Top 25 Benzine : les meilleures séries TV du premier quart du XXIe siècle

Troisième chapitre de notre revue des 25 dernières années, et nous nous risquons à publier une sélection concernant l’une des formes « d’art » (même si certains lui contestent ce statut) le plus représentatif de notre époque, les séries TV… On sent que ça va polémiquer, et on attend vos commentaires !

Top 25 séries XXIe siècle

Quand nous nous sommes à travailler en équipe sur ce troisième Top 25 du premier quart du XXIe siècle, nous avons eu plusieurs surprises. D’abord que le niveau de passion exprimée par les uns et les autres quant à leur choix était plus élevé que pour les films de cinéma. En y réfléchissant, nous nous sommes rendus compte que, du fait de leur existence au sein de notre foyer, de leur intégration sur un temps long dans notre vie quotidienne et familiale, nous avions tous développé vis à vis des séries TV (et particulièrement de la série moderne, dont on parle évidemment ici) un rapport beaucoup émotionnel qu’intellectuel. Très différent de celui que nous avons avec les films de cinéma. Ce qui amène à penser que, même si la série emprunte techniquement tout au cinéma et à son langage (le scénario, la mise en scène, l’interprétation, l’image, le montage, la bande sonore, etc.), dans le fond « l’objet » produit est d’une nature bien différente. Des gens plus brillants et plus éduqués que nous y ont sans doute déjà réfléchi, mais c’est désormais là une intuition forte que nous avons chez Benzine. Et qui devrait nous amener à chroniquer les séries de manière différente sans doute de celle que nous utilisons pour les films.

Une autre surprise a été la quasi absence dans ce Top 25 des mini-séries, hormis l’incontournable Chernobyl, dont tout le monde sent bien qu’on a affaire à une oeuvre d’importance capitale, au delà de ses qualités évidentes, qui interroge directement, et sans fictionner, l’avenir de l’humanité. Pourtant, tout le monde s’est toujours accordé sur le fait que les mini-séries, sur lesquels l’effet d’usure ne s’exerce pas, constituent l’une des plus grandes sources de satisfaction sur les petits écrans : néanmoins, pas de – au hasard – Adolescence, de Jeu de la reine, de It’s a Sin, de La Mesias, de Mare of Easton, de Haunting of Hill House, de Ripley, de Mon Petit Renne (pour ne citer que d’énormes succès critiques) dans notre classement… La cause en est probablement la même : est-ce que les mini-séries, faute de s’inscrire dans la durée, ne sont pas finalement plus proches du film de cinéma que des « vraies » séries qui nous accompagnent – et nous emportent – sur plusieurs années ? Et au final, laissent une trace moins forte dans notre cerveau ? Pardon, dans notre cœur ?

A noter, pour finir, deux choses : d’abord l’inquiétante prépondérance des séries US, même si, heureusement, le Royaume-Uni, avec son know-how hérité de la BBC, résiste vaillamment ; ensuite l’apparition progressive « d’auteurs » crédibles, dont deux sont d’ores et déjà unanimement reconnus, et placent chacun deux oeuvres dans notre liste : David Simon (The Wire et Treme) et Vince Gilligan (Breaking Bad et Better Call Saul). On suivra la suite des « aventures de la série moderne » avec autant d’intérêt, et sans doute plus d’optimisme, que celles du cinéma !

Ces 25 séries TV du premier quart du XXIe siècle ont été sélectionnées par Benoît, Ordell, Alexandre P, Laurent F, Michael, le Sergent, Jeff, Greg S, Denis et Eric. Elles ne sont pas classés par ordre de préférence, mais par année de production de leur première saison (date de référence utilisée : ImDB).

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Six Feet Under – 5 Saisons (2001 – 2005)
Chronique familiale déguisée en série funéraire, Six Feet Under reste l’un des sommets émotionnels de la télévision moderne. Alan Ball y dissèque la mort pour mieux parler de la vie, de ses lâchetés comme de ses fulgurances. Portée par des personnages profondément ambigus et une écriture d’une rare finesse, la série ose l’intime, le dérangeant et l’irrévocable, jusqu’à un final devenu légendaire.

The Wire – 5 saisons (2002 – 2008)
Souvent citée comme la meilleure série de tous les temps, The Wire dépasse largement le cadre du polar. David Simon y construit une fresque sociale implacable, disséquant Baltimore à travers ses institutions : police, politique, écoles, médias. D’une rigueur quasi documentaire, la série refuse tout manichéisme et impose une vision profondément pessimiste mais lucide de l’Amérique contemporaine, où les systèmes écrasent les individus.

The Shield – 7 Saisons (2002 – 2008)
Violente, nerveuse, moralement trouble, The Shield a redéfini la figure du flic à la télévision. Autour de l’inoubliable Vic Mackey, la série explore les zones grises de la loi, du pouvoir et de la corruption. Sous ses dehors de thriller musclé, elle interroge frontalement les compromissions nécessaires pour maintenir l’ordre, et assume jusqu’au bout les conséquences de ses choix narratifs.

