[Netflix] « Les Enfants de plomb » : l’union fait la force

Chronique un peu trop classique sur la révolte d’une personne au sein d’un système inhumain, les Enfants de plomb rappelle toutefois de manière salutaire que le mépris du peuple par les dirigeants est une constante de tous les systèmes politiques totalitaires.

Les enfants de plomb
Copyright Robert Palka / Netflix

Même si Hollywood aime faire des films sur les héros / héroïnes se levant contre un système injuste, qui méprise ses victimes en général issues des classes les plus défavorisées, on assiste en ce moment au démembrement par l’administration Trump des réglementations les plus basiques protégeant le peuple US des ravages de la pollution incontrôlée. On peut donc espérer que, une fois la page tournée sur ce triste épisode de l’histoire des Etats-Unis, il ne manquera pas de films ou de séries TV pour célébrer ceux / celles qui se seront dressé(e)s contre le pouvoir pour défendre leurs semblables.

Les enfants de plomb afficheEn attendant, on peut toujours regarder sur Netflix la mini-série polonaise les Enfants du plomb, qui raconte le combat d’une médecin « ordinaire », Jolanta Wadowska Król, aujourd’hui qualifiée en Pologne « d’Erin Brokovich » locale, contre le pouvoir communiste dans les années 70, pour sauver des enfants intoxiqués par les émanations d’une usine en Silésie. Car si dans le paradis capitaliste promu par « King Trump« , on pollue plus pour augmenter le retour sur investissement et la satisfaction des actionnaires, dans le merveilleux univers soviétique, il s’agissait de satisfaire les objectifs de performance industrielle permettant à la propagande nationale de vanter l’efficacité du communisme. Deux raisons (en apparence) différentes pour les mêmes conséquences…

Jola (Joanna Kulig, pas flamboyante, mais crédible dans un rôle bien « terre-à-terre »), est médecin – car elle n’est pas « docteure », n’ayant pas passé sa thèse -, dans une ville ouvrière de Silésie (région minière et industrielle dans le Sud-Ouest de la Pologne, près de la frontière tchèque). Elle constate un jour des symptômes alarmants chez de nombreux enfants, déclarés « anémiques », vivant près d’une fonderie. Sa trajectoire, telle que décrite dans la série, est des plus classiques, déterminant une narration en 6 épisodes dont on ne peut que déplorer la prévisibilité (y compris dans l’introduction sensée créée un sentiment d’angoisse et surtout une expectative chez le téléspectateur). Jola passera par toutes les étapes du parcours « militant » : découverte du problème ignoré – dissimulé même – jusqu’alors, enquête afin d’en identifier les causes, refus par les « puissants » de ses conclusions, engagement personnel pour défendre les victimes, rejet par la société de son engagement, puis, progressivement, reconnaissance de la justesse de son combat par les victimes, jusqu’à une « victoire » finale… qui, heureusement, parce qu’on n’est justement pas à Hollywood, reste modeste, temporaire même. Car, sauf dans les films populaires, David ne vainc pas Goliath, et les systèmes ne s’effondrent pas parce qu’un seul individu, aussi déterminé soit-il, le défie.

Plus intéressant peut-être, ici, est la description, finalement pas si souvent vue en Occident, du fonctionnement du système totalitaire soviétique dans un « pays satellite » comme l’était alors la Pologne : ce mélange de lâcheté généralisée – même pas justifiée par une quelconque idéologie puisque le communisme n’était certainement pas une « croyance » répandue en Pologne – devant le pouvoir russe, et d’opportunisme politique, aggravé par une incompétence souvent récompensée par le régime (les gens compétents étant rapidement vus comme des rivaux dangereux par les politiques et leurs serviteurs), explique bien comment vivent et survivent (puis finissent par mourir) les dictatures. Bien entendu, et sans surprise, c’est quand les gens s’unissent contre le pouvoir – ici, purement et simplement pour sauver la vie de leurs enfants, ce qui est quand même un puissant levier – qu’ils arrivent à se faire entendre : oui, l’union fait la force, comme dans le dicton populaire…

… Même si, comme le montre aussi l’excellent dernier épisode, les oppresseurs ont souvent la capacité de profiter eux-mêmes des changements qui leur sont imposés. Car la vie réelle n’est pas un film hollywoodien.

Eric Debarnot

Les Enfants de plomb
Série TV polonaise de Jakub Korolczuk
Avec : Joanna Kulig, Agata Kulesza, Kinga Preis, Michel Zurawski, Zbigniew Zamachowski,…
Genre : drame, biopic
6 épisodes de 50 minutes mis en ligne (Netflix) le 11 février 2026

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