Quelle soirée nous avons vécue au Supersonic mercredi dernier, entre les rares et immenses The Besnard Lakes et la découverte émerveillée d’un Saint ILY dont on devrait ré-entendre parler rapidement ! On vous raconte ça, au cas où vous n’y étiez pas, malheureux !

Quand on pense au fait qu’un groupe du calibre de The Besnard Lakes passe au Supersonic, une salle dont la vocation est de révéler les artistes de demain, il y a de quoi rager ou se désoler, suivant l’humeur du moment. Et ce d’autant que leur dernière visite, post-Covid, en avril 2022 avait déjà eu lieu dans la même salle. Pas question toutefois de manquer ce set, qui sera, du fait de l’organisation des soirées dans la salle, trop court (pas possible de dépasser une heure). Le choix reste néanmoins cornélien pour les mélomanes, en ce mercredi soir pluvieux, The Dream Syndicate jouant au Hasard Ludique : les dilemmes parisiens !
La soirée étant prévue plus qu’archi-complète, pas question de se pointer trop tard au Superso, et notre petite équipe de passionnés se retrouve à 19h pour l’ouverture, ce qui va nous permettre de nous placer idéalement, et d’assister aux sets des deux groupes précédents… ce qui va s’avérer, ce soir, une idée plus qu’excellente de toute manière.
20h00 : on débute avec Louisa Rose, une jeune artiste franco-canadienne qui semble n’avoir publié à date que deux singles, et qui, appuyée par une section rythmique virtuose, va nous offrir 40 minutes d’un folk-rock indie tourmenté et élégant – allez, on va dire, du côté de certains disques de Cat Power, pour faire simple, même si évidemment, on n’en est pas encore à ce niveau. On apprécie le fait que l’orchestration soit plus rock, plus raide que sur les enregistrements studio, qui sonnent plus « pop » au sens conventionnel actuel. La voix est intéressante, le chant extrêmement expressif, les chansons sont soit en français, soit en anglais, et c’est un joli moment qu’elle nous offre. A la limite, on regrettera une certaine uniformité avec des morceaux mid-tempo qui s’enchaînent, et c’est lorsque le set se termine sur un titre plus rapide, plus tendu, plus immédiat, qu’on réalise enfin pleinement le potentiel de Louisa Rose. A suivre, sans aucun doute, si elle poursuit dans cette voie plus « brute ».
21h00 : C’est là que quelque chose va se passer, qui va faire littéralement basculer la soirée. On n’attend pas grand-chose des mystérieux Saint ILY, présentés de manière assez floue par l’habituel texte promotionnel du Supersonic… et on a tort. Un claviériste, un guitariste, une bassiste et un batteur, et une chanteuse – un groupe français, parisien en fait, standard, comme tant d’autre, et qui n’a rien encore enregistré. Lorsque le premier morceau débute (The Game, d’après la setlist), les conversations – au moins dans la fosse juste devant la scène – s’arrêtent progressivement : la voix, étonnante, et la forte présence scénique de la chanteuse – a priori, d’origine nord-américaine – évoque, dans un spoken word doux et envoûtant, la toute jeune Björk de l’époque des Sugarcubes. Quand la guitare, magistrale, intervient, une émotion inattendue apparaît. Au second titre, avec de légers accents lyriques qui transparaissent, le groupe a toute notre attention. Au troisième, alors que les mélodies, remarquables, s’insèrent dans notre cortex, nous nous regardons, à moitié souriants, à moitié interloqués. Mais qu’est-ce qui se passe donc ? A la quatrième chanson, la musique de Saint ILY s’envole à la manière de celle de l’Arcade Fire des débuts, mais dans un registre plus serein peut-être : les yeux de quelques-uns d’entre nous sont humides, les acclamations du public se font ferventes. Quand on en arrive à Boys, le titre plus puissant, le plus « rock » du set, on se dit tous qu’on est en train de vivre ce qui justifie pleinement notre entêtement à aller voir des concerts le plus souvent possible depuis décennies, l’apparition d’un groupe potentiellement majeur, d’une musique aussi splendide qu’irrésistible. Le sentiment d’avoir été témoin d’un miracle, d’avoir vécu quarante minutes qui compteront en 2026, d’avoir rechargé les batteries de notre foi en la musique.
22h15 : Pas forcément facile, malgré notre passion pour The Besnard Lakes, de sortir de la bulle de satisfaction dans laquelle Saint ILY nous a plongé. Heureusement, l’installation du matériel conséquent du groupe montréalais prend du temps, ce qui nous permet de nous mettre aussi dans le bon état d’esprit pour jouir de la prochaine heure qui, sans surprise, va s’avérer magistrale.
La scène est quand même petite pour les cinq musiciens et leur équipement, d’autant qu’Olga doit jouer assiste, s’étant visiblement cassé le pied (ce qui occasionnera une blague de la part de son mari, Jace : « Avant de monter sur scène, il est traditionnel de se souhaiter « break a leg » pour se porter chance, eh bien, c’est ce qu’elle a fait ! »). Le set démarre, comme souvent, par le classique Like the Ocean, sublime titre extrait de ce qui reste l’album-phare du groupe, l’énorme The Besnard Lakes Are the Roaring Night. Le chant en falsetto de Jace saisit toujours aussi efficacement au milieu de cette déferlante sonore qui emporte rapidement tout sur son passage, et à laquelle il est vain de vouloir résister.
On peut appeler ça du Rock progressif contemporain, si l’on veut, avec des accents shoegaze et Rock psyché, pour rassurer ceux qui sont toujours allergiques – et on les comprend, allez ! – au concept de Rock progressif. La beauté est omniprésente, éblouissante souvent, les guitares regardent en direction du le ciel, et la plupart des titres sont l’occasion d’une montée en intensité qui pourrait nous mettre à genoux.
La setlist va, sur une courte heure, revisiter pas moins de six albums du groupe, avec seulement trois titres extraits du récent The Besnard Lakes Are the Ghost Nation, en privilégiant, logiquement, les titres puissants, plus adaptés à un concert réduit en durée et axé vers la satisfaction immédiate du public. Bien sûr, quand, à 23h15, tout s’arrête, la frustration est intense. Mais qu’y faire ? Juste espérer que ce groupe, l’un des incontournables de la musique actuelle, reviendra à Paris rapidement, et pourra jouer au moins deux heures !
En tous cas, il ne nous reste qu’à remercier le Supersonic de remplir aussi bien son rôle de découverte et de promotion de talents au sein de la scène Rock parisienne. Et pour cette soirée qui aura été l’une des meilleures de ce début d’année, qui commence donc très, très fort.
Louisa Rose : ![]()
Saint ILY : ![]()
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Eric Debarnot
Photos : Laetitia Mavrel
Leurs derniers disques :
Louisa Rose – Here Forever (single)
Label : Jo&Co
Date de parution : 27 juin 2025
The Besnard Lakes – … Are the Ghost Nation
Label : Full Time Hobby
Date de parution : 10 octobre 2025
