Dans un récit en forme de journal intime et poétique, Olivier Grondeau revient sur ses deux années d’emprisonnement sans raison lors d’un voyage en Iran. Résilience et courage sont les maîtres mots de ce premier opus bouleversant.

Ecrire un roman sur une incarcération n’est pas chose aisée, la part du vécu quasi documentaire ne devant pas prendre le dessus sur le romanesque, la liberté de style, quelque chose de l’ordre du figuré et du ressenti. Olivier Grondeau a choisi notamment des moments de poésie pour décrire l’horreur de sa détention dans une prison près d’Evin dans le sud de l’Iran. Quelques semaines condensées dans Joseph dans la nuit plutôt que les deux réelles années de captivité, mais qui permet de mieux cerner ces journées soigneusement retranscrites à ne pas devenir dingue, ou sombrer dans une folie évidente, ou simplement dépérir. A l’aide de ses compagnons de cellule, souvent différents car il est trimballé d’un cachot à l’autre durant ce misérable séjour, et grâce aux arts qu’il convoque tout le temps dans son imaginaire – le cinéma, les poèmes, Britney Spears, toutes ces pensées qui se bousculent dans sa tête – il arrive à tenir, inlassablement, nécessairement.
Olivier Grondeau raconte cette captivité avec une distance quasi clinique qui désarçonne de prime abord. D’autant que ce qui l’a amené à être prisonnier relève de l’absurde : il est en touriste, revenu sur des terres qu’il a appréciées sur d’anciens voyages, et se retrouve au milieu des manifestations contre le régime du pays en 2022. On l’arrête pour suspicion d’espionnage, sans réelle preuve, sans possibilité de se défendre ni de pouvoir communiquer ou informer ses proches de ce malheureux incident. Incident qui durera tout de même plus de deux ans, enfermé sans avocat, avec un simulacre de procès et une peine de cinq ans de prison comme sanction, qu’il ne purgera que jusqu’à mi-2025. Il sera relâché de la même manière que son incarcération : abruptement, sans explication.
De cette situation assez extraordinaire, Grondeau ne va en garder que les prémices, avec une délicatesse précise qui évite tout pathos. Joseph dans la nuit, c’est le récit intime du début de l’enfer, quand on passe de la condition d’humain libre à celui d’objet sans âme, réduit au minimum d’une condition vitale, en vidant le cerveau de tout questionnement, puis de tout discernement. L’auteur décortique cette lente métamorphose qui caractérise une captivité dans un pays comme l’Iran, qui ne connaît ni droits de l’homme, ni droits tout court. Par touches successives, sans que surgisse une vraie émotion palpable et attendue, ce qui en fait donc un livre singulier et pas vraiment confortable. Mais l’écrivain, l’artiste disons, prend plutôt le pas sur la victime et ce qui aurait pu être un cri de colère et d’injustice, devient un journal sobre et poétique. Joseph dans la nuit, prénom qui lui est attribué par ses codétenus – comme le Joseph d’une sourate qui fut jeté dans un puits sans raison mais qui en survit grâce à sa résilience – montre comment on peut tenir dans les pires conditions en convoquant ce qui fait notre humanité : le rêve, l’échappatoire de la pensée, penser pour mieux tenir, et survivre à tout.
Simple et poétique, animé par une douce lumière d’espoir dans un cadre trop sombre, ce livre demeure pourtant longtemps dans un coin de votre tête. Et de votre coeur.
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Jean-françois Lahorgue
