En attendant leur nouvel album, les Dynamite Shakers ont offert à La Clef un excellent set, dans des conditions exceptionnelles de proximité avec leur public.

En ce vendredi débutant le week-end pascal, direction Saint‑Germain‑en‑Laye et La Clef, pour assister à un concert à guichets fermés des Dynamite Shakers dans des conditions de proximité de type « groupe se produisant live au pub ».
En première partie, c’est The Odds, avec un leader César Calles portant une veste d’officier échappée d’un clip des Libertines. Il est un peu arrogant, mais c’est normal vu sa jeunesse. Et l’arrogance n’était-elle pas la marque de fabrique de bien des groupes portés aux nues par le NME dans les grandes années du journal ? La débauche d’énergie est là. Des fans sont invités à jouer sur scène des instruments sur un morceau. Des membres du groupe descendent dans la fosse. Le groupe fait gueuler au public « La jeunesse emmerde le Front National ». Sympathique, quand bien même ce n’est plus totalement vrai dans les urnes. Mais c’est de toute façon toujours une bonne idée de rafraichir la mémoire du public sur les Bérus. Une demande en mariage est faite sur scène après avoir fait monter une famille suivant régulièrement le groupe en live. Lors du final, le groupe réclame une fosse coupée en deux. Les membres descendent au milieu puis la sono lance un morceau techno et ils dansent avec le public.
Malgré tout cela, j’ai dû penser très fort aux Dynamite Shakers pour ne pas quitter le concert. Venons-en donc au sujet qui fâche : la musique du groupe (qui a fait Taratata, mais n’a pas encore sorti d’album). Une musique qui a bonne presse (petit billet positif dans Libération en tout cas), mais relève selon moi de la mauvaise variété commerciale d’antan, avec habillage garage et avec addition de textes en français pas terribles. Un reproche qui pouvait déjà être fait à la vague des « Bébés Rockers » des années 2000, à laquelle le groupe est comparé.

En dépit de leur excellente réputation scénique, un petit élément donnait une relative inquiétude concernant les Dynamite Shakers. N’ayant connu jusque là le groupe que sur disque, j’ignorais l’existence dans son répertoire de morceaux dans la langue de Molière, morceaux joués en live l’an dernier. D’où ma surprise à la découverte de Night Club, single de début d’année en français sur lequel chante la bassiste Lila-Rose Attard, mentionnant un clone de Pete Doherty. Mais dont la version anglaise Black Boots fonctionne nettement mieux côté texte, d’où inquiétude concernant l’abandon de la langue de Shakespeare. Un morceau dont l’interprétation pop ligne claire sur Oüi FM laisse, ceci dit, entrevoir une direction artistique potentiellement intéressante pour le groupe. Night Club qui sera interprété avant le rappel.

Mais en attendant, le groupe arrive au son du génialissime Nightclubbing. Avec le guitariste Calvin Tulet en mode pied en avant et léger headbanging. Le chanteur/guitariste Elouan Davy a une voix légèrement détachée, et ses poses rappellent le Alex Turner des débuts. Le batteur François Rocheteau fait le job sans frimer. Attard est un peu plus statique, avec une voix aussi légèrement détachée. Elle prend parfois des poses Guitar Hero basse en main. L’énergie est là, la musique aussi, même si le groupe manque un peu pour le moment d’hymnes dont disposent certains de leurs modèles Hives, Dogs et Arctic Monkeys.
S’agissant de la langue de Molière, le niveau sonore des instruments couvre en partie la voix sur scène. Pas vraiment du coup l’opportunité de juger les textes des morceaux inédits en français. Des morceaux que l’on retrouvera dans quelques jours (le single Cinéma) ou sur l’album à paraître au mois d’août. C’est comme ça des Rita est réappropriée artistiquement juste ce qu’il faut. La basse est troquée par Attard pour la guitare acoustique sur la seule ballade du premier album : The Gates to That Sweet Song of Yours, rarement jouée live. Et le groupe ne faiblit pas lors du rappel.
On a encore le temps de penser au single et à l’album pour trancher quelle langue sied le mieux au groupe. En attendant, mission live (une fois de plus) accomplie pour les Dynamite Shakers.
The Odds : ![]()
Dynamite Shakers : ![]()
Texte : Ordell Robbie
Photos : Guillaume B. (merci à lui !)
Dynamite Shakers et The Odds à La Clef (Saint‑Germain‑en‑Laye)
Production : AEG Presents France
Date : vendredi 3 avril 2026
Leur dernier disque :
Dynamite Shakers – Nightclub (EP)
Label : Barclay
Date de parution : 8 janvier 2026