Lost – 6 saisons (2004 – 2010)
Phénomène culturel mondial, Lost a transformé la façon de consommer les séries. Mystique, feuilletonnante, parfois frustrante, elle mêle science-fiction, aventure et introspection existentielle. Derrière ses énigmes et ses cliffhangers, la série raconte avant tout des trajectoires humaines marquées par la culpabilité, la foi et la rédemption. Une œuvre imparfaite, pénalisée par une conclusion ratée, mais ambitieuse, qui a ouvert la voie à la télévision moderne.

Engrenages – 8 saisons (2005 – 2020)
Rare série française à avoir su conjuguer durée, cohérence et ambition, Engrenages ausculte la machine judiciaire avec un réalisme brutal. Refusant tout héroïsme facile, elle montre un système broyant autant ceux qui l’appliquent que ceux qui le subissent. D’une noirceur constante, la série s’impose comme une référence du polar européen, capable de rivaliser avec les grandes productions internationales.

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Dexter – 8 saisons (2006 – 2013)
Concept audacieux porté par un personnage devenu iconique, Dexter explore la monstruosité sous un vernis de normalité. Tueur en série méthodique et moralement codifié, Dexter Morgan incarne une figure profondément ambivalente, à la fois séduisante et inquiétante. Malgré une fin controversée, la série a marqué son époque par son ton singulier, oscillant entre humour noir, thriller et tragédie intime.

Mad Men – 7 saisons – (2007 – 2015)
Sous ses allures de chronique élégante du monde de la publicité, Mad Men est une radiographie implacable de l’Amérique des années 60. Matthew Weiner y explore les illusions du succès, la crise identitaire et les mutations sociales à travers des personnages complexes et souvent désarmants. D’une précision esthétique remarquable, la série avance à pas feutrés, laissant derrière elle un sillage mélancolique et profond.

Breaking Bad – 5 saisons (2008 – 2013)
Tragédie morale déguisée en série criminelle, Breaking Bad raconte la métamorphose lente et implacable de Walter White, professeur de chimie devenu baron de la drogue. Vince Gilligan y orchestre une montée en puissance narrative d’une maîtrise exceptionnelle, où chaque décision entraîne des conséquences irréversibles. Portée par des performances mémorables et une tension constante, la série explore la corruption de l’ego et le vertige du pouvoir, jusqu’à une conclusion d’une redoutable cohérence.

Downton Abbey – 6 saisons (2010 – 2015)
Fresque aristocratique aux accents feuilletonesques, Downton Abbey séduit par son sens du détail et son art du récit classique. Derrière ses salons feutrés et ses intrigues sentimentales, la série observe les bouleversements sociaux du début du XXe siècle. Conservatrice pour certains, nostalgique pour d’autres, elle n’en demeure pas moins un modèle d’efficacité narrative et de personnages attachants.

Treme – 4 Saisons (2010 – 2013)
Série discrète mais essentielle, Treme est une déclaration d’amour à La Nouvelle-Orléans. David Simon y abandonne le thriller pour une chronique chorale, attentive aux artistes, musiciens et habitants d’une ville meurtrie par l’ouragan Katrina. Plus contemplative que narrative, la série privilégie l’atmosphère, la culture et la résilience, offrant un portrait profondément humain et politique de l’Amérique.

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Black Mirror – 7 saisons (2011 – …)
Anthologie dystopique devenue miroir anxiogène de notre époque, Black Mirror interroge les dérives technologiques avec une cruauté souvent glaçante. Inégale – surtout depuis qu’elle est passée de la BBC à Netflix -, mais toujours stimulante, la série explore la solitude, la surveillance, la célébrité et la déshumanisation numérique. Chaque épisode fonctionne comme un cauchemar autonome, parfois trop démonstratif, mais régulièrement capable de provoquer un malaise durable.

Homeland – 8 saisons  (2011- 2020)
Thriller politique nerveux et instable, Homeland capte l’Amérique post-11 septembre dans toute sa paranoïa. Portée par une héroïne fragile et imprévisible, la série brouille constamment les frontières entre patriotisme, manipulation et folie. Inégale sur la durée mais souvent brillante, elle a osé se réinventer, changeant de terrain et de discours pour rester en phase avec les fractures géopolitiques contemporaines.

Peaky Blinders – 6 saisons (2013 – 2022)
Série de gangsters stylisée et hypnotique, Peaky Blinders transforme le Birmingham de l’entre-deux-guerres en terrain mythologique. Portée par la performance magnétique de Cillian Murphy, elle mêle violence, ambition politique et esthétique rock. Parfois plus fascinée par sa propre iconographie que par son récit, la série n’en reste pas moins une fresque populaire d’une redoutable efficacité.

The Americans – 6 saisons (2013 – 2018)
Sous couvert de série d’espionnage, The Americans est avant tout un drame conjugal d’une grande subtilité. En suivant un couple d’agents soviétiques infiltrés aux États-Unis, la série explore l’identité, le mensonge et l’usure du temps. D’une tension sourde et constante, elle privilégie l’intime au spectaculaire, offrant une conclusion d’une rare justesse émotionnelle.

