Les Aventures de Thomas More, tome 2 : Loin de Salonique

À Thessalonique, au cœur des tensions des Balkans de 1913, François Sureau déploie une enquête où l’Histoire l’emporte sur le mystère. Avec son énigmatique Thomas More, il signe un polar érudit, immersif et contemplatif, aux confins du roman historique.

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Francesca Mantovani © Editions Gallimard

En 1912, les Grecs défont les Ottomans et plante le drapeau à Salonique à l’heure du thé. D’où Thessalonique… Pas sûr. En fait, Salonique se dit Selanik en Turc, Thessaloniki en Grec, Thessalonica en latin et Bougatsa City pour les goinfres. Thessalonike, fut la sœur d’Alexandre le Grand.

loin-de-saloniqueComme François Sureau est bien plus calé que moi en Histoire, il téléporte sur place son policier omniscient en 1913 pour résoudre une enquête que j’intitulerai sobrement : l’affaire du caveau surpeuplé. L’intrigue démarre lors de funérailles dans la Communauté juive avec la découverte dans une tombe d’un supplément de cadavre qui ne fait pas partie des résidents permanents. Le défunt squatteur est un professeur de droit récemment expatrié qui était donc allé se faire voir chez les grecs. À l’époque, Salonique, ville cosmopolite, avait plus d’influence que Dubaï. D’autres crimes vont survenir pour décorer l’enquête avec, en prime, l’assassinat (véridique) du roi Georges 1er dans les rues de Salonique pendant une petite promenade digestive. Un régicide d’échauffement avant l’attentat de Sarajevo. L’intrigue devient alors plus politique et diplomatique avec une vérité plus officielle que rigoureuse.

Dans ce deuxième opus des aventures de Thomas More, François Sureau privilégie une fois encore le contexte historique très immersif à la résolution de l’enquête. Ce contexte de guerres Balkaniques, préliminaires de la Grande Guerre qui s’annonce, place l’intrigue au cœur de tensions nationales et politiques complexes mais passionnantes. La fresque historique est vraiment immersive.
Mon ressenti est plus favorable sur ce second titre car j’ai fait le deuil du suspense dans cette série. François Sureau, dans un style littéraire raffiné, propose un polar d’ambiance avec une violence discrète et feutrée. Les assassins mettent les patins avant d’entrer. Ceux qui ne supportent pas la vue du sang pourront lire ce roman sans tourner de l’œil.

Néanmoins, si la plume est érudite, le personnage, qui traverse les époques, est tellement mystérieux qu’il en devient insaisissable et peu attachant. Il faudrait que l’auteur lâche quelques bribes biographiques de son Highlander dans ses prochaines aventures pour l’humaniser davantage. Pour le moment, il a un peu le regard de Christophe Lambert dans Greystoke.

L’auteur répète qu’il s’est inspiré de ses lectures de jeunesse, et notamment de Sherlock Holmes ou de Rouletabille mais il accorde finalement peu d’épaisseur et de place à son héros, qui ne partage pas ses secrets avec le lecteur. L’enquête se déroule en coulisses du récit. Thomas More se permet de « s’ellipser » de l’histoire, confiant le récit à des personnages secondaires plutôt réussis. Il laisse le bouquineur en plan à Salonique pour une virée à Constantinople et revient pour un dénouement clé en main noire. J’aurai aimé participer davantage à l’enquête.

Les aventures de Thomas More sont plus méditatives et instructives que frissonnantes. Je n’ai pas terminé la lecture essoufflé. Côté action, la mer est calme. Tant pis, l’amer Egée.

Olivier de Bouty

Les aventures de Thomas More – Loin de Salonique
Roman de François Sureau
Editeur : gallimard
160 pages – 19
Date de parution : 5 février 2026

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