psyché jungle, qui pourrait faire penser aux Cramps comme aux Kills. Il y a une indéniable gaîté qui se dégage de tout ça, ce qui n’est pas pour nous déplaire, à nous qui avons de plus en plus de mal avec les groupes qui « font la gueule » sur scène. Les chansons de Total Léopard sont loin d’être toutes géniales, mais s’avèrent assez séduisantes dès la première écoute, et la puissance et la conviction des vocaux de Kat « fuckin » Furie emportent notre adhésion. Les textes alternent l’anglais et le français, ce qui est toujours appréciable, et le groupe s’offre quelques accélérations bien venues (Egaux). Le final de leur set est engagé et surtout frénétique, avec un PMTTF sur les violences conjugales. Oui, un groupe convaincant !

2026 01 10 Kube Supersonic PT21h05 : Après cette bien agréable mise en bouche, nous allons malheureusement déchanter et retomber dans les tréfonds du pire rock français avec Kube. Soit le genre de choses qui valident largement les critiques acerbes que font certains amateurs de rock envers notre scène nationale. Donc : pas cool. Il y a le look cuir, pantalons serrés et bottines qui faisait « rock » dans les années 70, mais qui un demi-siècle plus tard exsude frime, masculinité définitivement dépassée et ringardise, le tout exacerbé par la déclaration initiale : « On est Français et on joue du Rock ! ». OK. Mais ce qui suit, c’est un enchaînement d’assez mauvaises chansons aux paroles puériles et surtout très mal chantées (« braillées » plutôt). Soir le genre de choses qui devient très rapidement insupportable. Regardons le côté positif, et apprécions les longs passages instrumentaux, sur lesquels les musiciens dégagent une indéniable énergie, grâce en particulier à un batteur bien énervé. Du coup, on aurait envie de leur recommander de passer au post rock, mais même là, c’est loin d’être joué, car on a souvent le sentiment que tout cela manque également de structure, sans même parler d’originalité. Bref, on avait hâte que ça se termine pour passer à Pyncher.

2026 01 10 Pyncher Supersonic PT (9)22h35 : et voilà enfin la dernière sensation d’Outre-manche, Pyncher : un leader, Sam, qui fait très jeune et bien éduqué (pas de pose « je suis un rocker », dieu merci !), un guitariste à lunettes qui pourrait sortir de Poudlard, une bassiste qui a, elle, un look moins sage, et un batteur qui va être le pilier nécessaire de la… « drôle de musique » que le groupe va nous jouer.

« Drôle de musique », c’est un gros compliment de notre part, car, derrière la sympathie que dégagent quatre jeunes musiciens qui respirent la simplicité (et qui sur les réseaux insistent sur le fait qu’ils sont plus une famille qu’un « band ») – on apprend que la maman de Sam est dans la salle et que c’est son anniversaire -, on découvre une musique qui va bien au delà de ce que l’écoute de leur album, Every Town Needs a Stranger, peut laisser présager. L’intro de set, sur Steely Dan (qui évoque plus le garage psychotique des Cramps – décidément ! – que la pop élégante de Steely Dan !) est une jolie tuerie, qui nous lave instantanément les oreilles : c’est beau, c’est fort, c’est (faussement) simple et efficace, c’est une sorte de délire qui nous caresse pourtant dans le sens du poil, tout en réussissant sans peine à monter en puissance.

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Get Along nous emmène ensuite dans un rock plus direct, nerveux et efficace (des amis évoqueront ensuite les Strokes, c’est en effet une hypothèse intéressante…), avec la voix traînante (très british aussi, ça, cette manière de provoquer gentiment le public avec un chant ironique…) : clairement un tube « classique ». Hippopotamus Boy est plus amusant, spoken word et rythme mi-tribal, mi-élastique, avec explosions de guitare en forme de montagnes russes émotionnelles. Et là, déjà, on sait que Pyncher a gagné la partie, on est accroché, on est même passionné.

Les deux morceaux suivants, inconnus – ne figurant pas sur l’album – vont alors aller vers une pop sixties gracieuse, avec des refrains que l’on reprend immédiatement en chœur avec eux. Retour aux Cramps avec le théâtral Shapeshifter, et incursion bizarre dans un blues rock parsemé de breaks psyché avec Space Rocket Simulator. Pyncher, c’est dansant, c’est mélodieux, ça monte parfaitement dans les tours quand ça doit : c’est un bonheur. C’est le genre de choses qui nous fait croire – une fois encore – à la vieille magie du Rock anglais, celle qui nous promettait – aux dires des journalistes du NME ou du Melody Maker -, chaque semaine, un nouveau groupe formidable, important, révolutionnaire !

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Musicalement, Pyncher, c’est donc indécidable, joyeusement indécidable. Par moments, on se dit qu’on est du côté de Yard Act, avec spoken word exalté sur groove mécanique, deux minutes après on entend du blues dégénéré, avec même un soupçon d’americana (sans oublier l’harmonica). Mais ce qui nous laissait sceptique, c’était la référence à Sonic Youth régulièrement utilisée à propos des prestations scéniques de Pyncher. Et c’est à la fin du set qu’on comprend : Harvey, le petit guitariste à l’air gentil, devient littéralement fou, et noie la scène dans un noise assez new-yorkais, pour un final destroy dont on ne pensait pas le groupe capable.

Bref, on sort de là en ne sachant pas très bien ce qu’on a vu et entendu, mais complètement ravi par l’imagination et l’audace (et le talent, bien sûr) dont ces quatre jeunes gens font preuve.

Décidément, musicalement au moins, 2026 commence bien !

Total Léopard :
Kube :
Pyncher :

Eric Debarnot
Photos : Pierre Tissot (merci à lui).

Pyncher au Supersonic (Paris)
Production : Supersonic / Pyncher
Date : samedi 10 janvier 2026

Leur dernier album :

2026 01 10 Pyncher Supersonic Album

PyncherEvery Town Needs a Stranger
Label : Independant
Date de parution : 15 octobre 2025

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