On éprouve toujours un peu d’appréhension avant de voir sur scène, pour la première fois, l’un de nos groupes préférés. Mais The Apartments, de passage à Saint-Nazaire le 1er avril, ne nous a pas déçus. Le groupe a au contraire comblé toutes nos attentes, et même un peu plus.

Quand les dates de la tournée française de The Apartments ont commencé à circuler, on a d’abord cru à un poisson d’avril : le groupe australien de Peter Milton Walsh était annoncé au VIP, petite salle nazairiennne installée dans la fameuse base sous-marine. On s’est bien sûr précipités pour obtenir notre précieux sésames mais, en arrivant mercredi soir aux portes de la salle, on doit se résoudre à un triste constat : cette précaution était inutile. Seuls quelques fans conquis à l’avance ont fait le déplacement. Mais on oublie vite cette situation pour profiter de ce qu’elle a finalement à nous offrir : une place de choix à quelques mètres à peine de la scène.

Avant The Apartments, c’est Astrïd qui prend possession des lieux : trois musiciens, une guitare, quelques percussions, un clavier et un harmonium. Le groupe, qui a notamment collaboré avec Sylvain Chauveau, offre un très joli set, entièrement muet. Les morceaux, instrumentaux donc, sont éthérés mais la tension couve et menace en permanence. La presse convoque parfois Arvo Pärt ou Brian Eno pour décrire la musique d’Astrïd. On pense aussi beaucoup à un certain slowcore américain, capable de créer des ambiances quasi cinématographiques. Lorsque le show s’achève, on se dit qu’il faudra écouter leurs disques avec attention afin de profiter sans doute pleinement de cette musique minimaliste et exigeante.

Le concert d’Astrïd terminé, il ne faudra pas beaucoup de temps pour préparer la scène pour The Apartments. On devine alors que le groupe va jouer en formation resserrée, sans batterie. Et de fait, lorsque Peter Milton Walsh s’avance sur scène, tout de noir vêtu, comme à l’accoutumée, il n’est accompagné que de deux comparses : Tim Kevin (claviers, guitare, chant) et Jeff Crawley (trompette, percussions).
Le groupe va donc nous offrir des versions légèrement dénudées de ses morceaux, mais ce relatif dépouillement est largement comblé par la beauté et l’intensité de la prestation offerte par Peter Milton Walsh. Ce que l’on découvre alors – quand bien même on écoute The Apartments depuis des années maintenant – c’est qu’il existe deux Peter Milton Walsh. Le premier est souriant, heureux d’être là. Il prend plaisir à parler avec son public et nous offre quelques anecdotes, tendres ou pleines d’humour. Il évoque ainsi Louis Malle, sa ville natale du côté de Brisbane, un « autre musicien australien bien plus connu que lui », ou Natasha Penot, absente ce soir et qui donc ne l’accompagnera pas au chant sur le superbe Black Ribbons. Point d’orgue de ces échanges : ses commentaires très drôles sur la très artificielle tradition du rappel, à laquelle le groupe échappera ainsi avec malice.
Mais l’autre Peter Milton Walsh, c’est celui qui interprète ses chansons. Dès les premières notes, l’Australien est totalement habité par sa musique, ses mots et ses chansons empreintes de mélancolie et de tristesse. Dès les premières notes, son visage change, affiche les marques du temps, des coups durs de l’existence, et l’on comprend alors tout ce que Peter Milton Walsh met dans sa musique. Cette authenticité est palpable, et les quelques fidèles présents ce mercredi soir goûtent pleinement la beauté du moment.

En un peu moins d’une heure et demi, le groupe revisite quelques classiques de son répertoire, l’extraordinaire Mr. Somewhere par exemple, End of some Fear ou Please, Don’t Say Goodbye. Et, bien évidemment, les nouveaux morceaux extraits de That’s What The Music Is For, occupent une large place de la setlist. On savait l’album excellent, on prend alors conscience que ces nouvelles chansons (A Handful Of Tomorrow, Its’ a Casino Life ou You Know We’re Not Supposed To Feel This Way) n’ont rien à envier à leurs aînées, et que ce répertoire est immense.
Lorsque le show s’achève, on éprouve un sentiment ambivalent : on ne regrette pas d’avoir attendu aussi longtemps avant d’avoir vu The Apartments sur scène, l’attente ayant été richement récompensée. Mais, on ne peut s’empêcher de se dire que, peut-être, il ne nous sera pas offert de si tôt d’assister à nouveau à un tel moment.
Astrïd : ![]()
The Apartments : ![]()
Grégory Seyer
Toutes les photos sont de Yann Mabil (Merci à lui !)
The Apartments et Astrïd au VIP (Saint Nazaire)
Production :
Date : le 1er avril 2026
Leurs derniers disques :
The Apartments – That’s What the Music Is For
Label : Talitres
Date de sortie : 17 octobre 2025
Astrïd and Sylvain-Chauveau – Cover Songs Originally Sung By Women Singers
Label : False Walls
Date de parution : 18 juillet 2025

Merci pour la review