Deus – Vantage point

Deus.jpgOrchestrée par un quotidien belge sans doute en quête de feuilleton culturel printanier, la promotion du nouveau Deus a eu le mérite d’élargir le cercle des gens qui désormais connaissent l’existence d’un groupe anversois capable de traverser les frontières (même nos parents, c’est dire). Mais une fois passé le rififi média, qu’en est-il réellement de ce nouvel album?

Ici, chez Benzine quand on a appris l’embargo média belge entourant vantage point, assorti d’une amende aberrante en cas de rupture; quand on a eu lu la manière dont le Soir s’est fait mousser en jouant les parangons du journalisme incorruptible, on a rapidement tranché: Le Soir s’est planté. On ne peut pas avoir le beurre, la crémière Barman et l’argent des lecteurs de quotidien d’un seul élan de vierge effarouchée. A la demande d’Universal Belgique la seule réponse outrée efficace eût été de perpétuer l’embargo au delà  de la date demandée. Et ne rien dire du tout de l’album de Deus. Pas signer le contrat d’abord, puis briser l’embargo en vue de provoquer le lectorat à  l’achat du Soir pour cause de souffre. Gageons qu’aucun attaché de presse, même chez Universal Belgique, n’eut pu souffrir une absence de notoriété autour d’un des albums phares parmi ses signatures. Surtout quand on connaît le besoin de »prise rapide » d’un album sur le marché à  l’heure du P2P et des nouveaux moyens d’appropriation de la musique. Ne rien dire d’un album attendu, dans une presse unie par un serment d’information inviolable aurait été une réponse plus que crédible à  une tentative inepte de marchandisation de la presse. Et plus honnête sans doute. Aujourd’hui, le mot clé Deus, comme jadis Festina après le dopage, y a gagné en notoriété. Et un service presse d’Universal Belgique a réussi son pari: l’album n’est pas passé inaperçu du public et des acheteurs. 1 à  0 pour le marketing. Fin de notre parenthèse.

Un nouvel album de Deus, est toujours en soi un micro-événement. Après un pocket revolution en roue libre, disque pour les fans, on se demandait si Deus avait encore en lui la force de se renouveler, ou si le groupe se résoudrait à  seulement combler le vide. D’autres d’ailleurs se seraient arrêté là , se bornant à  une resucée de leurs savoir-faire habituel. Dé construction, camouflage du rock sous des structures moins évidentes en auraient été les fers de lance. Ce n’est pas le cas du groupe qui porte à  nouveau fièrement ses exigences de qualité, même au coeur d’interviews lues ailleurs. Deus entend renouer avec la popular culture. Et plutôt que de s’enfermer à  arpenter avec joliesse un pré carré entouré de barbelés, décide de se remettre en danger en allant chercher, sans d’ailleurs le trouver à  chaque essai, l’essence pop de ce qu’est une rock song de la trempe de suds n soda ou Turnpike. La guitare est à  l’honneur, déferlante sur chaque titre, apparente rage non contenue, que des écoutes multiples constatent finalement archi-étudiées, travaillées jusque dans le moindre détail, la moindre mélodie, ou second instrument. Le micro disto, avec sa bonne tronche fifties revient comme du temps des premiers concerts (aaah la grande scène de Werchter en 93-94, par là  où le groupe s’est imposé à  nous entre un pétard et une Maes Pils). Tout concourt à  rappeler que la guitare distordue poussée sur une bonne mélodie, est le ferment de Deus et l’ingrédient majeur de l’insurpassé ideal crash de jadis.

Alors quand le propos tourne à  la ballade, arrondie par une seconde voix féminine qui rappelle l’accalmie d’in a bar… Malgré le gimmick qui rythme, malgré la douceur de façade, c’est encore sur la distorsion de guitare qu’on s’arrête et sur laquelle on prend son pied. Une guitare qui traîne parfois ses guêtres, nouveauté du nouvel album, avec l’air de ne pas trop y toucher, du côté de la new wave noisy de la fin des années 80, Echo and the bunnymen mettons en référence. .

Parfois trop, d’ailleurs. Quand vantage point en fait presque trop, les guitares disto virent un peu trop Fm et rapellent l’Electrafixion de Marr / Mc Culloch fin des années 90. Ce n’est pas forcément le meilleur référent. La boursouflure est d’ailleurs même présente sur le single: »A-a-a-a-a-aah, A-a-a-a-a-aah » sur fond de guitares overdrive re-lissées… On frôle le drame. Mais la sauce étonnamment ne se gâche pas. Et on rend grâce au courage de la petite troupe de Berchem, d’encore oser se mettre pareillement en danger.

Au fil des passages dans le lecteur, l’album gagne en plaisir d’écoute. On pardonne ici les exagérations parce que Deus re-dispense aussi, au même moment, une bonne dose d’adrénaline. On constate là , à  force d’écoutes, la limpidité d’une batterie martiale, et de tous les seconds et troisième instruments. Ailleurs on apprécie la richesse musicale en soutien de la construction d’un the architect -par exemple- pop et référencé, qui fait mouche alors qu’une fois encore on frôlait le drame.

Deus se réinstalle vaille que vaille au sommet du rock belge. Le nouvel album n’a pas l’évidence d’un ideal crash. Il en retrouve néanmoins l’énergie. Et par la maturité, qui s’était transformée en frilosité sur pocket revolution, les Anversois fournissent un album qui revient sur la platine en n’y livrant pas à  chaque fois tous ses secrets. Un album pop qui menace souvent de s’écrouler, mais dont l’intelligence du pilote et sa maestria de conducteur tiennent l’opus sur les rails, et l’auditeur en haleine. Un album qui n’avait pas besoin d’une creuse polémique médiatique, pour exister.

Denis Verloes

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Tracklist
01. When She Comes Down
02. Oh Your God
03. Eternal Woman
04. Favourite Game
05. Slow
06. The Architect
07. Is A Robot
08. Smokers Reflect
09. The Vanishing Of Marta Schneider
10. Popular Culture

Label: Polydor / universal
Date de sortie: 21 avril 2008

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La chronique de pocket revolution

La vidéo de the Architect sur Youtube

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