Fargo – 5 saison, non terminée (2014 – …)
Inspirée de l’univers des frères Coen, Fargo réinvente le format anthologique avec un mélange unique d’humour noir, de violence absurde et de fatalisme. Chaque saison propose un récit autonome, inégal mais souvent brillant, où l’Amérique provinciale révèle ses monstres ordinaires. Portée par une écriture inventive et des personnages mémorables, la série impose un ton singulier et immédiatement reconnaissable.

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The Leftovers – 3 saisons ( 2014-2017)
Œuvre radicale et profondément existentielle, The Leftovers interroge le deuil, la foi et l’incompréhensible. Refusant toute explication rationnelle, la série préfère explorer les conséquences émotionnelles d’un événement inexplicable. D’une audace formelle rare, parfois déroutante, elle trouve progressivement un équilibre bouleversant entre mysticisme, douleur et rédemption, jusqu’à un final d’une grande élégance.

Better Call Saul – 6 saisons (2015 – 2022)
Prequel devenu œuvre autonome, Better Call Saul dépasse largement son statut de série dérivée. Plus lente, plus mélancolique que Breaking Bad, elle observe la lente dégradation morale de Jimmy McGill avec une précision implacable. D’une maîtrise formelle remarquable, la série transforme la chute d’un homme en tragédie intime, prouvant que le suspense peut naître de l’inévitable.

Le bureau des légendes – 5 saisons (2015-2022)
Série d’espionnage d’une sobriété exemplaire, Le bureau des légendes privilégie le réalisme et la psychologie à l’action spectaculaire. En explorant le quotidien d’agents soumis au secret et au mensonge permanent, elle interroge l’effacement de soi et le prix de la loyauté. D’une écriture rigoureuse et tendue, elle s’impose comme l’une des grandes réussites de la télévision française.

Narcos – 3 Saisons (2015-2017)
Chronique spectaculaire du narcotrafic colombien, Narcos mêle reconstitution historique, violence frontale et narration nerveuse. Si la série peut parfois céder à la fascination pour ses figures criminelles, elle n’en offre pas moins un regard brutal sur les mécanismes du pouvoir et de la corruption. Portée par un rythme efficace et une iconographie forte, elle bénéficie d’une interprétation exceptionnelle de l’immense Wagner Moura. Une série qui a marqué l’ère Netflix.

The Crown – 4 saisons (2016-2023)
Fresque historique luxueuse, The Crown retrace le règne d’Elizabeth II en mêlant intimité et grands événements politiques. Derrière son classicisme assumé, la série questionne le poids des traditions, le sacrifice personnel et la solitude du pouvoir. Inégale selon les saisons, elle demeure une reconstitution impressionnante, servie par des interprétations remarquables et une mise en scène soignée.

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Succession – 4 saisons (2018 – 2023)
Satire féroce du capitalisme tardif, Succession met en scène une famille incapable d’aimer autrement que par la domination. Dialogues ciselés, humour acide, personnages toxiques mais fascinants : la série observe la vacuité morale des élites avec une jubilation cruelle. Derrière son cynisme affiché, elle révèle une profonde tristesse, celle d’un monde où tout se monnaye, y compris l’affection.

Chernobyl – Mini-série (2019)
Mini-série glaçante, Chernobyl reconstitue l’une des plus grandes catastrophes du XXe siècle avec une rigueur implacable. Plus qu’un récit historique, elle dénonce les ravages du mensonge institutionnel et du déni politique. D’une tension constante, portée par une mise en scène austère et des performances remarquables, la série s’impose comme un rappel brutal des conséquences du silence.

The White Lotus 3 saisons (2021 – …)
Comédie noire déguisée en chronique de vacances, The White Lotus dissèque les rapports de classe et les hypocrisies contemporaines. Sous ses décors paradisiaques, la série révèle une violence sociale sourde, nourrie de privilèges et de frustrations. Portée par une écriture acérée et un sens aigu du malaise, elle transforme chaque séjour en expérience corrosive et jubilatoire.

Severance – 2 saisons, non terminée (2022 – …)
Concept vertigineux et mise en scène clinique, Severance explore la dissociation entre vie professionnelle et vie privée poussée à l’extrême. Derrière son dispositif de science-fiction, la série interroge l’aliénation au travail et la perte d’identité. D’une lenteur maîtrisée et d’une atmosphère oppressante, elle s’impose comme l’une des propositions les plus stimulantes de la télévision récente.

The Bear – 4 saisons, non terminée (2022 – …)
Série nerveuse et sensorielle, The Bear plonge au cœur d’une cuisine comme dans un champ de bataille émotionnel. À travers le deuil, la transmission et l’obsession du travail bien fait, elle capte la violence du quotidien avec une intensité rare. Portée par une mise en scène fiévreuse et des performances remarquables, la série transforme le chaos en expérience profondément humaine.

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